Choiseul Magazine n°2 sep à déc 2017
Choiseul Magazine n°2 sep à déc 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2 de sep à déc 2017

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Choiseul France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 58

  • Taille du fichier PDF : 3,7 Mo

  • Dans ce numéro : l'organisation de la créativité.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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s’agisse de la puissance des ordinateurs, des capacités de l’informatique neuronale, de la sophistication des algorithmes ou du fonctionnement du cerveau humain. C’est cet alignement des planètes qui poussera l’IA de plus en plus loin. G.B  : Selon vous, les responsables politiques de la planète ont-ils conscience de ce phénomène ? C-E.B  : Je ne suis pas certain que tous en saisissent les véritables enjeux. D’un point de vue technologique, la politique est encore une activité assez primaire, très artisanale. Mais elle est déjà confrontée à la technologie, comme le montre l’impact des réseaux sociaux dans la communication politique mais aussi dans la formation de l’opinion publique et la même la décision d’élire tel ou tel candidat. G.B  : Si vous aviez à les conseiller sur ce thème, que leur diriez-vous ? C-E.B  : Je leur dirais que l’intelligence artificielle est une opportunité unique. Pourquoi ? D’abord car elle peut aider à prendre des décisions plus rationnelles, à améliorer le fonctionnement de secteurs entiers de l’activité économique, comme les transports, l’énergie, la gestion des villes. Ensuite, parce qu’elle est une opportunité d’investissement, de croissance et de création d’emplois. De ce point de vue, la France dispose d’atouts considérables  : d’excellents ingénieurs et mathématiciens, des SSII puissantes, des centres de recherche très compétents, et un tissu d’entreprises pour qui la mise en œuvre de l’IA peut se traduire par des gains de compétitivité. Nous pouvons donc jouer un rôle majeur dans ce domaine. Les perspectives de croissance de l’IA sont telles que ce serait une erreur grave de ne pas y consacrer l’attention nécessaire. G.B  : À coté des animaux et des humains, vous parlez d’une « nouvelle race ». Agissons-nous comme le docteur Frankenstein à vouloir construire des créatures qui vont prendre notre place ? C-E.B  : Oublions Frankenstein un instant. L’intelligence artificielle n’est pas une fabrique de monstres. Elle remplacera le travail humain dans un certain nombre de fonctions. « Mais il faut aussi être conscient qu’un univers dans lequel des machines intelligentes communiqueraient entre elles et seraient donc en mesure d’exercer une influence globale sur les décisions humaines, ne serait pas exempt de risques. À un moment ou à un autre, il faudra probablement introduire des régulations, voire créer une sorte d’agence internationale pour mettre des limites à l’univers de décision des machines, comme dans le domaine militaire par exemple. Le véritable danger pour l’homme est celui de la 12 paresse. Si nous laissons les machines décider à notre place, si nous nous reposons sur elles en matière d’acquisition de connaissances (pourquoi étudier puisque les machines savent tout ?) , alors l’empire humain sera en danger. G.B  : À quelle échéance pourront-elles avoir un libre-arbitre ou ressentir des émotions ? C-E.B  : Ce sont deux sujets différents. Une IA qui conduit une voiture prend un certain nombre de décisions en fonction des conditions de circulation. Il en est de même pour les systèmes intelligents qui gèrent les réseaux de distribution d’énergie et déterminent où et quand il faudra délivrer les flux. Dans le secteur financier, des robots intelligents prennent des décisions d’investissement et d’arbitrage. Pour autant, il ne s’agit pas de libre arbitre, au sens philosophique du terme. Car c’est l’homme qui a conçu le code selon lequel la machine agit. Un jour peut-être, les machines auront tellement appris qu’elles seront capables d’écrire leur propre code. Mais nous n'en sommes pas là. Le domaine des émotions est différent. De nombreux chercheurs travaillent sur le sujet. Pour l’instant, ils commencent à mettre au point des intelligences artificielles qui peuvent comprendre nos émotions, en travaillant sur la langue et sur la communication non verbale. De là à ce qu’elles ressentent elles-mêmes des émotions, il y a un grand pas, qui n’est probablement pas près d’être franchi. D’ailleurs, ce n’est pas forcément ce qu’on leur demande. G.B  : Vous avez intitulé votre livre La Chute de l’empire humain. Est-ce à dire que dans trente ou quarante ans, les films de science fiction comme Blade Runner ou Dune (qui voit les humains dans les mains d’un conglomérat économique qui dirige le monde à l’aide de machines), risque de devenir une réalité ? C-E.B  : Je ne révélerai pas la fin du livre, mais pour moi la chute de l’empire humain, ce n’est pas tant la fin de l’humanité que la fin d’un cycle dans le développement de l’intelligence humaine. Nous avons créé un monde complexe, dangereux, incertain, volatil. Nous ne maîtrisons