CEO Suisse n°2007-2 sep/oct/nov
CEO Suisse n°2007-2 sep/oct/nov
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2007-2 de sep/oct/nov

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : PricewaterhouseCoopers

  • Format : (230 x 280) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 3,1 Mo

  • Dans ce numéro : éducation en Suisse, pourquoi investir dans l'intelligence.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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« Dans un pays comme la Suisse, l’excellence est essentielle. » Nous devons nous concentrer sur ce qui peut vraiment nous permettre de nous démarquer, dit Hans- Ulrich Doerig qui plaide en faveur de la promotion de l’élite et de l’augmentation des taxes universitaires. 22 ceo/éducation en suisse M. Doerig, que pensez-vous de la Suisse en tant que lieu de formation ? Hans-Ulrich Doerig : Plus j’étudie ce sujet, plus la flexibilité de notre système de formation en alternance me plaît. Il me paraît être le meilleur en ce qui concerne l’égalité des chances, nous devrions lui rester fidèles. À l’étranger, on nous l’envie. Certes, les statistiques de l’OCDE nous prêtent d’assez faibles résultats en termes de nombre des nouveaux diplômés par rapport à la population totale. Tout est relatif : j’ai souvent observé qu’un diplôme universitaire ne Hans-Ulrich Doerig, 67 ans, a étudié les sciences économiques à l’Université de Saint-Gall. Après son doctorat et cinq ans d’activité chez J.P. Morgan à New York, il débute sa carrière au Credit Suisse Group en 1973 ; il participe, depuis 1982, aux principaux organes de direction du groupe. Depuis 1993, il est vice-président à temps complet du conseil d’administration et président du Risk Committee. Pendant dix ans, H.-U. Doerig a été chargé de cours à l’Université de Zurich. Il est actif dans diverses organisations économiques, scientifiques et artistiques, ainsi que dans des fondations. Il est notamment membre du conseil de l’Université de Zurich. garantit pas que les gens soient heureux et réussissent dans la vie. Mais je constate aussi que nous avons trop peu de jeunes Suisses dans le tertiaire. En tant que membre du conseil de l’Université de Zurich, j’étudie les affectations de postes et je constate que les étudiants suisses sont peu nombreux à se porter candidats. Pour quelle raison ? Cela est sûrement lié au fait que nous avons en Suisse de nombreux groupes très florissants, à même d’offrir des emplois attrayants aux universitaires qui s’intéressent aux domaines de la recherche et de l’analyse. Dans ce secteur, les universités doivent s’améliorer, notamment au niveau des maîtres de conférence, c’est-à-dire des universitaires qui préparent un professorat. Mais étant donné la charge de travail, il faut aussi beaucoup d’idéalisme et de passion pour ambitionner une chaire de professeur. La réforme de Bologne a-t-elle à votre avis été utile ? Elle a modifié le monde universitaire. J’étais sceptique avant son introduction ; je me disais qu’à cause d’elle le corset du secteur tertiaire deviendrait beaucoup trop étroit pour les étudiants. Maintenant je vois les choses autrement : la réforme a conduit à une certaine « discipline » – mais avec de nombreux modules au choix et des restructurations. C’est tout à fait positif, car je sais que, sans discipline ni but précis, on n’a actuellement aucune chance de réussir dans le monde du travail. Avec Bologne, la
+ + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + éducation en suisse charge de travail des enseignants, puisqu’il y a davantage d’examens, a encore augmenté. Une chaire, ce n’est plus uniquement beaucoup de temps libre pour la recherche : aujourd’hui, on évalue aussi les performances. C’est relativement nouveau, un défi pour les personnes concernées. Dans la concurrence internationale, la réputation d’une université est de plus en plus importante. Et elle dépend en ligne directe de celle de ses professeurs. Quelle est la réputation des universités suisses à l’étranger ? La Suisse a toujours eu beaucoup d’attrait pour les étudiants étrangers ; nous avons le plus fort pourcentage d’étrangers. Elle attire aussi les professeurs : environ 40% des professeurs de l’Université de Zurich et plus de 50% de ceux des l’EPF sont d’origine étrangère. La petitesse de la Suisse, sa situation, sa qualité de vie et enfin la qualité voire l’excellence de nos institutions de formation jouent un rôle important ici. Quels sont les points faibles de la Suisse ? Nous n’enseignons pas encore suffisamment en anglais pour nous permettre d’attirer davantage d’étudiants et de professeurs non germanophones. L’anglais joue un rôle décisif. Sans lui, on n’a