CEO Suisse n°2007-1 avr à aoû
CEO Suisse n°2007-1 avr à aoû
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2007-1 de avr à aoû

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : PricewaterhouseCoopers

  • Format : (230 x 280) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 2,3 Mo

  • Dans ce numéro : les leaders investissent... Abonia-Forster, Conzzeta, Emmi.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Texte : Bernhard Raos, Photos : Nik Hunger À pied, il faudrait une demi-journée pour faire le tour du propriétaire ; avec le toutterrain de Peter Trachsel, il faut tout de même deux heures. Trachsel, Bernois de 50 ans et directeur de la section agricole de l’établissement pénitentiaire de Witzwil, a beaucoup à montrer : une exploitation agricole qui, avec ses 612,3 hectares, est la plus grande de Suisse (environ 38 fois plus grande que la moyenne, qui est de 16 hectares). Peter Trachsel est agronome EPF et travaille à Witzwil depuis 18 ans. Il avait à peine 30 ans lorsque la ferme a été placée sous son entière responsabilité : en tant que fils d’agriculteur, il possédait, certes, une expérience pratique en plus de son savoir théorique, mais il dut d’emblée diriger deux douzaines d’employés – la plupart plus âgés que lui et plus expérimentés dans le milieu carcéral. Car la deuxième caractéristique de cette immense exploitation est d’être exploitée par des détenus, dans le cadre de ce qu’on appelle un régime pénitentiaire « semi-ouvert ». « J’ai donc relevé ce challenge, qui m’a parfois conduit à l’extrême limite de mes capacités », avoue Trachsel. 50 ceo/witzwil Witzwil est le premier établissement pénitentiaire du monde à avoir utilisé le travail agricole pour la réinsertion. Le respect mutuel et l’égalité de traitement sont la règle. Jusqu’à 60 collaborateurs forcés À l’exception des criminels les plus dangereux, Witzwil héberge jusqu’à 200 détenus purgeant des peines relevant de toutes les catégories de délit. L’effectif de la section agricole regroupe actuellement 27 collaborateurs et 50 à 60 détenus. Durant un tiers de son temps, Peter Trachsel est éducateur social ; il est agronome durant les deux autres tiers. Pour ses collaborateurs, c’est le contraire. « Afin de satisfaire aux exigences complexes de détenus issus des milieux culturels les plus divers et confrontés aux problèmes les plus variés, nous devons travailler d’une façon de plus en plus structurée », indique le dernier rapport annuel de cette prison pour hommes. Concrètement, c’est le traitement procuré aux détenus qui compte, et non la production. Les collaborateurs de la section agricole sont aussi formés dans les domaines de la gestion du personnel, de la pédagogie sociale et de la formation socioprofessionnelle. Leur travail implique de traiter chacun de manière égale, avec respect et sans préjugés racistes. Il s’agit là d’un défi permanent. Witzwil, certes, n’héberge pas les plus dangereux criminels, mais les détenus sont devenus plus difficiles d’année en année. Notamment leur endurance a fortement diminué : seul un tiers d’entre eux sont parfaitement aptes au travail, au lieu de 70% en 1995. Leur mauvais état de santé en est la raison principale, notamment chez les toxicomanes. « Nous recevons de plus en plus de détenus souffrant de troubles psychiques », explique Trachsel. Les agressions entre les détenus et envers le personnel d’encadrement sont également en hausse. Les travaux de plein air, cependant, ont un effet apaisant pour beaucoup de détenus : Witzwil est le premier établissement pénitentiaire du monde à avoir utilisé, il y a 111 ans, le travail agricole pour la réinsertion sociale. On était convaincu alors que « seuls ceux qui se penchent sur la terre se relèvent ». Aujourd’hui, le régime semble moins autoritaire : on y vise plutôt des « buts socioprofessionnels réalistes afin d’aider les détenus moins performants à recouvrer leur confiance en eux et leur aptitude à la vie L’exploitation de Witzwil : facts & figures Altitude : 430–432 m Main-d’œuvre : 27 collaborateurs, 60 détenus Surface cultivée : 612,31 ha au total Pâturage d’été sur le Chasseral : 129 ha Cheptel : 450 bovins, 700 porcs en liberté, 100 poulains, 8 chevaux de trait Contingent laitier : 544 000 kg ; 8090 kg par vache Mécanisation : 20 tracteurs, 720 h par an et par tracteur Rendement net : 3100000 CHF sociale ». Trachsel le confirme : « Contrairement à l’inaction dans une cellule étroite, l’exercice physique permet de se changer les idées. Il y a toujours des détenus qui travaillent très bien. » Pendant la visite, nous en rencontrons plusieurs, assis sur des tracteurs ou des chariots-empileurs ; d’autres s’occupent du bétail, travaillent à la boutique, à la cuisine ou au bureau. L’agriculture sous le joug de la mondialisation Nous passons devant des vaches Simmental tachetées de blanc et de brun, accompagnées de leurs veaux, et des bœufs à l’engraissement : ce sont environ 450 bovins au total. Le rendement moyen, à savoir 8090 kilos de lait, est honorable. En levant la tête, les animaux voient le Chasseral, sur lequel ils iront paître cet été, sur un pâturage de 129 hectares. Trachsel illustre, à l’exemple du lait, le cadre économique imposé à l’agriculture suisse. Les futures valeurs de référence – fixées par l’OMC, l’accord de libre-échange prévu avec les États-Unis et les accords bilatéraux avec l’UE – sont claires : les subventions à l’exportation, le soutien interne à la production et la protection douanière disparaîtront ; le prix du lait est déjà en baisse. Pour Witzwil, c’est un problème doublement épineux, puisque cet établissement de l’État ne bénéficie d’aucun paiement direct : « À 50 centimes le litre, c’est déjà difficile ; à 40 centimes, nous perdons de l’argent. Nos frais directs ne sont même plus couverts. » Les vastes prairies sont un spectacle somptueux, en particulier au printemps, lorsque le colza est en fleurs et que les épis de blé se forment. Le blé, lui aussi, crée un souci économique : « Lorsque j’ai débuté, 100 kilos de céréales de premier choix nous rapportaient plus de 100 CHF. Aujourd’hui, ils ne nous rapportent plus que 52 CHF. Parallèlement, nos coûts de production ont considérablement augmenté. » Heureusement, l’élevage de porcs donne des chiffres plus réjouissants. Un boucher de Bâle paie un peu plus que la moyenne du marché, ses clients appréciant particulièrement la viande de Witzwil. Celle-ci est
Peter Trachsel : « Contrairement à l’inaction dans une cellule étroite, l’exercice physique permet de se changer les idées. »



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