Choiseul Magazine n°2 sep à déc 2017
Choiseul Magazine n°2 sep à déc 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2 de sep à déc 2017

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Choiseul France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 58

  • Taille du fichier PDF : 3,7 Mo

  • Dans ce numéro : l'organisation de la créativité.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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UN HOMME, UN LIVRE CHARLES-ÉDOUARD BOUÉE Président-directeur général de Roland Berger où il a commencé son parcours en 2001, Charles-Édouard Bouée partage ses activités entre Munich, Shanghai et Paris. Gérard Bonos  : L’essai sur l’intelligence artificielle (IA) que vous avez écrit avec le journaliste François Roche est-il un cri d’alarme ou, au contraire, l’initiation à un monde fascinant ? Charles-Édouard Bouée  : Ce livre essaie surtout de faire œuvre pédagogique. L’IA est devenue un sujet central dans le débat sur la révolution technologique, elle est à la fois l’objet de fantasmes et d’espoirs. J’ai voulu écrire un livre qui explique ses origines, son état d’avancement aujourd’hui, les perspectives qu’elle ouvre dans les années futures et les risques qu’elle comporte. C’est cela que raconte ce livre, en donnant la parole à une intelligence artificielle, Lucy, qui raconte son histoire et son commerce avec les hommes. G.B  : Dans une récente interview, vous dites que l’IA est un oxymore. Mais encore ? Avec ses deux derniers ouvrages, Confucius et les Automates ainsi que La Chute de l’Empire humain (en collaboration avec François Roche), Charles-Édouard Bouée démontre son intérêt pour les problématiques liées à l’automatisation de notre monde ainsi qu’à l’intelligence artificielle, ses promesses, ses dangers ainsi que notre rapport à l’humain. OUVRAGES PRÉCÉDENTS China’s Management Revolution – Spirit, Land, Energy, Palgrave Macmillan, 2011 Light Footprint Management  : Leadership in Times of Change, Bloomsbury, 2013 Comment la Chine a changé le monde, Dialogues, 2013 Confucius et les automates, Grasset, 2014 contradictoires. L’intelligence est au plus profond de la nature de l’homme, elle l’authentifie en tant qu’être humain. La qualifier d’artificielle lui retire cette authenticité. Ce terme a d’ailleurs été choisi un peu par hasard par John McCarthy, au moment du fameux séminaire de Dartmouth en 1956, qui devait consacrer l’IA comme un nouveau domaine de recherche. Plusieurs de ses confrères se sentaient mal à l’aise avec cette appellation, mais finalement elle a traversé les années avec le succès que l’on sait. G.B  : Vous dites que l’IA est une « nouvelle race ». Un peu effrayant non ? C-E.B  : J’utilise ce mot dans son sens de catégorie. Nous avons bien à faire à de nouveaux objets, que l’on pourrait qualifier de mutants, qui ne sont plus tout à fait des machines, puisqu’ils peuvent accomplir des tâches intellectuelles, mais qui ne sont pas des hommes et qui ne le seront probablement jamais. Ces intelligences artificielles, de formes multiples, de niveaux de compétence inégaux n’en forment pas moins une catégorie nouvelle… C-E.B  : On peut en effet considérer l’expression même G.B  : Ce thème était jusqu’à présent débattu entre experts, ingénieurs et connaisseurs. Votre livre marque-t- d’intelligence artificielle comme un oxymore. Ces deux termes peuvent apparaître comme parfaitement il le début de l’IA pour le grand public ? 10
C-E.B  : Il est vrai que pendant de longues années, les progrès de la recherche dans ce domaine ont été freinés par l’absence d’applications commerciales. Dans les années 1960, l’objet-roi était l’ordinateur, et les recherches se concentraient surtout sur la puissance de calcul, la portabilité de l’informatique, le développement des logiciels. Puis dans les années 1980, ce sont la téléphonie, Internet et les réseaux qui ont concentré les investissements, car leur développement ouvrait des marchés considérables. Ce n’est qu’au début des années 2000 que les débouchés de l’intelligence artificielle ont commencé à se matérialiser. D’une part l’exploitation et l’analyse du big data ne peuvent être efficaces qu’avec l’intervention de technologies d’IA, le deep learning notamment ; d’autre part, les progrès réalisés dans l’apprentissage du langage ouvraient un champ tout à fait nouveau  : celui de l’interaction naturelle avec l’homme qui peut à son tour déboucher sur la mise au point d’innombrables applications, produits ou services… G.B  : Des exemples pour notre vie quotidienne ? C-E.B  : Nous sommes déjà entourés d’intelligence artificielle, à des niveaux plus ou moins élevés. Derrière les services offerts par Google, Amazon ou Facebook se cachent déjà des machines sophistiquées qui gèrent les recherches, sélectionnent et mettent en avant des publicités ou des contenus éditoriaux, rédigent un certain nombre de