quasiment aucune chance de réussir sur le marché du travail. C’est pour cette raison aussi que les enseignements devraient être dispensés plus souvent en anglais. Que devons-nous faire encore pour ne pas rater le coche ? Nous devons nous concentrer sur ce qui peut vraiment nous permettre de nous démarquer. Il faut consolider nos points forts, tout au moins neutraliser nos faiblesses. Dans un pays cher comme la Suisse, l’excellence est essentielle. Elle permet de se distinguer. Pourtant, elle est un peu négligée. C’est pourquoi je suis pour la promotion de l’élite. Une personne qui a du talent doit être traitée différemment. En outre, l’enseignement doit être revalorisé. Il tend à avoir moins de poids que la recherche : personne ne devient lauréat du prix Nobel parce qu’il est un bon enseignant. Les directeurs d’université sont conscients du problème. Pour faire avancer les choses, le Credit Suisse a créé le Credit Suisse Best Teaching Award pour toutes les universités. L’encadrement est aussi un point faible pour notre secteur tertiaire : dans certaines disciplines, nous ne sommes pas vraiment compétitifs, surtout comparé aux Etats- Unis. Avec l’augmentation des taxes universitaires à 5000 CHF par an – parallèlement à un financement socialement acceptable – on pourrait améliorer de 20% (qualitativement et quantitativement) le rapport professeurs/étudiants et rallier davantage de chercheurs. C’est ce que vous demandez dans votre rapport sur les nouvelles voies de financement des universités suisses, publié en 2004. Où en êtes-vous aujourd’hui ? J’ai parlé avec des conseillers fédéraux et nationaux, et aussi avec de nombreux représentants de l’éducation nationale. Mais personne ne veut aborder le sujet dans une année électorale. Les élections seront terminées à l’automne. Y aura-t-il du nouveau après ? Je pense qu’il faut d’abord que le mal se fasse vraiment sentir. Supposons qu’il y ait des réductions budgétaires supplémentaires et que les moyens soient encore plus restreints. Alors on pourra remettre sur le tapis le thème de la hausse des taxes. Supposons que le nombre d’étudiants augmente et que les conditions se dégradent encore. Alors il y aura des réclamations, d’autant plus que la réforme de Bologne exige un encadrement de qualité pour les étudiants. Supposons que les pays en voie de développement gardent leur vitesse actuelle ; alors ils dépasseront vite ceux qui n’avanceront pas. D’autres pays industrialisés deviennent eux aussi plus compétitifs. Que pensez-vous des débats actuels sur la Suisse ? En ce qui concerne « l’avenir stratégique de la Suisse », un thème à la mode, je me demande si les dépenses de l’État sont encore bien proportionnées. Je suis relativement content que les dépenses pour l’enseignement dans le secteur tertiaire ne soient pas réduites. Mais les dépenses de l’État pour la recherche sont à peu près égales à celles octroyées dans le cadre de l’asile. 37% des dépenses totales sont consacrées à la santé, à l’aide sociale et à l’assurance-invalidité et 4,7% seulement aux universités. Je ne veux pas être politiquement incorrect, mais je me demande si, avec de telles proportions, nous travaillons vraiment pour l’avenir. Nous savons qu’un pays cher comme la Suisse ne peut survivre que par l’excellence de ses prestations et l’innovation ; ce n’est donc pas dans le domaine de l’enseignement qu’il faut se montrer radin. C’est mon credo. Que pensez-vous de la méthode de financement qui consiste, pour les universités, à coopérer avec les entreprises, par exemple l’Université de Zurich avec Pfizer depuis mai dernier ? Cette méthode va se répandre. Les fonds de tiers sont de plus en plus importants. À l’Université de Zurich, ils nous fournissent une centaine de millions de CHF par an. Certaines recherches seraient impossibles sans les fonds de tiers. C’est une méthode parfois critiquée, avec l’argument que l’économie exerce ainsi une trop grande influence. Mais c’est absurde, chaque directeur d’entreprise connaît l’importance de la liberté universitaire et la respecte. Il serait bien d’avoir un comportement un peu plus décontracté envers les fonds de tiers. Pourquoi, en tant que banquier, vous engagez-vous autant en faveur de l’enseignement ? Je suis fier d’être suisse ; nous jouissons d’un grand respect et d’une très bonne réputation à l’étranger. Je m’identifie avec mon pays – et l’enseignement est probablement une ressource essentielle. Nous avons toutes les chances de nous distinguer par l’enseignement, et cela me met en colère de voir que nous ne les saisissons pas. C’est pourquoi je m’y engage.//ceo/éducation en suisse 23



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