CEO Suisse n°2006-1 mai à aoû
CEO Suisse n°2006-1 mai à aoû
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2006-1 de mai à aoû

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : PricewaterhouseCoopers

  • Format : (230 x 280) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 3,1 Mo

  • Dans ce numéro : nanotechnologies, un grand avenir pour de petites particules.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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forum3. être ou paraître Claudia Steinfels : Le carrousel de l’art tourne aujourd’hui plus rapidement que jamais. Ce qu’on célèbre maintenant pourrait bientôt tomber dans l’oubli et perdre toute sa valeur. Claudia Steinfels, 39 ans, a étudié l’histoire de l’art ainsi que l’archéologie et a obtenu un doctorat à l’Université de Zurich. Depuis 2001, elle est General Manager de Sotheby’s Suisse et Senior Director de Sotheby’s Europe. Etre ou paraître… Ces deux notions disent bien de quoi il retourne dans le commerce de l’art – et ce à bien des égards. Certains collectionnent des œuvres d’art parce que c’est en vogue ; pour les autres, c’est à la fois une obligation et un besoin, car une véritable passion les anime. Alors que les premiers s’intéressent avant tout au prestige d’un objet, les autres ne désirent rien d’autre que compléter leurs collections. Que l’on achète des œuvres d’art par passion ou par désir de suivre la mode (être ou paraître) n’est pas vraiment déterminant dans notre secteur. Mais c’est toujours un plaisir de voir qu’un achat peut être motivé par une profonde passion. Le commerce de l’art suit, lui aussi, le principe économique de l’offre et de la demande. L’art a bénéficié, ces dernières années, de la prospérité croissante de notre société : une couche sociale plus large s’y intéresse et la demande a littéralement explosé. De nombreux quotidiens consacrent une page au marché de l’art et on pourrait voler toute l’année d’une exposition à l’autre, de São Paulo à Helsinki. Collectionner des objets d’art témoigne d’une certaine ouverture d’esprit et de curiosité. Ce marché prospère aujourd’hui comme jamais ; les plus recherchées sont les 10 ceo/forum œuvres de l’art contemporain : le portrait de Liz Taylor d’Andy Warhol valait autrefois deux à trois millions de dollars, il en vaut aujourd’hui entre huit et douze. L’appréciation de l’art est quelque chose de très subjectif, mais pas seulement : qu’on choisisse de payer cinq mille ou cinq millions de dollars pour une toile dépend aussi de son authenticité, de sa qualité et de son importance historique. Sa provenance joue parfois un rôle fondamental, comme c’est le cas pour les bijoux : nous avons, par exemple, vendu les fausses perles de Jackie Kennedy pour 400 000 dollars ; on aurait pu avoir les mêmes chez Manor pour dix francs. La rareté de l’objet influe également sur son prix : en novembre dernier, nous avons vendu à New York une sculpture de David Smith pour 23 millions de dollars – l’œuvre la plus chère jamais vendue aux enchères dans le domaine de l’art contemporain. Cette sculpture figure telle une icône dans l’œuvre de Smith ; c’était la dernière de ce genre dans une collection privée. Alors que notre commerce se basait, il y a vingt ans, sur les anciens maîtres, les œuvres du moderne classique et de l’art contemporain sont aujourd’hui notre moteur. Nous organisons quatre fois par an d’importantes ventes aux enchères dans ce secteur : deux à Londres et deux à New York. Ces manifestations atteignent facilement un volume de 100 millions de dollars. La ruée sur l’art contemporain est énorme. L’Art Basel Miami Beach et la Frieze Art Fair de Londres ont montré que collectionner de l’art contemporain est un must, même si certaines œuvres risquent de perdre leur valeur en dix ans : en d’autres termes, ces œuvres promettent davantage aujourd’hui qu’elles ne pourront tenir demain. Cette demande considérable en objets d’art contemporain a accéléré le commerce. Il arrive souvent que des galeries de renom parviennent à vendre l’ensemble de leur collection avant même le vernissage. A l’Art Basel, on ne peut plus réserver une œuvre pendant deux jours ; un quart d’heure de réflexion doit suffire pour se décider : c’est à prendre ou à laisser. Mais cette « rotation » rapide des marchandises est due également aux collectionneurs qui considèrent l’art comme un placement financier et l’exploitent comme tel. La cadence soutenue qui règne actuellement sur le marché dit primaire modifie aussi le commerce des enchères, dans lequel seules les œuvres qui ont changé de propriétaire au moins une fois sont proposées. Nous mettons de plus en plus souvent aux enchères des œuvres qui n’ont que deux ou trois ans. Autrefois, la règle voulait qu’un objet ait résisté au moins dix ans avant de pouvoir intéresser l’hôtel des ventes. Le carrousel de l’art tourne plus rapidement aujourd’hui. Ce qu’on célèbre maintenant pourrait bientôt tomber dans l’oubli et perdre dès lors quasiment toute sa valeur. Il s’agit de séparer le bon grain de l’ivraie. C’est aussi en observant si son importance dure, si sa valeur reste constante ou augmente ou bien si, au contraire, elle sombre dans l’insignifiance qu’on sait qu’une œuvre est ou n’est pas ce qu’elle paraît être.//Photo : Mathias Braschler



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