CEO Suisse n°2005-1 mar à jun
CEO Suisse n°2005-1 mar à jun
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2005-1 de mar à jun

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : PricewaterhouseCoopers

  • Format : (230 x 280) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 1,7 Mo

  • Dans ce numéro : dossier biotech.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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tendance. profession entrepreneur Jane Royston 1, professeur d’entrepreneuriat et d’innovation, nous parle de l’esprit d’entreprise, clé de notre avenir économique. Sa crainte de voir la Suisse manquer le coche interpelle. « Un pays qui n’encourage pas les jeunes entreprises perd sa compétitivité. » Interview : Iris Spogat Kuhn Magazine ceo : Qu’est-ce qui peut inciter davantage de jeunes spécialistes à créer des entreprises ? Jane Royston : Les parents de nos étudiants sont enseignants, médecins, avocats, fonctionnaires, managers ou employés. Aucun d’entre eux ou presque n’est issu d’une famille d’entrepreneurs. C’est un schéma qui fait défaut en Suisse. Pour l’avenir, nous avons besoin de nouveaux modèles et de nouveaux concepts, qui doivent être communiqués dès la scolarisation et par l’intermédiaire des médias. Il faut promouvoir l’information, les jeux de rôles et les exemples positifs. Nous devons faire prendre conscience à la société du métier d’entrepreneur et donner envie aux jeunes de se risquer sur ce terrain passionnant. Ma fille de dix ans souhaite devenir entrepreneure – je parie qu’elle est la seule de son école ! 1 Après ses études (sciences mathématiques à la London School of Economics), Jane Royston commence sa carrière de manager au sein du groupe chimique DuPont de Nemours. Elle s’installe à son compte en 1986 et fonde NatSoft, une entreprise prestataire de services IT qui devient le plus grand fournisseur de prestations de Suisse romande et qu’elle vend en 1996 à un partenaire. Depuis 1999, Jane Royston est professeur d’entrepreneuriat et d’innovation au Ecole polytechnique fédérale de Lausanne et, depuis 2002, présidente de Create Switzerland, un programme national de formation spécifique à la création d’entreprise. Elle est mère de deux enfants et siège dans de nombreux comités. Elle est notamment membre de la commission fédérale pour la technologie et l’innovation. 20 ceo/tendance La Suisse convient-elle donc aux créateurs d’entreprises ? C’est même un paradis pour les entrepreneurs ! On peut y fonder une société en quelques jours seulement. Les impôts y demeurent bas. Les salaires sont, certes, élevés, mais les gens travaillent davantage que dans d’autres pays. De plus, il est facile d’embaucher et même de licencier, si c’est nécessaire. Enfin, toute personne qui fonde une entreprise, la fait prospérer et la vend n’a pas à payer d’impôts sur ses gains. Où est le hic ? Qui, dans notre pays, peut fournir aux jeunes entrepreneurs le capital initial nécessaire ? Ce n’est pas le rôle des banques – lesquelles, à mon avis, sont injustement clouées au pilori – ce serait plutôt un devoir de l’Etat ! Dans d’autres pays, on s’est aperçu qu’une tâche importante pour l’avenir est de constituer une nouvelle génération d’entrepreneurs – et on l’encourage financièrement. Je me demande où se situera la Suisse dans dix ans par rapport à l’Allemagne, où des milliards auront été investis en faveur des jeunes entrepreneurs. Quelles sont vos prévisions ? Nous allons manquer le coche et perdre notre compétitivité. Les hommes politiques doivent parvenir à la conviction qu’il est d’une importance capitale de promouvoir activement les jeunes entreprises dans les branches économiques de l’avenir. En outre, nous devons nous efforcer d’assurer la croissance d’une nouvelle génération d’entrepreneurs. Si nous n’y parvenons pas, je suis pessimiste. Qu’est-ce qui pourrait convaincre, à votre avis, les hommes politiques ? Malheureusement, sans doute une bonne crise qui ferait prendre conscience à la nation entière de la nécessité de disposer d’une base effective, constituée d’entreprises technologiques et de PME hautement spécialisées et innovatrices. Actuellement, les concurrents des nouveaux pays de l’UE font déjà baisser les prix. Dans de nombreux secteurs, la Suisse est incapable de suivre en termes de prix bas. Nous devons réussir à nous établir sur un marché qui crée des emplois et garantit des salaires élevés. Il y a cinq ans a été créée, à l’EPFL Lausanne, la chaire d’entrepreneuriat et d’innovation, dont vous êtes la directrice. Qu’avezvous réalisé depuis ? Je suis particulièrement fière des 100 jeunes start-ups que nos anciens étudiants ont fondées jusqu’à présent dans le domaine de la haute technologie. En outre, nous sommes parvenus à mettre sur pied une série de cours pour le premier semestre : depuis, plus de 50% des nouveaux
