Choiseul Magazine n°1 jan à aoû 2017
Choiseul Magazine n°1 jan à aoû 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°1 de jan à aoû 2017

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Choiseul France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 10,0 Mo

  • Dans ce numéro : entretien avec Michael Fribourg.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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effet d’entraîner un désarmement commercial unilatéral des Occidentaux, a conduit à un raidissement des rapports avec Pékin. Ce statut pose la question de la réciprocité des relations commerciales entre les Occidentaux et les grandes puissances émergentes. À son entrée dans l’OMC, en décembre 2001, la Chine avait été enregistrée comme une économie non marchande. La question de son statut devait être réexaminée quinze ans plus tard, soit en décembre 2016. Actuellement, le statut d’économie non marchande permet à ses partenaires commerciaux de se protéger du dumping par l’application de pénalités douanières. La Chine a été frappée par 52 des 68 taxations punitives lancées par Bruxelles, sous forme de droits de douane supplémentaires. Depuis le ralentissement de sa croissance, Pékin exporte sa surproduction industrielle principalement dans les pays occidentaux, ce qui tire les prix vers le bas et multiplie les faillites industrielles. Par exemple, dans le secteur de l’acier, sur la seule année 2015, les exportations chinoises ont augmenté de 20%. Les incidences économiques de l’attribution du SEM à la Chine ont fait l’objet de plusieurs études. Les pertes d’emplois pourraient aller de 20 000 (préservation de la majorité des mesures antidumping) jusqu’à 200 000 si l’Union européenne devait renoncer à la plupart des barrières commerciales actuelles. L’Union européenne a donc adopté une nouvelle « batterie » de mesures de défense commerciale, ce qui devrait permettre de maintenir les mesures antidumping. Pour autant, la question des pratiques commerciales de la Chine est loin d’être réglée. L’attribution du SEM pourrait lui permettre de contester ces mesures devant l’OMC, si bien que la modernisation des instruments de défense commerciale ne permettrait de gagner que quelques années avant que le dumping industriel chinois produise pleinement ses effets. La remise en cause de la mondialisation des échanges est le fait des pays occidentaux Alors que l’ouverture des frontières économiques a permis de sortir un milliard de personnes de la pauvreté, la contrepartie du développement des échanges mondiaux est la remise en question des rentes dont bénéficiaient les Occidentaux en termes de niveau de vie, notamment pour les économies fondées sur l’endettement, et la pression mise sur les classes moyennes aux États-Unis et en Europe. La mondialisation se trouve ouvertement accusée d’alimenter la stagnation des salaires (la thèse de la fameuse « stagnation séculaire » défendue par Lawrence Summers), de précipiter la désindustrialisation et de priver d’emplois les travailleurs peu qualifiés. La classe moyenne américaine a vu 28 son salaire moyen stagner depuis vingt ans, et une grande partie de l’industrie de la Rust Belt a été supplantée par les importations de produits à bas coûts des usines chinoises. Ce déséquilibre dans les échanges se traduit aujourd’hui par une véritable souffrance de la population américaine, touchée par ce phénomène, et se caractérise notamment par l’apparition d’une surmortalité des hommes blancs dans la tranche d’âge de 45 à 65 ans. La tentation protectionniste des États-Unis s’est révélée, au cours de la dernière campagne présidentielle, lorsque la question du libreéchange s’est imposée comme l’un des principaux thèmes  : dans quelle mesure faut-il continuer à s’ouvrir aux échanges ? Faut-il protéger davantage l’innovation et l’industrie américaine ? Faut-il poursuivre les négociations sur les traités de libre-échange dans le Pacifique et avec l’Union européenne ? Sur ces sujets, Hillary Clinton et Donald Trump se rejoignaient sur « Les États-Unis s’enfoncent progressivement dans un isolationnisme commercial de longue durée... Donald Trump signant le décret actant le retrait des États-unis du Partenariat TransPacifique.
