CEO Suisse n°2007-2 sep/oct/nov
CEO Suisse n°2007-2 sep/oct/nov
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2007-2 de sep/oct/nov

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : PricewaterhouseCoopers

  • Format : (230 x 280) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 3,1 Mo

  • Dans ce numéro : éducation en Suisse, pourquoi investir dans l'intelligence.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 42 - 43  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
42 43
tendance. dialogue. La bonne question : comment obtenir une bonne réponse ? Il faut être assez naïf pour poser des questions et assez intelligent pour juger de la réponse, nous dit Roger de Weck. Interview : Christian Jauslin Monsieur de Weck, qu’est-ce qui caractérise une bonne question ? Elle invite la personne interrogée à réfléchir. Y a-t-il aussi de mauvaises questions ? En effet. Mais à toute mauvaise question, il y a une bonne réponse. Qu’est-ce qui importe plus : la bonne question ou la bonne réponse ? Les rapports entre l’interviewé et l’interviewer. Qui veut des réponses doit créer une relation. Doit-on tenir compte des réponses possibles pour poser une bonne question ? Ce ne serait pas une interview mais un contrôle oral. Editorialiste réputé, Roger de Weck a été rédacteur en chef des journaux « Tages-Anzeiger » et « Die Zeit ». Il travaille pour divers médias suisses et internationaux. De Weck est président du Graduate Institute of International and Development Studies à Genève (IHEID) et professeur invité au Collège d’Europe à Bruges et Varsovie. Il a reçu le Prix Médias de Davos en 2004 et est docteur honoris causa de l’Université de Lucerne. 42 ceo/trend Peut-on aussi ne rien savoir pour pouvoir poser des questions ? Je sais que je ne sais rien, disait Socrate. L’interviewer doit savoir qu’il sait à la fois tout et rien. Comment des questions vous viennentelles à l’esprit sur un thème que vous ne connaissez que partiellement ou pas du tout ? 90% de travail, 5% d’inspiration et 5% d’intuition. Comment se présentent ces 90% de travail ? Pour poser des questions – mais aussi pour donner des réponses – il faut se préparer. Mon travail consiste à m’interroger et à chercher des réponses afin que je n’aie pas à poser la question la plus évidente à mon interlocuteur, mais une question un peu plus élaborée, mieux mûrie. Et la curiosité ? Sans curiosité pas de questions. Comment trouvez-vous vos 5% d’inspiration ? Que faites-vous ? Rien. Je me promène. Je reste ouvert. Je lis le journal. Je vais au cinéma. Je regarde mon interlocuteur. Y a-t-il une méthode pour avoir de l’intuition ? Il n’y a pas de méthode. L’intuition fait appel à quelque chose d’inné, d’une part, et à quelque chose à préserver, d’autre part. La chose innée est la sensibilité. On l’a ou on ne l’a pas. Et la chose préservée est une sorte de naïveté intelligente, qu’on devrait conserver ; quitte à être enfantin. Il faut être assez naïf pour poser des questions et assez intelligent pour juger de la réponse. Quand les bonnes questions deviennentelles mauvaises et quand les mauvaises questions deviennent-elles bonnes ? Les bonnes questions deviennent mauvaises quand on les pose trop souvent. Les mauvaises questions deviennent bonnes lorsqu’elles incitent la personne interrogée à donner une bonne réponse, dans la mesure où elle parvient à se libérer de la question. Ce qui me plaît, dans une conversation avec un interlocuteur intelligent, c’est que l’interviewer se sent plus intelligent qu’il ne l’est – parce que même ses questions les plus bêtes sont récompensées par des bonnes réponses.
Comment commence-t-on un bon entretien ? En général avec des connaissances préalables. Le jeu des questions et des réponses est un jeu éclairé, au sens du siècle des lumières. L’idée est qu’il n’y a pas de vérité hormis la vérité discursive, à savoir : je demande et cherche des réponses, j’interroge et reçois des réponses, et je me fais au fur et à mesure ma propre opinion. Il s’agit, en quelque sorte, d’une tentative permanente d’approcher la ou les vérités. Celui qui aime poser des questions sait que la vérité absolue n’existe pas. Ce qui me frappe plus encore, c’est que celui qui demande n’est pas un idéologue, car les idéologues n’ont que des réponses, pas de questions. Celui qui demande marque, par ses questions, son respect à l’endroit de son interlocuteur. S’il le méprisait, il ne lui demanderait rien. En d’autres termes, il n’y a rien de plus relationnel que les questions et les réponses. Et c’est encore mieux, bien sûr, quand ce jeu est réciproque. Vous est-il arrivé de poser une question et de la regretter ? Oui, une question qui a trahi mon ignorance. Elle n’était pas posée au niveau où elle aurait dû l’être. Quand vous croyez « En effet, nous craignons parfois tellement la réponse que nous préférons ne pas poser la question. Nous refoulons. Il n’est pas interdit de ne pas poser une question. Mais à la longue, il est bien préférable de poser presque toutes les questions. » provoquer votre interlocuteur avec une question qui ne fait que dévoiler votre semblant de savoir, c’est gênant ! Avez-vous déjà regretté de ne pas avoir posé une question ? Oui, parce qu’elle ne m’est pas venue à l’esprit. J’étais lent, mon interlocuteur rapide. Peut-on s’entraîner à poser des questions spontanées ? On peut s’entraîner pour tout, mais ça n’aura pas forcément un effet décisif. Si, dans votre métier, vous devez poser beaucoup de questions, faites l’exercice suivant avec un collègue : interrogez-le, puis avant de poser la question suivante, résumez ce qu’il vient de dire. Vous vous entraînez ainsi à une écoute attentive, au lieu de poser des questions en suivant votre propre idée. Vous poserez vos questions en tenant mieux compte de la réponse qui précède. Comment les questions et la manière de les poser peuvent-elles changer au fil du temps ? Vous connaissez peut-être l’anecdote d’Einstein qui prépare un examen… Son assistant arrive en courant : « Professeur ! Professeur ! Vous allez poser les mêmes questions que l’année dernière ? » Einstein répond : « Oui, les questions sont les mêmes, mais pas les réponses. » En d’autres termes, il se peut que je pose les mêmes questions mais même dans ce cas, elles sont en fait très différentes. Sauf que les questions fondamentales, existentielles – Pourquoi suis-je ici-bas ? Où vais-je ? – affleurent à pour ainsi dire chaque question. On peut donc tout demander, aussi longtemps qu’on ne craint pas la réponse ? Voilà une très bonne question qui me fait réfléchir. En effet, nous craignons parfois tellement la réponse que nous préférons ne pas poser la question. Nous refoulons. Il n’est pas interdit de ne pas poser une question. Mais à la longue, il est bien préférable de poser presque toutes les questions. Bien que je souhaite finir mes jours ayant gardé en moi quelques questions sans réponse.//ceo/trend 43



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :