Choiseul Magazine n°2 sep à déc 2017
Choiseul Magazine n°2 sep à déc 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2 de sep à déc 2017

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Choiseul France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 58

  • Taille du fichier PDF : 3,7 Mo

  • Dans ce numéro : l'organisation de la créativité.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 34 - 35  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
34 35
désigner ceux qui étaient, jusque là, considérés comme des terroristes purs et simples. La France avait aussi donné un nouveau statut à l’OLP et à son chef, Yasser Arafat, en étant le premier pays occidental à le recevoir. De la même façon, elle arrachait à ce leader la « caducité » de l’article de la charte de l'organisation palestinienne qui posait comme objectif numéro 1 et préalable la destruction de l’État d’Israël. L’autre grand dossier mitterrandien a été l’Algérie. Les relations entre les deux pays s’étaient fortement dégradées sous Valéry Giscard d'Estaing. En proposant de payer à ce pays un prix du gaz plus élevé que celui du marché, Mitterrand apurait une partie du contentieux colonial et s’imposait comme le leader des nouvelles relations nordsud fondées sur « l’échange inégal. » Cela n'a pas duré longtemps mais a marqué durablement les esprits dans les pays en développement. C'est aussi le début, à l'initiative de la France, des politiques méditerranéennes globales qui préfiguraient l'esprit de Barcelone. La relation avec Jacques Chirac était globalement excellente. Sa connaissance de la région, ses liens personnels avec les dirigeants arabes, son intransigeance avec Israël en ont fait le leader occidental le plus populaire du monde arabe. La fin de son dernier mandat a été marquée par l'assassinat de Rafik Hariri et l'implication personnelle du président sur les dossiers proche-orientaux – engagement qui a fortement joué sur les relations avec la Syrie. En revanche au Maghreb, on se rappellera aussi le voyage triomphal à Alger en 2003. En réalité, la période Chirac marque la fin d'un cycle, celui où les relations personnelles entre chefs d'État dominent, jusqu'à fausser le regard de part et d'autre. Après les révolutions arabes, si ce facteur joue encore un rôle comme dans toute diplomatie, les cartes ont été largement redistribuées, les antagonismes affirmés, les mécanismes de régulation et les puissances qui les servaient, affaiblis. Nicolas Sarkozy a voulu reprendre le modèle chiraquien à son compte mais les choses avaient déjà commencé à changer. La crise économique et financière mondiale a fait exploser le modèle de « stabilité autoritaire » qu'assuraient, depuis les années 1950 les États nations issus des indépendances. Le pouvoir de l'époque n'a pas su voir la transformation brutale qui s'opérait et a cru établir un rétablissement en Libye sans peser sérieusement les conséquences d'une intervention insuffisamment préparée. La présidence Hollande, elle, a été marquée par la crise syrienne, dans laquelle la France fut paradoxalement prise dans un faisceau de postures, d'intransigeance et de velléités. Qui plus est, la France constatait douloureusement avec les attentats terribles qui ont frappé son sol que les questions intérieures et extérieures se mêlaient désormais étroitement et que l'islamisme radical armé créait un continuum de violence, pour l'instant insécable. Enfin, il faut mettre au crédit de François Hollande le spectaculaire rétablissement des relations avec l'Algérie qui n'ont globalement jamais été aussi bonnes avec ce pays aux liens si particuliers avec nous. J-F.D  : Où en sommes-nous aujourd’hui ? J-C.C  : La présidence d'Emmanuel Macron qui débute va devoir prendre en compte un ensemble de crises et de conflits majeurs. 34 D'abord la guerre civile élargie en Syrie et en Irak ; la situation de désordre absolu en Libye – avec en filigrane l'ombre de Daesh. Ensuite les crises politiques qui traversent beaucoup des pays de la région, dans un contexte marqué par la fragilisation des États, le retard économique et social et le désenchantement des populations. Au-delà de cet environnement menaçant, il reste pour les Européens à gérer au mieux les relations complexes qui les lient au monde arabe et, en particulier, à parfaire l'organisation encore imparfaite des relations entre l'Europe et nos voisins du Maghreb et à développer les possibilités que comportent, pour leurs économies, la zone du Golfe. J-F.D  : Quelles priorités s'imposent ? J-C.C  : On ne peut plus seulement parler aux dirigeants. Il faut également s’adresser aux opinions et aux sociétés civiles pour connaître leurs aspirations. Dans la plupart des pays qui forment le monde arabe, les moins de 12 ans représentent, ou vont représenter, la moitié de la population à partir de 2030. Cela veut dire que la France et les pays européens doivent être, d'ores et déjà, porteurs d'un projet global dans lequel l'économique, le social et le culturel doivent avoir une place majeure. La réponse sécuritaire, pour autant qu'elle soit nécessaire, ne peut être qu'un élément parmi d'autres. Il nous faut, tout à la fois, une vision lucide du monde qui nous entoure et un regard intelligent et ouvert sur ce qu’il faut faire pour construire un avenir de dialogue, de coopération et de sécurité partagée. Le risque aujourd'hui est celui d'une « dérive des esprits » ; c'est-à-dire un mouvement d’éloignement ra- « La réponse sécuritaire, pour autant qu'elle soit nécessaire, ne peut être qu'un élément parmi d'autres.