étudiants de l’EPFL Lausanne ont choisi l’entrepreneuriat comme matière facultative. Pourquoi la Suisse a-t-elle besoin de davantage de jeunes entrepreneurs ? L’économie suisse est composée d’une base forte de PME et de quelques grands groupes bien implantés et très importants. Globalement, nous disposons d’un mélange homogène de branches, mais d’aucun mélange sain d’entreprises d’âge et de taille différents ; il n’y a pas d’allées et venues. Si un ou deux piliers porteurs s’écroulent dans notre pays, aucun ne viendra les remplacer. En outre, de plus en plus de sociétés transfèrent leur production à l’étranger. Qu’adviendra-t-il de la Suisse si cela continue ainsi ? Si nous ne parvenons pas à construire une nouvelle génération d’entreprises technologiques efficaces, capables de combler les lacunes futures, je crois que d’importants problèmes nous attendent. Pourquoi précisément des entreprises technologiques ? Une étude publiée récemment aux Etats- Unis montre qu’un emploi dans le nouveau secteur technologique engendre un ou deux autres emplois dans d’autres domaines. Toute entreprise de haute technologie qui fonctionne garantit donc sur place des emplois bien rémunérés – et, par conséquent, l’aisance en Suisse. Les principales ressources de notre pays sont, après tout, l’intelligence et un niveau élevé de formation. Nos ingénieurs et scientifiques sont particulièrement bien armés pour faire face à la concurrence mondiale ! Les ingénieurs sont-ils donc particulièrement aptes à fonder des entreprises ? En Suisse, les formations techniques mettent l’accent sur une façon de penser scientifique et non sur une façon de penser économique. Ce sont deux mondes différents. Cependant, un entrepreneur nécessite un savoir-faire économique approfondi et, dans ce domaine, il faut agir de toute urgence ! De plus, les gens qui se sentent appelés à devenir entrepreneurs sont rares. Une étude visant à déterminer le pourcentage de la population se sentant une vocation pour le métier d’entrepreneur a été effectuée en Finlande dans les années 70, 80 et 90. Le résultat était de 2%, indépendamment de la décennie et de la situation économique. Si vous répartissez ces 2% sur les ingénieurs et les scientifiques ayant un bon projet d’affaire, vous arriverez peutêtre à une personne par an. C’est, bien sûr, largement insuffisant ! Est-il nécessaire de réviser complètement notre façon de penser ? En ce qui concerne notre façon de penser en Suisse, je constate une évolution positive. Aujourd’hui, l’entrepreneuriat est une notion beaucoup plus courante qu’il y a cinq ans et a même une connotation très positive. Ce sont les actes qui font défaut. « Dans d’autres pays, on s’est aperçu qu’une tâche importante pour l’avenir est de constituer une nouvelle génération d’entrepreneurs – et on l’encourage financièrement. Je me demande où se situera la Suisse dans dix ans par rapport à l’Allemagne, où des milliards auront été investis en faveur des jeunes entrepreneurs. » La promotion de l’entrepreneuriat devrait être, pour les hommes politiques, au moins aussi importante que le maintien de l’industrie laitière ou de l’armée. Comment concevoir, selon vous, un programme de promotion porteur d’avenir ? Il s’agit, en définitive, de la somme des aspects dont nous venons de parler : faire prendre conscience du métier d’entrepreneur, implémenter les aspects économiques dans la formation et accorder aux start-ups des aides financières de l’Etat. En Israël, par exemple, il existe un programme de USD 400 millions par an pour le soutien aux entreprises technologiques innovatrices. L’Etat a part sur les bénéfices – ainsi, USD 200 millions reviennent dans ses caisses chaque année. Un succès évident… et un investissement excellent pour l’avenir économique du pays ! Avez-vous quelques conseils à donner aux jeunes entrepreneurs sur les moyens de se faire aider en Suisse ? Qu’ils s’entourent de collaborateurs compétents et s’assurent un coaching irréprochable ! Les jeunes entrepreneurs avisés procurent à leur société cinq administrateurs compétents et leur versent 20000 francs à chacun. Il est ainsi possible de bénéficier du savoir-faire et du réseau de cinq experts pour le salaire d’un seul collaborateur.//ceo/tendance 21



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