CEO Suisse n°2004-2 oct 04 à fév 2005
CEO Suisse n°2004-2 oct 04 à fév 2005
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2004-2 de oct 04 à fév 2005

  • Périodicité : semestriel

  • Editeur : PricewaterhouseCoopers

  • Format : (230 x 280) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 1,9 Mo

  • Dans ce numéro : le marché chinois.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Avons-nous vraiment besoin de quelques centaines de chaînes de télévision ? « Non », déclare R. Fischer, qui ne passe lui-même que peu de temps devant son écran. « Mais avec la télévision à la carte, chacun compose son programme personnel. » Complété par les opérations bancaires et les jeux en ligne, le courrier électronique et autres services analogues. « C’est nous qui poussons à l’innovation sur le marché suisse », affirme R. Fischer. Cablecom est la première à avoir offert la télévision numérique et les connexions haut débit et à proposer aujourd’hui à la clientèle, pour la téléphonie numérique par câble, un pack « révolutionnaire », tant du point de vue technique que tarifaire. Le refinancement a permis la relance Il n’en a pas toujours été ainsi. A l’époque, écrasée par une dette de 3,8 milliards de francs, l’entreprise menaçait de s’effondrer. L’endettement net représentait 15 fois le résultat opérationnel. C’est la société angloaméricaine NTL qui avait chargé Cablecom de cette montagne de dettes après l’avoir rachetée en 1999 à ses anciens propriétaires, Swisscom, Veba et Siemens, au prix astronomique de 5,8 milliards de francs. Ensuite, lorsque la bulle Internet éclata, tous les projets commerciaux devinrent bons pour la poubelle. Bien entendu, les 38 banques créancières étaient unanimes à s’impatienter. R. Fischer ne dramatisait pourtant pas à outrance la situation : « Personne ne pouvait avoir intérêt à une déconfiture de l’entreprise. Dans de tels cas, le montant des dividendes de faillite est très bas. J’ai toujours été convaincu que nous allions y arriver. » Il a eu plus de mal à s’habituer à la manière suisse de traiter les entreprises en difficulté : « Chez nous, une crise signifie tout de suite que l’entreprise n’a plus aucune perspective. » Dans ce pays, on ne peut pas imaginer que l’on puisse traverser une passe difficile de manière constructive et en sortir renforcé. Dans le cas de Cablecom, l’alerte a été officiellement levée à l’automne dernier lorsque, après des mois de négociations, la conversion de dettes a été officialisée par contrat. R. Fischer est parvenu à ce résultat avec son équipe. Bruno Claude, le directeur général, a joué le rôle-clé lors des négociations avec les banques et les investisseurs. Un abandon de créance consenti par les banques, en échange de 49% des actions de Cablecom, a permis de ramener la dette 20 ceo/cablecom de 2,1 à 1,7 milliard de francs. Les trois sociétés d’investissement Apollo Management, Goldman Sachs & Co. et Soros Private Equity Partners, qui ont injecté des capitaux frais, ont reçu pour leur part 51% des actions. Leur entrée – toutes trois sont d’ailleurs déjà impliquées dans le secteur des télécommunications – a fait naître des spéculations sur une prochaine introduction en Bourse de Cablecom. Mais à Zurich, on dément ces rumeurs. Avant d’obtenir le refinancement, il a fallu convaincre créanciers et investisseurs que Cablecom maîtrisait les coûts et était capable de lancer de nouveaux produits sur le marché avec succès. Ce ne fut pas chose facile car, par le passé, l’entreprise ne passait pas vraiment pour économe. C’est ainsi que plusieurs années se sont écoulées avant que la téléphonie numérique ne tienne ses promesses de fiabilité. Et lorsque la technique a fonctionné, le service d’assistance aux clients a fait, bien malgré lui, la une des journaux : les demandes d’abonnement et de résiliation se perdaient, les factures étaient pleines d’erreurs et ceux qui appelaient la hot-line devaient faire preuve d’une très, très grande patience. Au cours des dix derniers mois, Cablecom a réorganisé son service d’assistance de fond en comble, engageant de nouveaux chefs et embauchant environ 60 employés supplémentaires. Les statistiques témoignent d’une amélioration : celui qui, au mois de janvier, composait le numéro du service d’assistance