pide du monde arabe et du monde occidental ou tout du moins de l'Europe. Aujourd'hui, aux grands vents de la mondialisation, l’Europe n’est plus un modèle, ni pour les populations ni sans doute pour la jeunesse. L’idée d’un antagonisme existe et est exploitée par les partisans du pire. Mais a contrario, il demeure toujours une extraordinaire imbrication entre la France et le monde arabe et en particulier le Maghreb. Il faut en tirer les conséquences et agir, tant qu'il est temps. En ce qui concerne les relations France-Europe, il faut tenter de redéfinir – entre Européens – les approches et les orientations qui nous sont communes, face à l’extrémisme, aux crises et au chaos politique. On ne peut pas se contenter de la Stratégie globale de l'Union européenne de juin 2016 ni de la Politique rénovée de voisinage, même si des progrès notables ont été accomplis dans l'approche de ces deux textes. De même, la lutte contre le terrorisme et la gestion responsable du problème des migrants appelle clairement, de la part des institutions européennes, des décisions et une organisation appropriées. Au-delà, il y a des politiques globales (sécurité, coopération, économie, institutionnel) à définir, à négocier et à mettre en œuvre mais, surtout, il nous faudra retrouver, dans chaque région, des convergences, des approches communes, des intérêts croisés et construire des politiques sectorielles ciblées parce que nos enjeux et nos moyens sont différents selon les régions ; une politique pour le Maghreb, sans doute tournée aussi vers l’Égypte, une pour le Levant, et une pour le Golfe avec, dans chaque cas, une cohérence à retrouver. J-F.D  : Vous parliez d'abord du Maghreb ? Les trois pays du Maghreb ont des atouts différents mais ils connaissent les mêmes difficultés  : violence terroriste, insécurité économique et migration venue d'Afrique subsaharienne. Nos gouvernements successifs évoquent souvent la priorité Maghreb mais elle gagnerait sans doute à être 35 VUE DU MONDE Installation d'une tente traditionnelle marocaine sur le parvis de l'Institut du monde arabe à Paris mieux définie. On parle encore dans les textes européens de la « zone euro-méditerranéenne de libre échange ». Cette appellation – qui date de 1995 – est-elle réellement à la mesure du problème que pose à l’Europe le Maghreb ? Il faut, sans doute, en venir à mettre sur pied des projets créant de véritables chaînes de valeur. La Tunisie en a dramatiquement besoin. Il faut également réinventer une coopération favorisant l’innovation, les politiques de formation et la réforme de l’État – il y aura un prix à payer pour cela. Par ailleurs il faudra profiter des structures institutionnelles (UPL et 5+5) pour renforcer, en pratique, les liens de coopération. Cela veut dire parler avec les États mais aussi avec les sociétés civiles. Les binationaux peuvent à cet égard représenter un atout majeur pour les partenaires des deux rives. J-F.D  : Qu'en-est-il du Levant ? Au Levant (mais en Libye aussi) la politique française n’a peut-être pas su incarner une ligne cohérente dans la durée. En conséquence, la France n’occupe pas la place qui de-



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :


Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 1Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 2-3Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 4-5Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 6-7Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 8-9Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 10-11Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 12-13Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 14-15Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 16-17Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 18-19Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 20-21Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 22-23Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 24-25Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 26-27Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 28-29Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 30-31Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 32-33Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 34-35Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 36-37Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 38-39Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 40-41Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 42-43Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 44-45Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 46-47Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 48-49Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 50-51Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 52-53Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 54-55Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 56-57Choiseul Magazine numéro 2 sep à déc 2017 Page 58