CEO Suisse n°2006-1 mai à aoû
CEO Suisse n°2006-1 mai à aoû
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2006-1 de mai à aoû

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : PricewaterhouseCoopers

  • Format : (230 x 280) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 3,1 Mo

  • Dans ce numéro : nanotechnologies, un grand avenir pour de petites particules.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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tendance. recherche sur le stress Supporter le stress ? Pas de problème s’il en vaut la peine ! Le professeur Norbert Semmer 1 à propos du stress, de ses causes et de la façon de le gérer. Et de l’influence décisive de notre motivation sur notre manière d’affronter la tension nerveuse. Interview : Giselle Weiss Professeur Semmer, existe-t-il des climats dépourvus de stress ? Non ! Est-ce seulement souhaitable ? Un certain degré de stress nous permet d’apprendre et de grandir. Il nous immunise contre le stress à venir. Si nous n’apprenions pas à faire face à des situations difficiles, nous nous sentirions dépassés par le moindre changement dans nos habitudes. Vous vous êtes penché sur le problème du stress tout au long de votre carrière. Pourquoi ? Ce phénomène m’a toujours fasciné. D’une part, le stress peut amener les gens à ne plus pouvoir travailler ; d’autre part, il est pour eux une occasion de développer leur personnalité. Et comme je suis psychologue du travail, je m’intéresse naturellement aux problèmes rencontrés dans la vie professionnelle et à leurs solutions. 1 Norbert Semmer est professeur en psychologie du travail et de l’organisation à l’Université de Berne. Ses recherches se concentrent sur le stress, la santé et la productivité. 20 ceo/tendance Pourquoi le travail semble-t-il plus fatigant aujourd’hui qu’autrefois ? Beaucoup de gens – même s’ils ont suivi une bonne formation – s’inquiètent aujourd’hui de la précarité des emplois. De plus, leurs facultés cognitives – par exemple leur capacité à se concentrer, leur esprit analytique et leur rapidité de réaction – sont de plus en plus mises à l’épreuve. Le travail est devenu plus intensif. On a toujours été contraint d’améliorer sans cesse ses performances, d’exécuter des tâches toujours plus nombreuses en un temps toujours plus court et avec de moins en moins de coéquipiers – mais cette pression s’est accrue. D’après le Secrétariat d’Etat à l’économie (seco), le stress coûte chaque année 4,2 milliards de francs à l’économie suisse. Qu’est-ce que cela signifie pour les salariés ? Je dirais qu’entre 12 et 15% des salariés souffrent des symptômes du stress : maux de dos, hypertension, insomnie, irritation... Et le nombre des personnes souffrant de tension nerveuse est plus important encore. Mais la majorité d’entre elles parvient généralement à s’en accommoder. D’où vient le stress ? Le stress est le vestige d’un réflexe archaïque : celui de « lutter ou fuir ». Il peut avoir aussi bien des conséquences positives que des effets négatifs. Souvent, notre attention n’est pas attirée sur un problème dès la première réaction. Tout dépend de la rapidité avec laquelle la première sensation de stress disparaît. Une petite quantité de stress n’a rien de grave et peut même se révéler stimulante. Le problème, c’est le stress chronique : les symptômes développent alors une dynamique propre. Les cadres dirigeants sont-ils plus stressés que d’autres ? Les cadres, notamment dans le management de haut niveau, ont des ressources personnelles considérables. On ne parvient pas à se hisser dans la hiérarchie si l’on ne possède pas une forte dose d’énergie et de confiance en soi. Les managers sont déjà presque par définition convaincus qu’on peut changer les choses. C’est leur rôle. En outre, ils sont généralement libres de prendre leurs propres décisions. Ils disposent d’une marge de manœuvre personnelle et reçoivent des marques de considération. De plus, une bonne rémunération permet d’organiser sa vie dans des conditions moins stressantes. Où réside le danger pour les cadres ? Des études récentes ont montré que la pression s’alourdit. Les horaires de travail sont un problème qui peut mener à des conflits familiaux. En outre, dans une position de pointe, on peut se sentir très isolé. Un feed-back sincère n’est reçu qu’indirectement ou de manière différée.
