CEO Suisse n°2007-1 avr à aoû
CEO Suisse n°2007-1 avr à aoû
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2007-1 de avr à aoû

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : PricewaterhouseCoopers

  • Format : (230 x 280) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 2,3 Mo

  • Dans ce numéro : les leaders investissent... Abonia-Forster, Conzzeta, Emmi.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Le « Grand Marais » est le plus grand jardin potager de Suisse. Les surfaces écologiques sont des habitats importants pour la faune et la flore.
commercialisée avec la mention « élevage en plein air », puisque les 700 truies mères, porcelets et porcs à l’engraissement de la ferme courent librement dans la boue. Trachsel aimerait aussi écologiser davantage les autres domaines de l’exploitation mais, à cause d’une pollution ancienne, il n’est plus possible d’obtenir le label « Bourgeon Bio Suisse » : la ville de Berne a en effet utilisé, jusqu’en 1953, une grande partie de ce territoire comme décharge. On voit scintiller çà et là d’anciens débris de vaisselle… à côté de morceaux de scories noires. Certes, la structure du sol aide à fixer les métaux lourds et la récolte est contrôlée régulièrement, mais évidemment, ces résidus toxiques ne sont pas compatibles avec le label biologique. On taxe souvent les agriculteurs de pleurnicheurs. Mais pas Trachsel : « Il y a peu de pays dans le monde où le fourrage vert est aussi abondant qu’en Suisse. Malgré tout, nous avons le coût de production le plus élevé », constate-t-il. En Nouvelle-Zélande, par exemple, les paysans produisent du lait à 20 centimes le litre. Bien qu’en Suisse le prix de revient des produits agricoles ait diminué d’un quart depuis 1992, le prix à la production est toujours de 50% supérieur à la moyenne européenne. Trachsel met son corps de métier à contribution : « Nous avons travaillé jusqu’à présent pour l’île suisse, bien protégés. Aujourd’hui, en raison de la mondialisation, ce modèle s’écroule comme un château de cartes. L’agriculture devra s’adapter à la nouvelle réalité du marché. » Administrer un patrimoine écologique Ici, dans la partie occidentale du « Grand Marais », entre les lacs de Neuchâtel, de Morat et de Bienne, le sol est un morceau d’histoire de l’agriculture suisse. Jusqu’à la première correction des eaux du Jura (1868–1878), la région était marécageuse, la pauvreté accablante et les risques d’épidémie importants. Aujourd’hui, le « Grand Marais » est le plus grand jardin potager de Suisse. Mais pour cela, une seconde grande amélioration a été nécessaire (1939–1973). Les débuts ont été difficiles : Cette combinaison du régime pénitentiaire et de l’agriculture pourrait se révéler autrement rentable : chaque détenu réinséré fait économiser beaucoup d’argent à la société. une exploitation inadaptée, des connaissances insuffisantes et l’acidité des sols ont donné des rendements déplorables des décennies durant. C’est donc l’établissement pénitentiaire qui a fait œuvre de pionnier dans ce domaine, en aménageant des drains et en plantant des récoltes mieux adaptées au site. En poursuivant sa route, Trachsel nous montre deux surfaces représentatives de son exploitation : à droite du chemin de terre se trouve un biotope composé de mares et de coteaux couverts d’une dense végétation : c’est une des surfaces de compensation écologiques (72 hectares). Ces surfaces écologiques, qu’il s’agisse de haies ou de jachères florales, sont des habitats importants pour la faune et la flore : elles favorisent la diversité biologique. De l’autre côté du chemin, une ancienne tourbière a été recouverte d’une couche de 30 centimètres de sable afin de rendre le sol exploitable. « Nous extensifions d’une manière générale notre production pour garantir la fertilité du sol à long terme », explique l’agronome. Nous nous arrêtons devant une puissante machine à l’allure d’un mille-pattes : il s’agit d’une déchaumeuse, qui permet de travailler le sol sans le labourer. En effet, le sol du « Grand Marais » doit être absolument préservé, sinon la tourbe disparaîtra définitivement. Depuis la première correction des eaux du Jura à la fin du XIX e siècle, le sol s’est déjà affaissé de 2,5 mètres. Le labourage, en apportant de l’oxygène au sol, accélère le compactage de la tourbe. Aujourd’hui, les parcelles de Witzwil sont équilibrées et d’un bon rendement. « Nous devons veiller à la santé du sol et adapter notre production au site », explique Trachsel. « Sinon, nous ne pourrons plus pratiquer ici que quelques cultures extensives. » Tous les sols ont été rigoureusement analysés ; on sait donc s’ils contiennent de l’humus, du sable ou de l’argile, ce qui permet d’adapter les cultures. Calculs complexes de rentabilité À quoi ressemble la comptabilité de cette exploitation qui, sans paiements directs, ressent davantage les rigueurs du marché ? Seules les surfaces de compensation écologiques et les trois cultures spéciales (roseau de Chine, colza et pois fourrager) sont subventionnées à hauteur de 140 000 CHF en tout. Le bénéfice net agricole s’élève à tout juste 3 millions de CHF ; les coûts de production, salaires compris, se montent à 5,1 millions de CHF. Si l’on déduit les frais d’encadrement des détenus, le résultat est tout juste positif. Le canton de Berne, qui ne roule pas sur l’or, est propriétaire de l’exploitation. Ces dernières années, Trachsel a sans cesse été exhorté à la rentabilité. Au cours du déjeuner (cuisiné et servi par des détenus à la cantine des employés), il explique : « J’ai dû employer un cinquième de mon temps de travail à légitimer notre raison d’être. » L’exploitation a été passée au crible à diverses reprises. Puis, en 1999, un investisseur a voulu construire un fun park sur le terrain de Witzwil, avec des volières pour une espèce rare de perroquet d’Amazonie... un projet de plusieurs millions de francs. Finalement, l’exploitation a de nouveau été contrôlée et le canton a pris une décision à plus longue échéance : l’agriculture gardera son importance mais devra être encore plus extensifiée. Ce qui signifie davantage de surfaces écologiques et une moindre pression économique : « Activités dans et pour la nature. » Depuis le début de cette année, les quatre cinquièmes des détenus participent aux diverses tâches de l’exploitation. Le bénéfice net agricole sera plus faible, mais on s’en contentera. L’exploitation pourra, en effet, se révéler autrement rentable : chaque détenu réinséré fait économiser beaucoup d’argent à la société.//ceo/witzwil 53



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