technique de la téléphonie numérique avait une probabilité de 50% de ne pas voir son appel aboutir. Cinq mois plus tard, elle n’était plus que de 5% environ. Aujourd’hui, plus de 80% des appels téléphoniques aboutissent en moins de 60 secondes. « C’est une bonne performance par rapport à l’ensemble du secteur », déclare R. Fischer qui se garde pourtant de tout triomphalisme : « Nous ne sommes pas encore là où nous voulons arriver. Nous avons seulement parcouru la moitié du chemin nous séparant du statut de simple câblo-opérateur de celui de fournisseur de prestations de télécommunications complètes. » Ce changement de culture n’a pas encore été totalement perçu par le public : « Cablecom n’a aujourd’hui plus rien à voir avec ce qu’elle était il y a encore trois ans. » Mettre la pression pour obtenir un changement Dans un environnement où la révolution technique d’aujourd’hui sera dépassée demain, il n’y a jamais de trêve. Celui qui propose des services de télécommunication et de télévision doit donc aussi anticiper les changements. La communication interne est très importante pour ce faire. R. Fischer rencontre état-major et cadres moyens une fois par mois. Il souhaite ainsi s’assurer que les conceptions de chacun sont les mêmes et que les promesses faites aux clients sont elles aussi tenues. Pour cela, les paroles d’encouragement ne suffisent pas. Il faut mettre la pression pour obtenir un changement, tel est l’un des principes de direction du patron de Cablecom. Licenciements comme nouveaux recrutement font également partie de la mue incessante d’une entreprise qui compte environ 1450 employés. Tout compte fait, Cablecom a créé environ 230 nouveaux emplois au cours des deux dernières années. Le clavier sur lequel préfère jouer R. Fischer, ingénieur électricien diplômé de l’EPF de Zurich et titulaire d’un MBA, est triple : télévision, Internet et téléphonie par un seul fournisseur, via un réseau câblé. C’est pourquoi, Faits et chiffres En 2003, Cablecom a réalisé un chiffre d’affaires de 653 millions de francs environ. Aucun chiffre de bénéfice n’a été communiqué, la reprise après un refinancement réussi et les objectifs budgétaires pour 2004 ayant pour leur part été confirmés. Du point de vue opérationnel, l’entreprise n’est pas dirigée par un PDG, mais par un directeur d’exploitation et un directeur général. Le directeur d’exploitation, Rudolf Fischer, représente Cablecom à l’intérieur comme à l’extérieur et est responsable de l’ensemble des activités commerciales. Bruno Claude est chargé des contacts avec les investisseurs et les marchés financiers. Tous deux siègent également au conseil d’administration de Cablecom Holding AG, présidé par l’avocat zurichois Rolf Watter, qui représente les banques. Le conseil est complété par Walter Bosch, membre du conseil d’administration de Swiss. La téléphonie numérique avec Cablecom Le modem câble met au maximum deux lignes analogiques à la disposition du client et constitue si besoin l’interface avec le PC ou le routeur du réseau local pour l’accès simultané haut débit à Internet. Les appareils téléphoniques analogiques utilisés jusqu’à présent peuvent continuer à l’être mais pas, pour l’instant, les appareils RNIS. La téléphonie numérique offre les possibilités habituelles du réseau fixe, comme par exemple l’affichage du numéro appelant, le répondeur réseau avec notification des SMS et interrogation à distance. Avec Cablecom, il est possible de conserver son numéro de téléphone.
ces dernières années, en dépit de sa mauvaise situation financière, Cablecom a investi environ 1,5 milliard dans l’infrastructure et doté de grandes parties des 130 000 kilomètres de son réseau câblé d’un canal de retour. Dans l’Internet à haut débit, l’entreprise se livre à un duel acharné avec Bluewin, la filiale de Swisscom. Surfer doit devenir toujours plus rapide, et à des prix toujours plus bas. Par le passé, Cablecom imposait son rythme à ses concurrents qui proposaient l’ADSL, à la grande satisfaction des consommateurs. Et on est loin d’être arrivé au bout des possibilités. Au Japon et en Corée du sud, le « turbosurf » à huit mégabits par seconde est déjà une réalité alors que les internautes suisses doivent encore se « contenter » de trois mégabits. « Tout est une question