CEO Suisse n°2006-3 déc 06 à mar 2007
CEO Suisse n°2006-3 déc 06 à mar 2007
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2006-3 de déc 06 à mar 2007

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : PricewaterhouseCoopers

  • Format : (230 x 280) mm

  • Nombre de pages : 56

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : les leaders investissent... Abonia-Forster, Conzzeta, Emmi.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Cinq raisons en faveur de l’Europe… et de la Suisse. Ceux qui parlent du « siècle de la Chine » et qualifient l’Europe de perdante commettent au moins deux erreurs : ils oublient les nombreuses inconnues de l’équation économique mondiale et passent sous silence le potentiel prometteur du continent européen, écrit Bruno Affentranger 1. Un manager m’a avoué récemment qu’il en avait marre de l’Europe. « Il ne s’y passe rien. Laisse tomber l’Europe. L’Europe est morte », m’a-t-il dit au téléphone. Il évoquait une sclérose de l’euro, l’incapacité persistante des gouvernements à réformer leurs nations et à résoudre les problèmes en suspens. Il avait fait ses valises et était parti. Son appel me venait de Hongkong, où il vit aujourd’hui. A sa porte, un géant économique en plein essor : la Chine. Ces propos m’ont obligé à m’interroger : l’Europe a-t-elle vraiment sombré dans un coma éveillé ? Que peut-on opposer aux pronostics de croissance de la Chine et de l’Inde sans pour autant s’extasier ridiculement devant les vertus de l’Europe ? Au moins les cinq points suivants : 1 Bruno Affentranger (40 ans) est, depuis 2005, rédacteur en chef suppléant de CASH, groupe de journaux économiques dans lequel il se charge, entre autres, des départements macroéconomie, politique et société. Il est également conseiller de publication et de rédaction à l’étranger. Ce Lucernois, passionné par l’Europe centrale, l’Europe de l’Est et le Proche-Orient, a occupé des fonctions dirigeantes et a été l’auteur de publications dans les médias suisses et allemands. 18 ceo/europe 1. Le mythe du développement linéaire ou : les choses peuvent évoluer autrement. Au cours d’une discrète rencontre entre « high net worth individuals », Jonathan Story, professeur d’économie politique à l’INSEAD de Fontainebleau, a récemment tenu un discours sur l’avenir. Son auditoire désirait savoir où trouver dans le futur les possibilités de placements les plus prometteuses. Spécialiste de la Chine, Story prophétisa que le produit intérieur brut chinois dépasserait celui des Etats-Unis entre 2040 et 2050… en oubliant de mentionner l’Europe. Les visiteurs écoutèrent avec intérêt l’orateur engagé et, lorsque celui-ci eut terminé, tous pensèrent à l’unanimité : c’est ainsi qu’il en sera. Pendant le dîner cependant, le professeur pria, en plus petit comité, qu’on ne tirât pas de conclusions simplistes de ses séries de chiffres. Il reconnaissait que les choses pouvaient aussi se passer différemment. Pourquoi ? La Chine, surpeuplée dans certaines régions, peut s’attendre à des conflits de frontières avec la Russie, dont le territoire s’amenuise. A l’heure actuelle, des régions entières de Russie sont déjà sinisées et on n’y parle plus que le mandarin. La Russie ne tolèrera pas cette insidieuse prise de possession et fera valoir ses droits territoriaux. A cela s’ajoute que le continent asiatique souffre de différences entre voisins et d’irritations susceptibles de tourner rapidement à l’agression. Cet espace est loin d’être homogène ; le rêve d’un espace économique commun reste chimérique. En outre, il ne faut pas oublier l’étonnante migration à l’intérieur de la Chine, unique dans l’histoire du pays, qui a lieu actuellement : 300 millions de personnes se déplacent. Ces mouvements occasionnent des tensions sociales et les différences entre les riches et les pauvres s’accentuent. De plus, les questions écologiques continuent d’y être ignorées. La Chine le paiera cher – peut-être à une Europe du futur qui lui fournira les techniques nécessaires. Il demeure cependant quelques inconnues en trop dans l’équation qui parle du « siècle de la Chine », qui voit les Etats-Unis dépassés et qui qualifie l’Europe de friche géopolitique. Le développement linéaire n’est ni plus ni moins qu’une hypothèse, laquelle ne se vérifiera pas forcément. Rien n’est d’ores et déjà écrit. 2. Le mythe du handicap de taille ou : l’Europe est plus grande qu’on ne le croit. Si l’on considère la grandeur d’un Etat comme un indice du volume avec lequel il chantera dans l’orchestre mondial, que l’on étudie au moins les chiffres corrects. L’espace économique réel de l’Europe comprend actuellement 460 millions d’habitants. A partir de 2007, après l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie, ils seront 490 millions. C’est plus que la population des Etats-Unis (300 millions) et, en termes de démographie, l’UE se place en troisième position, après la Chine et le subcontinent indien. Environ 150 personnes vivent sur un kilomètre carré en Europe : c’est bien plus qu’aux Etats-Unis et en Chine. Une densité de population aussi élevée promet des transports plus rapides et des prix de vente plus bas comme, par exemple, dans le marketing. C’est une chance pour le marché européen.