Vous considérez le stress également comme une atteinte à l’amour-propre... C’est une théorie que j’ai élaborée avec mon équipe de recherche. SOS signifie « Stress as Offense to Self » : le stress en tant qu’atteinte à l’ego. Nous cultivons tous une bonne image de nous-mêmes, et nous recherchons l’estime et l’approbation. De nombreuses situations de stress contribuent à ébranler cette image : nous sommes rendus responsables d’erreurs, traités de façon déloyale, etc. Ceci peut nous amener à dissimuler nos fautes ou à punir les détracteurs… Nous défendons notre ego. Quelles maladresses commettent les entreprises ? Il est important de communiquer lorsqu’une faute est commise. Les entreprises n’ont souvent aucune « culture de l’erreur » – à savoir un milieu dans lequel faire des erreurs est considéré comme normal et comme une occasion d’apprendre. (Retenons qu’une « faute » est un acte isolé au sein d’une longue chaîne d’événements et qu’elle ne doit pas être assimilée à un mauvais résultat.) Malgré toutes les promesses concernant la nécessité d’« apprendre de ses erreurs », il est en pratique souvent très difficile de faire part d’une erreur. Beaucoup craignent de nuire à leur réputation en avouant une faute. Quand le stress devient-il dangereux ? Si nos problèmes professionnels nous poursuivent le week-end, n’importe quelle broutille peut nous désorienter ou provoquer une réaction excessive. Le stress chronique, lui, ronge nos forces : une situation critique – par exemple lorsqu’un projet important échoue ou un avancement n’intervient pas comme prévu – peut mener à la psychasthénie. Parfois le déclencheur est banal mais, les ressources étant épuisées, c’est la goutte qui fait déborder le vase. Les managers ont-ils du mal à se faire aider ? Beaucoup de gens, surtout les hommes, hésitent à avouer qu’ils souffrent du stress. Ils craignent de paraître incompétents. C’est ce qu’on appelle le syndrome « John Wayne ». J’ai interrogé des personnes qui m’ont affirmé ne pas avoir de stress. Dix minutes plus tard, elles me racontaient qu’elles se réveillaient la nuit en nage et pensaient à leurs soucis professionnels. Des techniques de relaxation sont proposées contre le stress. Sont-elles une solution ? Il faut plus que de simples conseils pour apprendre à gérer son stress. Les processus de travail font qu’un problème précis réapparaît parfois sans cesse. C’est cela qu’il faut changer. Mais l’important est de pouvoir prendre du recul par rapport au « Beaucoup de gens, surtout les hommes, hésitent à avouer qu’ils souffrent du stress. Ils craignent de paraître incompétents. J’ai interrogé des personnes qui m’ont affirmé ne pas avoir de stress. Dix minutes plus tard, elles me racontaient qu’elles se réveillaient la nuit en nage et pensaient à leurs soucis professionnels. » travail. Les gens qui n’y parviennent pas doivent prendre cela comme un avertissement ! Le stress peut-il être vu sous un angle différent ? On s’est longtemps demandé si le stress était supportable. Du point de vue de l’équilibre entre l’effort investi et la récompense, on peut ajouter : Vaut-il la peine de le supporter ? S’ils reçoivent une récompense – ici, la recherche de l’approbation est de nouveau décisive – beaucoup sont prêts à s’investir et à supporter des contraintes. Quelles améliorations peut-on apporter en entreprise ? Quelques séances avec un médecin ne règlent pas forcément le problème. Souvent, la gestion du stress ne se fait pas seulement au niveau personnel ; il faut aussi modifier les processus de travail ou la culture de l’entreprise. Il y a trente ans, il était difficile de sensibiliser les entreprises sur ce thème. Mais des progrès ont été accomplis : on prend de plus en plus conscience du problème.//ceo/tendance 21



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