d’investissements dans le réseau. Si nous réservions pour Internet la totalité de la capacité de transfert des données, 2,5 gigabits seraient théoriquement possibles aujourd’hui », déclare R. Fischer. Une comparaison avec l’Allemagne montre que, sur le marché de l’Internet à haut débit, où Telekom a de fait le monopole, la concurrence est âpre. En Suisse, où, outre Swisscom, Cablecom dispose aussi de raccordements directs aux foyers, la croissance de ce marché a été environ quatre fois plus forte en 2003. « Nous ne sommes pas encore là où nous voulions arriver. Nous avons encore du chemin à parcourir pour passer du stade de simple câblo-opérateur à celui de fournisseur de prestations de télécommunications complètes. » La téléphonie numérique, un turbo pour la croissance Aujourd’hui, Cablecom souhaite aussi une plus grande part du gâteau de la téléphonie, domaine où elle fait encore figure de nain par rapport à Swisscom avec un nombre de clients pour la téléphonie numérique estimé à 80 000 fin 2004. Mais la firme a du potentiel. Swisscom engrange encore presque 90% de l’ensemble des revenus sur le marché suisse de la téléphonie fixe, lequel génère chaque année un chiffre d’affaires de plus de 3 milliards de francs. Jusqu’à présent, téléphoner par Internet passait pour une technique destinée à ceux que ne rebutaient ni la mauvaise qualité du son, ni les interruptions fréquentes. Aujourd’hui, grâce aux connexions à haut débit, la plupart des défauts de jeunesse sont corrigés. Un grand avenir est prédit à Voice over IP (VoIP), la téléphonie par Internet. En février 2004, chez Cablecom, on en était au point où les clients pilotes téléphonaient, en moyenne, moins d’une fois par an au service d’assistance. L’introduction officielle de VoIP sur le marché a eu lieu en juin. Avec un retentissement dans tous les médias : les clients de Cablecom paient encore une redevance mensuelle de 20 francs, et trois centimes par minute pour les appels passés par VoIP sur le réseau suisse fixe. Le téléphone est gratuit entre 19 et 7 heures ainsi que le week-end. Cablecom va-t-elle ruiner le secteur des télécommunications avec le téléphone gratuit ? Son directeur d’exploitation s’en défend : « Notre stratégie s’inscrit dans la continuité. En définitive, nous avons investi des milliards dans notre infrastructure et nous allons continuer à le faire. » Swisscom sonne elle aussi l’hallali. Elle répond à l’offensive de Cablecom dans le haut débit en pénétrant sur le marché de la TV. Après une phase de tests, l’introduction sur le marché doit avoir lieu à partir de la mi-2005, avec près de 500 programmes. D’après Swisscom, il est techniquement réalisable, moyennant l’investissement correspondant, d’équiper neuf lignes sur dix de l’ADSL et de les rendre compatibles avec la télévision. R. Fischer réagit, sûr de lui : « Nous avons le réseau le plus performant, une technologie arrivée à maturité et nous pouvons répondre de manière flexible aux besoins des clients. » La concurrence du téléphone par câble devrait commencer par prouver que sa technique est adaptée aux applications de masse. Reste qu’ici aussi, la concurrence stimule. Ceux qui prêchent les vertus du marché ne devraient pas se plaindre si la concurrence joue effectivement, déclare R. Fischer. Par contre, les barrières réglementaires lui donnent du souci. Par exemple, la question de savoir comment l’accès au réseau sera réglementé, quels seront les fournisseurs de contenu qui auront accès aux infrastructures du réseau, et à quelles conditions, reste sans réponse. Prenons l’exemple de Teleclub : la commission de la concurrence a décidé d’autoriser cette chaîne diffusant des longs métrages à monter ses propres décodeurs dans le réseau câblé. Par conséquent, les clients de Teleclub ont besoin d’un décodeur supplémentaire s’ils désirent, par exemple, regarder la télévision numérique sur Cablecom. La commission de la concurrence ayant été désavouée par le tribunal fédéral, Teleclub doit maintenant adapter sa technique à la plate-forme de Cablecom. La manière d’y parvenir fait encore l’objet de négociations. R. Fischer, optimiste, demeure fidèle à sa ligne : « Nous allons là aussi trouver une solution. » //ceo/cablecom 21



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