textes et de messages, jouent avec nous aux échecs ou au backgammon. Nos automobiles sont également truffées de systèmes d’IA, en attendant que l’ensemble de ces dispositifs soient en mesure de communiquer entre eux pour proposer une solution globale qu’est la voiture autonome. En réalité, l’intelligence artificielle s’immisce progressivement dans la plupart des domaines, sans que nous le sachions forcément. G.B  : Après Amazon et Google, c’est Apple qui sort son IA. Un modèle tout en rondeur appelé Home Phone avec un coté rassurant. La bataille est lancée ? C-E.B  : C’est l’une des grandes batailles de l’IA, mais il y en a d’autres, plus souterraines, dans le domaine de la défense par exemple, ou dans les industries stratégiques comme l’énergie ou les transports. Google, Amazon, Facebook et d’autres poursuivent au fond le même objectif  : supprimer tout obstacle dans leur relation avec leurs utilisateurs. Or l’ordinateur, le smartphone, la tablette constituent encore aujourd’hui l’intermédiation obligée. À partir du moment où des systèmes d’IA comprennent le langage humain et le parlent, savent se connecter sur Internet avec d’autres robots, ont une connaissance approfondie de toutes nos données personnelles, ils se transforment progressivement en véritables assistants virtuels à qui l’on pourra ordonner par la voix l’exécution d’un certain nombre de tâches qui, auparavant, nécessitaient de la part de l’être humain des recherches et des opérations assez fastidieuses sur Internet. S’il suffit de dire à son chatbot  : « Trouve-moi un week-end de libre dans les deux mois qui viennent et organise une visite chez mes parents », pour que la machine prenne en charge l’ensemble des opérations que nécessite cette instruction (vérification de l’emploi du 11 UN HOMME, UN LIVRE temps, recherche des contacts, réservation et paiement des titres de transport, location d’une voiture…), cela change tout de même un peu la vie. Et surtout, cela va modifier notre rapport à Internet dans la mesure où la navigation sur le web sera de plus en plus le fait de robots. Et encore, cet exemple est parmi les plus simples. Ces intelligences artificielles domestiques, équivalentes du butler anglais, seront capables d’exécuter des tâches beaucoup plus complexes, à la maison mais aussi au bureau  : rassembler des données pour préparer un rendez-vous, automatiser l’écriture d’un certain nombre de mémos, notes,emails… C’est donc un immense champ d’application qui s’ouvre et qui engendrera la création de très nombreuses startup pour explorer tel ou tel domaine ou mettre au point tel ou tel service. G.B  : À quel terme l’IA fera-t-elle partie intégrante de notre vie et sous quelle forme ? C-E.B  : Nous y sommes déjà, comme je l’ai expliqué plus haut. D’ici une dizaine d’années, notre environnement sera structuré par l’intelligence artificielle, qu’il s’agisse de l’univers personnel ou professionnel. Tout comme hier l’ordinateur ou le téléphone mobile, nous ne pourrons plus nous en passer, que nous le voulions ou non pour au moins deux raisons  : elle facilite un certain nombre de tâches et libère donc du temps pour faire autre chose, elle augmente considérablement la productivité des entreprises dans un certain nombre de domaines clés  : le marketing, la finance, le droit, la production, les ressources humaines, la logistique, jusqu’à la prise de décisions stratégiques. G.B  : Comment éviter que des extrémistes de tous bords et de toutes natures se servent de cette technologie en devenir ? C-E.B  : En développant des intelligences artificielles supérieures dans le domaine de la cybersécurité afin de protéger les systèmes et les données et même de neutraliser celles qui seraient activées par les « forces du mal », à quelque catégorie qu’elles appartiennent. C’est aussi l’un des enjeux essentiels de la recherche dans les prochaines années. G.B  : Si on en croit la loi de Moore, l’IA est partie à son tour pour doubler de puissance – donc d’intelligence – tous les dix-huit mois. Qui pourra maîtriser cette technologie débridée ? C-E.B  : L’histoire des technologies nous enseigne que dès qu’une innovation majeure est de nature à modifier de façon substantielle les facteurs de production, personne n’en maîtrise le développement car tous les acteurs ont un intérêt à ce qu’elle se généralise  : l’électricité, le chemin de fer, le nucléaire, l’informatique, le téléphone mobile, Internet et la robotique en sont des exemples évidents. Quand une technologie change les règles du jeu, que sa diffusion est large, que sa mise en œuvre ouvre des perspectives de profits, elle se développe, car elle concentre les investissements. L’intelligence artificielle obéit à la même logique, avec une différence, que vous soulignez dans votre question  : les progrès de la recherche sont exponentiels, qu’il



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