Choiseul Magazine n°1 jan à aoû 2017
Choiseul Magazine n°1 jan à aoû 2017
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°1 de jan à aoû 2017

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Choiseul France

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 44

  • Taille du fichier PDF : 10,0 Mo

  • Dans ce numéro : entretien avec Michael Fribourg.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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L.F.- La thèse de la fin du capitalisme développée par Jeremy Rifkin est une pure imposture intellectuelle. Nous vivons la troisième révolution industrielle, celle des nanotechnologies, du numérique, des biotechnologies et de l’intelligence artificielle. Elle a deux retombées  : d’un côté la technomédecine, de l’autre l’économie « collaborative », avec Airbnb, Blablacar, Uber, etc. L’uberisation, c’est la mise en relation des particuliers entre eux, grâce à des applications qui reposent sur trois éléments issus de la troisième révolution industrielle  : le big data, l’internet des objets et l’intelligence artificielle. Cette mise en relation courcircuite les professionnels traditionnels. L’exemple type est celui d’Airbnb  : ce n’est pas une nouvelle chaîne d’hôtels qui concurrence une ancienne en étant plus performante, c’est une simple application qui le fait sans aucun hôtelier ni aucun mur, et c’est cela qui est nouveau. Rifkin prétend qu’on entre dans l’âge du partage, de l’accès, du gratuit, de la fin de la propriété et du capitalisme. C’est une blague. C’est tout l’inverse. Nous vivons d’abord une dérégulation massive (Airbnb dérégule le secteur hôtelier qui subit des réglementations que les particuliers ne connaissent pas) ; ensuite une marchandisation du monde (je mets un bien personnel, mon appartement ou ma voiture, sur le marché) et un fort dumping social (chez McDo où à l’aéroport, je tape mon menu ou ma carte d’embarquement moi-même, travail sur lequel l’entreprise ne paie pas de charges). Ce qui se profile, c’est donc bien un supercapitalisme doté de profits rapides et colossaux. Uber est loin de tuer Schumpeter ! Les hôteliers en concurrence avec Airbnb ont des salariés, des charges sociales, des normes handicap, incendie, etc. Les particuliers n’ont pas ces contraintes, ce qui crée une situation de concurrence peu équitable qu’il va falloir réguler. Il faudra aussi mettre en place une protection sociale du travailleur indépendant. Dans le mouvement incessant de création-destruction des emplois que la troisième révolution industrielle va accélérer, il est urgent de comprendre que ce sont les personnes qu’il faut protéger, pas les « postes ». Une régulation est elle nécessaire ? Peut-elle être efficace et à quelles conditions ? L.F.- Excellente question, et c’est tout l’objet de mon livre. Il ne faudra ni tout autoriser ni tout interdire, donc il faudra réguler, mais la technoscience nous échappe sans cesse davantage pour trois raisons  : elle va très vite, elle est très difficile à comprendre et elle est mondialisée de sorte que les législations nationales n’ont plus grand sens. Seule une prise de conscience européenne, voire mondiale, pourra avoir une efficacité. Si j’ai écrit ce livre aussi clairement que possible, c’est justement pour aider politiques et opinions publiques à prendre conscience de ce qui se passe sous nos yeux sans que nous les ayons encore ouverts... Entretien réalisé par Gérard Bonos 12 UN HOMME, UN LIVRE « La révolution transhumaniste « Comment la technologie et l’uberisation du monde vont bouleverser nos vies. Édité chez Plon Du généticien Axel Kahn au cardinal Philippe Barbarin en passant par le grand latiniste Lucien Jerphagnon, le sociologue Marcel Gauchet ou son confrère le philosophe André Comte-Sponville, Luc Ferry a multiplié les ouvrages en coopération. Loin de la posture solitaire des anachorètes mondains et télévisuels, il aime le partage des idées et le croisement des points de vue. Toutefois, les différentes collaborations ne représentent qu’un tiers de la presque quarantaine d’ouvrages qu’il a publié depuis plus de trente ans. Il n’est donc pas aisé de retenir de manière forcement arbitraire ceux qui pourraient le résumer. L’expérience de ministre et sa confrontation avec la violence de la politique reste sans doute une étape (un tournant ?) d’importance qui, en 2005, donne un ouvrage sur cette période Comment peut-on être ministre ?. Et ce n’est sans doute pas un hasard si, l’année suivante, naît le premier tome de Apprendre à vivre qui aura une suite en 2008. Enfin, plus près de nous, on retiendra De l’amour  : Une philosophie pour le XXI e siècle qui, pour Luc Ferry, est « le deuxième humanisme après la période des Lumières ». Entre l’amour et le transhumanisme, on peut imaginer de quel côté penche Luc Ferry. Comment peut-on être ministre ? Essai sur la gouvernabilité des démocraties, Plon, 2005 Apprendre à vivre  : Traité de philosophie à l’usage des jeunes générations, prix Aujourd’hui. Plon 2006 Apprendre à vivre  : Tome 2. La sagesse des mythes, Plon, 2008 De l’amour  : Une philosophie pour le XXI e siècle, Odile Jacob, 2012