des positions qui tranchent avec l’orthodoxie libérale des trente dernières années. Les deux candidats défendaient l’idée qu’une dose de protectionnisme était nécessaire pour protéger l’industrie américaine. « La Chine et le Mexique doivent arrêter de voler nos entreprises et nos emplois », avait lancé Donald Trump lors du premier débat présidentiel. « Nous avons besoin d’accords de libreéchange qui soient justes », avait abondé Hillary Clinton. Les États-Unis s’enfoncent donc progressivement dans un isolationnisme commercial de longue durée. Cette tentation protectionniste, accentuée par l’élection de Donald Trump à la Maison Blanche, s’est incarnée par trois décisions prises récemment par Washington. En premier lieu, le nouveau président américain, aussitôt arrivé dans le bureau ovale, s’est empressé de se retirer du Traité TransPacifique (TPP), longuement et âprement négocié par son prédécesseur. Le TPP était une pièce maîtresse de la politique du pivot de Barack Obama qui visait à renforcer la présence américaine dans le Pacifique contre la Chine. Le TPP avait été signé par douze pays riverains du Pacifique (États- Unis, Canada, Mexique, Chili, Pérou, Japon, Malaisie, Vietnam, Singapour, Brunei, Australie et Nouvelle-Zélande) après des années de laborieuses négociations, entamées en 2008. L’objectif était de créer la plus vaste zone de libreéchange au monde. La Chine avait volontairement été exclue des discussions pour freiner son influence croissante, les États-Unis voulant resserrer leurs liens commerciaux avec les pays de la région. Or, le retrait américain offre désormais une occasion unique à Pékin d’imposer son ordre commercial en Asie tout en semant la méfiance au sein des autres États envers les engagements américains futurs. En second lieu, Donald Trump a confirmé son intention de renégocier les termes de l’ALENA, l’accord commercial liant Washington, Ottawa et Mexico depuis 1994. L’enjeu est de taille pour le Mexique, dont 80% des exportations sont destinées à son puissant voisin du Nord. Les échanges américano-mexicains ont progressé de manière remarquable, passant de 85 milliards de dollars en 1993 à 532 milliards en 2015. En 2016, une année touristique exceptionnelle, le Mexique a accueilli 35 millions de visiteurs étrangers, dont 14,5 millions de touristes en provenance des États-Unis. Mais le président américain s’appuie sur le déficit commercial de son pays à l’égard du Mexique (60 milliards de dollars) pour dénoncer l’ALENA. Donald Trump a évoqué de possibles taxes douanières, allant jusqu’à 35% sur les produits des entreprises qui délocalisent au Mexique pour profiter de sa production à bas coûts. Selon différents calculs économiques, la suppression de l’ALENA entraînerait une contraction de 2,7% du PIB 29 GÉOÉCONOMIE Xi Jinping lors de son discours au Forum économique mondial à Davos le 17 janvier 2017. mexicain, plongeant le pays dans la récession. Dans la négociation qui s’engage, le Mexique est en situation de faiblesse  : les exportations mexicaines aux États-Unis représentent près d’un tiers du PIB national, alors que celles des États- Unis vers le Mexique s’élèvent à moins de 2% du PIB américain. Le Mexique doit faire face à une révision en profondeur de son modèle économique, sa croissance reposant jusqu’à maintenant sur ses liens économiques étroits avec les États-Unis. Enfin, Washington a indiqué que les négociations du Partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TAFTA) étaient rompues, alors que ce projet d’accord était censé fixer le cadre technique pour les échanges mondiaux en imposant les normes techniques occidentales. L’enjeu était important pour les pays occidentaux de fixer les futures normes sociales, sanitaires, environnementales qui répondent aux exigences de leurs consommateurs. Le risque est désormais que d’autres acteurs économiques, notamment issus des pays émergents, fixent ces normes qui pourraient être inférieures aux critères occidentaux.



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