CEO Suisse n°2004-2 oct 04 à fév 2005
CEO Suisse n°2004-2 oct 04 à fév 2005
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2004-2 de oct 04 à fév 2005

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : PricewaterhouseCoopers

  • Format : (230 x 280) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : le marché chinois.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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réorganiser le secteur bancaire. On dirait que l’économie tout entière est artificiellement gonflée par les crédits des banques d’Etat. Et une étincelle pourrait faire exploser tout cet édifice. Pékin manquerait-elle de courage pour engager les réformes véritablement fondamentales ? Presque toutes les réformes véritablement fondamentales de nos 25 ans d’ouverture économique ont eu lieu dans les années 80. Depuis, de nombreux capitaux étrangers ont afflué chez nous et nous faisons partie de l’économie mondiale. Nous avons évolué du point de vue économique mais, au cours des dernières années, nous n’avons guère changé sur le plan structurel. Quel est pour vous le problème structurel le plus important ? A long terme, la diminution du taux d’épargne et le vieillissement de la population. En 2020 ou 2025, la proportion des personnes âgées pourrait dépasser celle de la population active. Une conséquence de la politique de l’enfant unique. Presque tous les pays occidentaux ont les mêmes soucis ! Mais pour la Chine, ce n’est pas un problème de prévoyance vieillesse, mais de finances. Si notre société vieillit, le taux d’épargne va s’effondrer. Et si notre modèle de croissance ne change pas, nous aurons besoin d’un taux d’épargne élevé pour financer notre développement. Notre problème n’est donc pas celui, superficiel, du vieillissement des hommes, mais celui qui en résulte : les gens utilisent leurs économies en prenant de l’âge ! Pour l’heure, l’urgence de nombreux problèmes se fait ressentir, tel celui du manque d’énergie, par exemple. Shanghai vient d’obliger 2100 entreprises à travailler la nuit pour économiser du courant. Est-ce un moyen de résoudre les problèmes d’énergie de la Chine ? Notre approvisionnement en énergie est certainement lui aussi un thème brûlant. Mais je crois que l’on peut résoudre ce problème par la libéralisation. Le marché peut gérer cela, au moins dans une certaine mesure. Le gouvernement est encore très prudent en ce qui concerne l’ouverture des marchés aux opérateurs publics. Une aggravation de la crise énergétique pourrait changer la donne.//38 ceo/chine Hans J. Roth 1, consul général de Suisse : « Ne laisser apparaître aucune divergence ! » Le représentant officiel de la Suisse à Shanghai parle de la pensée occidentale face à la pensée orientale. Et des erreurs à ne pas commettre en négociant avec une délégation chinoise. « La densité sociale n’explique pas à elle seule la pensée et le comportement chinois. C’est plutôt l’étroitesse psychique, le manque d’espace privé dans un tel environnement social. Les Chinois ne prennent pas de distance par rapport à ce qui se passe autour d’eux. Par contre, contrairement à nous, ils sont proches des événements, ils participent toujours à ce qui se déroule autour d’eux. » A l’abri du réseau Que pensent les voisins de moi ? Est-ce que je me comporte d’une manière socialement conforme ? Ce sont là des questions qu’un individu se pose constamment dans une société collective comme celle de la Chine pour savoir comment se comporter. Le sens du consensus et de l’harmonie est donc très développé, mais uniquement dans le domaine au sein duquel on évolue tous les jours. Cette attention constante réclame une énergie psychique telle que l’on fait preuve d’un comportement entièrement libre sorti de ce cadre, là où l’on ne connaît personne. L’amour de la nature se limite, pour l’essentiel, à la cour ou au jardin de sa propre maison. La grande sécurité d’un réseau chinois s’oppose à la dureté avec laquelle on traite les personnes, les animaux et les choses n’appartenant pas à son propre groupe. La forte proximité avec l’environnement social génère donc une séparation beaucoup plus marquée entre groupe personnel et groupe étranger que celle qui existe dans une société individualiste à l’européenne. Aucun espace personnel Ici, des contradictions que nous considérons la plupart du temps, en Occident, comme des alternatives sont interprétées comme un tout, ainsi que le montre clairement le symbole du yin et du yang. Ce symbole explique aussi très joliment que la réalité est couramment comprise. C’est une vision différente que nous, Occidentaux, avons beaucoup de mal à imaginer. Nous n’avons pas de processus de pensée au sens chinois du terme, dans lequel la réalité est perçue comme un film. Nous regardons la réalité avec davantage de distance et nous la percevons comme une série d’instantanés. La distance régnant en Occident fait perdre