plus, en réalité, l’évolution du climat, donc celle de notre environnement. Nous sommes submergés par des données que l’intelligence humaine n’est plus en mesure d’exploiter ou d’analyser. Face à cette complexité, nous nous tournons vers les machines, en espérant qu’elles sauront trouver des réponses nouvelles aux enjeux de l’humanité. Le règne de l’homme comme unique ordonnateur de l’univers touche peutêtre à sa fin. À côté de l’empire humain, il y aura celui des machines intelligentes. Gagneront-elles leur suprématie ? Serons-nous à la machine ce que le chien est à l’homme ? Ce sont des questions bien réelles mais dont nous ne connaissons par encore la réponse. G.B  : Peut-on réellement imaginer qu’une IA puisse, à terme, évoluer de façon autonome au point de devenir totalement indépendante de l’action humaine ? C-E.B  : C’est tout à fait imaginable. Regardons les évolutions actuelles de l’IA  : il y peu de temps encore, on la comparait à une sorte de super moteur de recherche,
capable de faire son chemin de façon rapide et fiable au travers de données complexes et de répondre à des questions précises. C’est ainsi que Watson, l’IA d’IBM a débuté sa carrière, en remportant le jeu Jeopardy aux États-Unis. Mais c’était en 2011… « Il existe naturellement un rapport entre l’intelligence artificielle et l’immortalité. Les zélotes de la « singularité » sont convaincus qu’en s’alliant à la machine, en devenant un peu une machine luimême, l’homme peut s’approcher de l’immortalité... Depuis, des progrès spectaculaires ont été accomplis. L’IA élargit son rôle  : de moteur de recherche, elle se mue en moteur de raisonnement et de décision. Grâce aux évolutions de l’informatique neuronale, les capacités cognitives de l’IA progressent à grande vitesse. Certaines actions se réalisent déjà sans intervention humaine  : lorsque qu’une IA de Wikipedia corrige la notice d’une autre IA, qu’elle estime incomplète ou incorrecte, elle le fait de sa propre initiative. Les intelligences artificielles en œuvre dans les véhicules autonomes agissent indépendamment de l’être humain lorsqu’elles jugent que c'est nécessaire. Les IA qui opèrent dans certains hedge funds agissent de leur propre initiative, même si, au départ, elles ont été nourries d’algorithmes écrits par des humains. Mais plus elles prennent de décisions, plus elles deviennent autonomes, car leur compétence s’accroît. C’est un mécanisme totalement calqué sur celui de l’intelligence humaine  : accumulation de connaissances, mise à jour de modèles de décision, amélioration des performances grâce à l’expérience, l'autonomisation. G.B  : Est-ce symbolique que l’IA se dévoile d’abord à nous de manière ludique (nous donner la météo, nous préparer un trajet, être notre partenaire de jeux…), comme pour nous rassurer ? Et ensuite ? 13 UN HOMME, UN LIVRE C-E.B  : Comme vous l’avez compris, l’IA se décompose en une multitude d’applications, des plus simples aux plus sophistiquées. Celle à laquelle nous sommes exposés dans notre vie quotidienne rencontre un grand succès parce qu’elle nous facilite la vie, nous épargne des tâches fastidieuses, travaille de façon plus rapide et plus fiable que nous. Mais rien que dans ce type de tâche, l’IA introduit un changement total de paradigme. C’est une expérience tout à fait nouvelle pour l’homme. Il délègue sa capacité de décision et d’action à une machine. Que fera-t-il de cette nouvelle liberté ? C’est une question essentielle. G.B  : À votre avis, qu’est-ce qui pourra nous séparer de la machine pour éviter de nous faire piéger, comme Paul, (l’humain, « maître » de votre héroïne à qui elle offre la vie éternelle) ? C-E.B  : Je ne crois pas que nous nous séparerons des machines. Nous vivons avec elles depuis très longtemps déjà. Jusqu’à présent, elles étaient entièrement à notre service et nous les contrôlions. Il se trouve qu’elles sont aujourd’hui dans une phase d’extension considérable de leurs capacités. Cela pose donc la question de notre rapport à elles. Et ce ne sont pas que des élucubrations fantaisistes  : en théorie, cette évolution est possible, et j’ai cherché à explorer cette piste dans le livre. Des recherches sont en cours, Elon Musk vient de créer une entreprise, Neuralink, dans le but de mettre au point des systèmes qui permettront de brancher directement le cerveau humain sur des ordinateurs. Imaginez qu’il réussisse ? Qui peut imaginer les bouleversements que cela impliquera ? G.B  : Même si elle est ambiguë, votre fin – que je ne dévoilerai pas – n’exprime-t-elle pas une peur ? C-E.B  : Mon but n’est pas de faire peur. Il est de creuser des hypothèses réalistes, à la lumière des dernières avancées de la recherche dans le domaine de la santé humaine, et notamment le fonctionnement du cerveau, qui demeure encore largement un mystère, et de l’intelligence des machines. Il est probable que ces deux pistes se rejoindront un jour. Autant le savoir et réfléchir dès maintenant à ce que cela peut changer dans l’avenir de l’Homme. Propos recueillis par Gérard Bonos



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