CEO Suisse n°2007-1 avr à aoû
CEO Suisse n°2007-1 avr à aoû
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2007-1 de avr à aoû

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : PricewaterhouseCoopers

  • Format : (230 x 280) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 2,3 Mo

  • Dans ce numéro : les leaders investissent... Abonia-Forster, Conzzeta, Emmi.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Redistribution des cartes sur le marché de l’électricité. Les compagnies d’électricité suisses sont bénéficiaires. Dans un contexte d’ouverture de marché, de risques de coupures de courant et de politisation, la tension est à son comble. Texte : Bernhard Raos « De petite taille et flexibles, les entreprises énergétiques suisses ont un rôle à jouer en Europe », déclare Walter Steinmann, directeur de l’Office fédéral de l’énergie. L’an dernier, les deux plus grands fournisseurs d’électricité et de gaz ont obtenu des résultats très satisfaisants. Atel et Axpo ont doublé leurs bénéfices de plus d’un milliard de CHF. Même si l’on exclut les centrales électriques survalorisées en les considérant comme des facteurs exceptionnels, ces chiffres sont excellents. Présents dans toute l’Europe, Atel et Axpo ont produit en 2006 une quantité d’énergie équivalente à la consommation d’électricité de la Suisse pendant quatre ans. Près de 80% des 128 térawattheures sont vendus à des clients étrangers. Les leaders du marché suisse restent pourtant bien modestes dans la ligue des champions des fournisseurs d’énergie. Le secteur est actuellement en proie à la fièvre des fusions et acquisitions. E.ON (chiffre d'affaires 2006 : 68 16 ceo/énergie milliards d'EUR) a vu sa tentative de reprise de l'espagnole Endesa échouer dans un premier temps mais l'entreprise allemande rachète constamment de nouvelles parts de marché. Par comparaison, Atel et Axpo ont enregistré l’an dernier des chiffres d’affaires respectifs de 7 et 5,8 milliards d’EUR. Fin des monopoles : la marchandisation de l’électricité La fin des monopoles publics a entraîné une intensification des activités de fusion, auxquelles prennent part d’autres fournisseurs d’énergie comme l’italien Enel ou encore Électricité de France. Selon la volonté de la Commission européenne, l’électricité est devenue une marchandise et le marché sera totalement libéralisé d’ici juillet 2007. L’impact quantitatif permet aux grands groupes de réaliser des rendements d’échelle positifs, d’autant plus que des milliards de CHF sont investis dans les installations et les réseaux. Les poids lourds du secteur en profitent. À première vue, les perspectives de la Suisse dans ce grand monopoly du marché de l’énergie ne sont pas bonnes. Il y a cinq ans, le peuple suisse a refusé d’ouvrir son marché de l’électricité. Le pays compte toujours 900 fournisseurs, un patrimoine qui coûte cher, comme le révèle une étude de l’EPF. Des montants de 1,1 à 1,6 milliards de CHF pourraient être économisés si on limitait le nombre de distributeurs finaux à un par canton ou région. Le marché est par ailleurs entravé par un enchevêtrement de régimes tarifaires et de suppléments de prix disparates. Les fournisseurs d’électricité appartiennent encore à 80% aux cantons et aux communes. Les subventionnements croisés des deniers publics sont dès lors monnaie courante. Les détournements au profit de l’État sont néanmoins en baisse depuis que le Tribunal fédéral a enfoncé une porte en 2003, du moins pour les grands fournisseurs. Jusqu’alors, les fournisseurs les moins chers n’avaient pas accès au réseau : l’approvisionneur régional bloquait le transit aux concurrents offrant des prix plus attrayants. Cette interdiction a été levée par le Tribunal
+ + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + + marché de l’énergie en suisse fédéral, mais les frais de transit (jusqu’à 60% du prix de l’électricité) sont encore soumis à la négociation. Les monopoles sont des modèles en voie de disparition. Heinz Karrer, PDG du groupe Axpo, en est bien conscient : « Nous ne pouvons pas nous enfouir sous terre. Chaque ouverture de marché déclenche une série d’innovations pour l’économie nationale. Si nous sommes intelligents, cela aura un impact positif sur la compétitivité de la Suisse. » La légendaire prudence helvétique permet de tirer les enseignements des expériences réalisées à l’étranger de façon à ne pas répéter les mêmes erreurs : « Les industries de réseau suivent leurs propres règles. » La Suisse entend ouvrir son marché de l’électricité en deux étapes d’ici 2013. C’est ce que prévoit la nouvelle loi sur l’approvisionnement en électricité. L’approvisionnement en énergie, c’est aussi de la politique L’ouverture du marché aux frontières implique la conclusion d’un accord bilatéral avec l’UE, sous peine de s’exposer aux risques de la discrimination et de s’infliger des mesures de rétorsion volontaires. Les négociations ne seront pas simples. « L’énergie est une ressource fondamentale pour chaque économie nationale. L’approvisionnement, c’est aussi de la politique », explique Emanuel Höhener, PDG de l’entreprise Électricité de Laufenbourg