LE BILLET Charles Prats, Magistrat à la Cour d’appel de Paris, Membre du conseil scientifique du Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques Big Brother vaincra-t-il Daech ? Le terrorisme est devenu le sujet numéro un en matière de sécurité. La doctrine française reposait depuis la fin des années 1980 sur l’interpellation des terroristes avant qu’ils ne passent à l’acte, méthodes éprouvées tant opérationnellement – renseignement – que juridiquement – le concept d’association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste. La survenance de nombreux attentats et tentatives depuis deux ans sur le territoire européen, et notamment français, provoque une inquiétude majeure et rend nécessaires des innovations permettant de créer du renseignement opérationnel à très haute valeur ajoutée afin que nos services soient en mesure d’adapter le traitement des menaces dans un rapport agents disponibles/cibles potentielles particulièrement contraint. Au-delà du renseignement technique, dont les États- Unis sont le fer de lance et sur lequel les services français ne sont pas en reste, et du renseignement humain, pierre angulaire de tout système antiterroriste, il est possible aujourd’hui d’aller également dans le sens du renseignement financier. 13 À l’heure actuelle, les données sur les transactions financières des potentiels terroristes sont éparpillées au travers des organismes financiers dans des silos étanches, ne permettant qu’un accès manuel et ne donnant pas lieu à une centralisation. Les systèmes de détection ne permettent pas l’identification des terroristes en amont, avant que les attentats ne soient perpétrés. Une vue financière d’ensemble des réseaux et individus terroristes n’existe pas, les systèmes actuels de lutte anti-blanchiment n’étant pas conçus pour fonctionner en temps réel et n’étant pas adaptés à la détection des activités « pré-terroristes ». Il ne s’agira pas d’engager de longues enquêtes sur le financement international du terrorisme, sujet certes important, mais de réfléchir aux nouveaux outils d’analyse financière et de big data permettant d’orienter l’action des services, voire de détecter directement les signaux d’un passage à l’acte imminent d’une cellule terroriste. Il existe en effet des systèmes qui permettent aux organismes financiers d’utiliser leurs systèmes de surveillance du comportement des clients afin de pouvoir fournir des alertes sur les individus présentant un caractère potentiellement terroriste  : identification « préventive » des suspects par le biais de leur comportement financier et bancaire ; détection des cellules terroristes dormantes ou naissantes notamment grâce à l’analyse des destinations de voyage et des liens avec des personnes ayant un comportement suspect identifié ; mises sous surveillance et interpellations suite à l’analyse des comportements. Nous en avons présenté un devant les présidents de la commission d’enquête sénatoriale sur les réseaux djihadistes au printemps 2015 (TCI/SAS). Le principe du système est de procéder à une analyse exhaustive des données possédées par l’organisme financier afin d’attribuer en temps réel un scoring de risque de comportement terroriste avec émission d’alertes spécifiques. Le système repose sur un « moteur » informatique et surtout sur la rétroanalyse des attentats passés et sur les analyses de renseignement concernant le comportement des terroristes. Au-delà de ces solutions qui sont proposées « banque par banque » par leurs concepteurs, l’architecture la plus efficace consisterait en réalité à imposer ce type de produit à tous les organismes financiers avec un déversement permanent et en temps réel des données dans une « boite centralisatrice » située au sein d’un service de renseignement étatique (par exemple TRACFIN en France) qui pourrait croiser ces données financières avec les fichiers d’État. Cette architecture présenterait l’avantage d’être « bijective », c’est-à-dire à la fois de permettre la détection efficace par la voie financière de suspects inconnus jusqu’alors – les « faux positifs » étant drastiquement réduits grâce au croisement avec les fichiers d’État – mais aussi de mettre sous surveillance financière permanente les individus déjà fichés par les services pour permettre d’activer des alertes supplémentaires. La vraie question est celle des libertés publiques et de la vie privée  : acceptera-t-on qu’un service de renseignement procède H24 au monitoring financier de l’ensemble de la population afin de détecter les cellules terroristes ? La réponse ne peut qu’être politique et mérite un vaste débat public.



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