De même, un rapide coup d’œil sur la part des différents blocs économiques au produit intérieur brut mondial révèle des faits positivement étonnants. Selon Global Insight, les 25 Etats-membres de l’UE y participent à hauteur de 30% en 2005, les États-Unis à 27% et les pays en développement du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) à 10%. Le reste du monde se répartit les 33% restants. Le Vieux Continent résiste à merveille, même à un examen dynamique. Les taux de croissance des Etats d’Europe centrale et de l’Est figurent parmi les plus élevés du monde et peuvent rivaliser avec ceux des Etats dits « tigres » d’Asie du Sud-Est. 3. Le mythe de la reproductibilité ou : l’Europe peut davantage qu’elle ne pense. Un entrepreneur de l’Oberland zurichois s’émerveille devant la qualité des pièces d’outillage minuscules et compliquées que fabriquent ses ouvriers. Ceux-ci travaillent avec une adresse qui ne s’apprend pas en trois ans. Il en résulte de délicates œuvres de précision, mesurées à l’œil nu. Les ouvriers taillent et polissent au millimètre près des éléments capables d’affronter un contrôle de qualité assisté par ordinateur. « Il faut des décennies pour acquérir un tel savoir-faire », explique l’entrepreneur, « on peut en être fier, car cela ne se copie pas. » Je lui donne volontiers raison. Face à la menace des productions de masse dans les pays à bas salaires, on s’accroche, plein d’espoir, au créneau des produits de grande qualité que les ateliers de fabrication européens offriront à l’avenir. Cela fait plaisir et rassure. Mais cela ne sera pas suffisant. Le créneau n’est pas un lieu d’avenir, car il constitue non pas le berceau prometteur de brillantes innovations, mais un coin sombre et poussiéreux. Ce n’est que dans le contexte de la concurrence que les innovations peuvent naître et que les époustouflantes techniques européennes peuvent rester compétitives. Citons un bel exemple européen : le constructeur automobile allemand Porsche crée un produit de première catégorie ne craignant pas la comparaison avec ses concurrents et établit de nouveaux critères dans le domaine des services. 4. Le mythe de la croissance limitée ou : l’Europe peut encore progresser. L’Europe est un continent à plusieurs vitesses. D’un point de vue économique, les 25 pays-membres occupent différents niveaux de développement. Avec l’adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie, cette tendance devrait encore s’accentuer. Les différences avec l’ancien noyau européen (France, Allemagne et Etats du Benelux) sont frappantes. Celles-ci sont sans gravité car les efforts entrepris en Europe centrale et en Europe de l’Est pour rattraper ce retard sont évidents. En se rendant régulièrement à Bucarest, par exemple, la capitale de la Roumanie, on voit sortir de terre en quelques semaines de nouveaux bâtiments, pousser de nouvelles routes et des centres commerciaux, là où ne se trouvaient autrefois que des friches ou des décharges de voitures. L’Europe doit poursuivre son essor. Il ne s’agit pas, en premier lieu, d’acquérir de nouveaux marchés de consommation et de production dans les pays à bas salaires qui enregistrent une forte croissance. Plus importante est l’idée que l’Ukraine, la Moldavie, la Géorgie et l’ensemble des Balkans font partie de la culture européenne et l’ont même fortement marquée au cours des siècles passés. Le centre de l’Europe n’est pas en France ou en Allemagne, mais dans l’ancien empire des Habsbourg. Se tourner vers l’Est et, avec la Russie, vers un des Etats du BRIC, voilà qui est prometteur pour l’Europe. 5. Le mythe du désaccord ou : l’Europe est le havre de la diversité. Aucun autre continent n’abrite un aussi grand nombre d’habitants sur une superficie aussi réduite. Aucun autre continent ne regroupe autant de nations et d’ethnies différentes. L’Europe est la patrie des PME ; nulle région au monde ne compte autant d’entrepreneurs. La concurrence, si elle était libérée de tous les liens qui distordent le marché, serait âpre mais prometteuse de prospérité. Nombreux sont les signes qui le laissent à penser. Par exemple : l’inventivité du continent multiethnique, stimulée par ses voisins et par la conscience de ses liens avec le reste du monde. Bien des inventions naissent de fécondations mutuelles et de la concurrence des idées. Malheureusement, il n’est pas rare que ces inventions soient commercialisées par d’autres. Citons, par exemple, la technique révolutionnaire du MP3 : elle a été développée en Allemagne et est actuellement perfectionnée à l’EPF de Lausanne. Cependant, l’iPod qui en est issu est projeté au palmarès des ventes depuis les Etats-Unis. Les Américains ont une certaine avance sur leurs collègues européens en matière de gestion et de commercialisation. Pourtant, cette prétendue faiblesse de l’Europe, et aussi ses proverbiales contradictions, les évidentes barrières linguistiques et les différences de mentalité, qui sont le prix des liens décrits plus haut, sont tous des facteurs pouvant être pris à l’antithèse. Pour une entreprise multinationale, le plus grand défi, aujourd’hui, est de respecter les cultures, les mentalités et les langues les plus variées et d’en profiter avantageusement. La Suisse : une Europe en miniature. Plus que jamais, l’Europe représente un pied-à-terre, qu’il soit principal ou secondaire, très en vogue dans les entreprises multinationales. Il n’est que logique et normal que la Confédération helvétique, en tant qu’Europe en miniature, soit particulièrement attrayante : aucun autre pays sur le continent ne réunit autant de groupes ethniques et culturels différents sur un territoire aussi réduit et à des conditions aussi avantageuses (avantages fiscaux, sécurité, stabilité). La Suisse offre un champ d’entraînement idéal pour les entreprises et peut être considérée comme un modèle politique. C’est ici qu’IBM, Google et eBay conduisent leurs recherches et développent leur avenir – avec des collaborateurs venus du monde entier. Pourtant, le manager que je connais est parti à Hongkong pour y faire fortune. On ne peut pas le lui reprocher. Mais ce cas et quelques autres qui font du bruit, de même que l’euphorie grandissante suscitée par la Chine et l’Inde suffisent manifestement à attiser en Europe des angoisses qui parasitent déjà notre quotidien. A vrai dire, c’est incompréhensible.//ceo/europe 19



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