SA. Sa société fait partie du groupe Axpo et s’occupe principalement de négoce d’énergie à l’étranger. Plus de 20% du commerce d’électricité transfrontalier européen passent par la Suisse. Il n’existe par exemple aucune liaison directe entre la France et l’Italie. Ce statut de plaque tournante rapporte plus de 100 millions de CHF par an aux entreprises suisses, qui veulent continuer à en profiter, via l’ouverture du marché national, en s’assurant la libre circulation dans l’UE. De son côté, l’UE est favorable à une harmonisation technique des réseaux électriques. Leur instabilité est apparue au grand jour en septembre 2003, lorsque toute l’Italie s’est retrouvée dans le noir. Afin d’éviter les pannes, l’UE a déjà introduit une procédure de vente aux enchères : si le réseau est surchargé, les capacités de transit seront vendues au meilleur prix. Un coup dur pour la Suisse, puisque ces enchères compromettent les contrats à long terme entre notre pays et les centrales nucléaires françaises. Conclus après l’abandon de l’énergie nucléaire par des fournisseurs suisses, ces contrats fixent préalablement le volume et le prix de l’électricité. La France a jusqu’à présent renoncé à appliquer la procédure de mise aux enchères vis-à-vis de la Suisse. Des négociations bilatérales décideront de la suite des événements. Swisselectric, l’organisation des entreprises du réseau d’interconnexion suisse d’électricité, est implacable : pas question de transposer le droit de l’UE. Frais de transit pour les autoroutes de l’électricité L’« unbundling » des réseaux électriques alimente également la controverse. Ce terme désigne la scission entre les activités commerciales et de production et les activités de transport. C’est une exigence centrale de l’UE. Pour que la loi suisse sur l’approvisionnement en électricité entre en vigueur, le réseau haute tension réservé au transport international de l’électricité doit être confié à une société nationale dans les cinq ans. Soucieux de se réserver la meilleure part du gâteau, les sept fournisseurs Atel, BKW FMB Energie, CKW, EGL, EOS, EWZ et Beaucoup d’innovations, peu d’investissements NOK ont créé fin 2006 la société de gestion « Swissgrid ». Sa mission consiste à surveiller et à gérer les 6700 kilomètres de lignes électriques transfrontalières. Swissgrid jouera le rôle de société nationale de gestion du réseau. Pour le patron d’Axpo, Heinz Karrer, il serait « absurde de séparer l’infrastructure et la société d’exploitation. Nous avons tout intérêt à assurer la stabilité de nos réseaux. » Les gardiens de la concurrence craignent à présent que Swissgrid écrase ses concurrents. D’autant plus que les tarifs ne sont pas transparents. En Suisse, le Conseil fédéral veut par conséquent, avec ElCom, mettre sur pied un organe de régulation chargé du contrôle des frais d’utilisation. L’obligation pour les entreprises de vendre leurs réseaux à une société d’exploitation indépendante suscite également la controverse au sein de l’UE. Cette exigence de la Commission européenne doit néanmoins recueillir la majorité qualifiée des États membres. La partie semble perdue d’avance. Les réseaux devraient rester la propriété des compagnies de distribution, qui agiraient sous le contrôle d’une société d’exploitation indépendante. Qu’en est-il de la « solution suisse » ? Le droit de la concurrence de l’UE pourrait s’y opposer, dans la mesure où les groupes énergétiques appartiennent majoritairement aux cantons. La loi sur l’approvisionnement en électricité prévoit un investissement de 320 millions de CHF dans les énergies renouvelables au cours des prochaines années. La part de celles-ci dans la consommation d’électricité devrait atteindre 10% d’ici 2030. Elle représente aujourd’hui un peu plus d’1%. Cela peut sembler beaucoup d’argent, mais ce n’est rien en comparaison internationale. Ainsi, l’Allemagne entend dégager 2 milliards d’EUR d’ici 2009 pour le développement des énergies alternatives. Aux États- Unis, les pouvoirs publics ont affecté près de 17 milliards d’USD à des projets d’énergies alternatives durant la seule année 2005. Des sociétés de capital-risque envisagent aussi d’y injecter des sommes énormes. La Suisse ne manque pas de projets innovants en la matière, comme l’indique la base de données de l’Office fédéral de l’énergie (OFEN). Walter Steinmann, le directeur de l’OFEN, met le doigt sur ce qui coince : « Nous nous éparpillons beaucoup trop. Nous devons mettre les idées en commun et agir ensemble. » Il cite en exemple les fabricants de pompes à chaleur. Les entreprises de ce secteur ont pris la décision commune de renforcer leur leader, CTA, afin de conquérir le marché européen. « En l’absence d’investissements, les innovateurs s’en vont », affirme sans détour Anil Sethi, PDG de l’entreprise Flisom (page 23). Les investisseurs qui s’intéressent aux films solaires très performants de cette spin-off de l’EPF sont presque tous étrangers. « Les activités de recherche sont remarquables dans ce pays », ajoute Sethi, « mais les débouchés sont trop rares. » ceo/énergie 17



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