nombre d’informations. Cela a pour inconvénient que notre perception n’a jamais la précision de celle des Chinois, mais cela a par contre l’avantage de nous fournir les bases d’analyse et d’abstraction sur lesquelles repose notre pensée rationnelle. La pensée chinoise est globale, mais elle reste très concrète et pragmatique et n’a que peu de points communs avec la pensée rationnelle occidentale. Proximité et distance sont ainsi les facteurs qui ont influé durablement sur les modes de pensée et les comportements occidentaux et orientaux et qui vont encore continuer à le faire. Même un citoyen chinois moderne ne peut pas disposer physiquement des espaces de liberté qui sont les nôtres en Occident. A l’avenir, l’évolution vers davantage de liberté individuelle posera encore problème, indépendamment du type de gouvernement. Dans la vie professionnelle, on ressent les effets de ces différences dans de nombreux domaines. Par exemple, lors de la négociation d’un contrat, il faut partir du fait que, compte tenu de l’observation qu’il a faite du groupe suisse, le groupe chinois apprécie beaucoup mieux la situation que ce dernier. Les Suisses doivent donc se préparer d’une manière très ciblée à de telles discussions et surtout ne pas laisser apparaître la moindre divergence au sein du groupe. Par exemple, chacun des membres de la délégation suisse doit connaître les limites à ne pas dépasser en matière de prix et s’y tenir fermement. Au niveau de la direction d’une entreprise, pour citer un autre exemple, les modes de
Hans Jakob Roth, le consul général de Suisse à Shanghai. Christian Gürtler, président de la chambre de commerce sino-helvétique de Chine. pensée agissent d’une façon telle que le directeur n’a jamais le sentiment d’évoluer dans un environnement protégé. Tout change sans cesse Rien n’est jamais acquis. Cela demande aux cadres supérieurs une grande tolérance vis-à-vis des ambiguïtés, une aptitude psychique à supporter les situations incertaines et la capacité d’attendre, pendant les pourparlers, jusqu’à ce que se présente le moment opportun pour prendre une décision. Cela réclame une capacité de prise de décision et une patience infinie, choses auxquelles ne préparent pas les écoles de commerce occidentales. Travailler en Chine offre donc la chance d’être confronté à deux modèles culturels et de voir le sien sous un angle différent. Pour nous, un séjour en Chine est décisif, non pas tant par la connaissance de la Chine qu’il apporte, mais par la connaissance de notre propre culture au travers de l’expérience chinoise ! » //1 Hans Jacob Roth a étudié l’économie politique à Genève, à Pékin et à Rome et a fait une thèse sur l’histoire de l’économie à l’Université de Bâle. En 1982, il est entré dans le service diplomatique du Département fédéral des affaires étrangères puis a été nommé Consul général de Suisse à Shanghai, en République populaire de Chine, en août 2001. Christian Gürtler 1, de SwissCham Chine : « Pour instaurer la confiance, le PDG doit annoncer luimême la couleur. La Chine est une affaire de patrons. » Le spécialiste des échanges économiques sino-helvétiques parle des chances et des risques des entreprises suisses en Chine. Et des obstacles qu’il ne faut en aucun cas sous-estimer. Interview : Franziska Zydek ceo : M. Gürtler, la fin du boom chinois estelle en vue ? Christian Gürtler : A l’heure actuelle, il y a une récession dans des secteurs ayant connu la surchauffe. Cependant, en règle générale, la Chine demeure dans une énorme phase de développement. Si une coupure devait vraiment se produire, ce sera, à mon avis, après les Jeux Olympiques de 2008 et l’Exposition Universelle de 2010, lorsque la plupart des grands projets seront terminés. Mais même après cette période, la Chine connaîtra encore la croissance. Comment jugez-vous le potentiel du marché ? Lorsque nous parlons de la Chine, nous pensons aux régions développées de l’est du pays. Nous oublions alors l’étendue de l’intérieur, pas encore mis en valeur. Pékin, Hongkong et Shanghai sont les tremplins de cet immense marché. Par ailleurs, un milliard de Chinois venus de l’arrière-pays se pressent aux portes des grandes villes. La Chine reste-t-elle attractive pour les entreprises suisses ? La Chine dispose d’un marché intérieur immense. Si vous installez une entreprise en Chine, vous pouvez exploiter ce marché. C’est très tentant pour les petites et les moyennes entreprises. Mais il faut être extrêmement bien préparé pour pouvoir prendre pied en Chine. De quoi un PDG désireux d’investir en Chine doit-il tenir compte ? 1,3 milliard de Chinois ne constitue pas un marché ! Une étude de marché mal faite peut avoir des conséquences dévastatrices. Les entrepreneurs devraient se poser les questions suivantes : où se trouve le marché pour mon produit ? Vais-je profiter des avan- ceo/chine 39



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