Cadences n°330 janvier 2020
Cadences n°330 janvier 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°330 de janvier 2020

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Les Concerts Parisiens

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 3,7 Mo

  • Dans ce numéro : piano Elisabeth Leonskaja.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 4 - 5  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
4 5
DOssier Il a la Suite de la désaffection du public londonien pour ses opéras italiens, et après le succès inattendu de son oratorio Esther, Händel se lance dans ce nouveau genre dramatique, donnant ses lettres de noblesse à l’oratorio anglais dont Saül est incontestablement l’un des plus beaux exemples. Saül est la première collaboration de Händel avec Charles Jennens, un riche propriétaire terrien amateur d’art et de poésie. Si la relation entre les deux hommes a parfois été tumultueuse (Jennens s’est souvent montré très critique au sujet du compositeur), ils ont cependant partagé une grande amitié et travailleront à nouveau ensemble probablement sur Israel in Egypt (1739), puis sur L’Allegro (1740), Le Messie (1742) dont Jennens compilera les textes avec art, et enfin Belshazzar (1745). Il est vraisemblable qu’Händel ait reçu dès 1735 un premier livret pour Saül. En effet, dans une lettre datant de cette année, il remercie Jennens pour un oratorio et ajoute  : « ce que j’ai eu le temps d’en lire rapidement m’a donné la plus vive satisfaction ». Mais le compositeur ne se met pas immédiatement au travail, pris par d’autres projets, notamment la composition d’opéras. En 1738, les affaires d’Händel ne sont guère florissantes  : le compositeur sort d’une maladie qui l’a, pendant un temps, gravement affaibli et la prochaine saison d’opéras prévue au King’s Theater doit être annulée faute d’un nombre suffisant d’abonnés. Händel repense alors au livret de Jennens et se lance en juillet dans la composition de ce fameux oratorio sur le sujet de Saül, qu’il achève le 27 septembre suivant. 2 cadences janvier 2020 Händel National Portrait Gallery Saül Portrait de Georg Friedrich Händel, attribué à Balthasar Denner (vers 1726-1728). Du 21 au 31 janvier – Théâtre du Châtelet Orchestre des Talens Lyriques, Chœur du Châtelet,L. Cummings (direction), B. Koskie (mise en scène). AvecC. Purves, K. Gauvin, A. Devin, B. Hulett,C. Ainslie… La puissance dramatique du livret Le livret de Jennens s’inspire du Premier Livre de Samuel. Il relate la fin du règne de Saül et l’ascension de David. L’œuvre débute par l’Epinicion, ou Chant de Triomphe pour la Victoire sur Goliath et les Philistins, et s’achève par l’Elegie sur la mort de Saül et Jonathan qui ouvre le second livre de Samuel. L’histoire de Saül et David est un sujet qui a déjà inspiré d’autres compositeurs avant Händel  : AlessandroScarlatti par exemple avec son oratorio Davidis pugna et victoria (1700), traitant du combat de David contre Goliath, ou encore Marc-Antoine Charpentier et sa tragédie David et Jonathas (1688), axée sur l’amitié entre David et Jonathan, le fils de Saül. Mais ce qui rend l’œuvre d’Händel si poignante, c’est la variété des scènes (chœurs d’allégresse, épisode de sorcellerie, marche funèbre…) et la diversité des émotions éprouvées par les personnages. Sous la plume de Jennens, le récit biblique se transforme en une intrigue à la fois familiale et romanesque. Si David en est le héros principal, le personnage de Saül est davantage mis en valeur par le portrait psychologique qui en est fait  : d’abord admiratif puis jaloux de David, il se laisse emporter par la colère et va jusqu’à convoquer le spectre de Samuel pour lui demander conseil, dans une scène digne de Shakespeare. Intervenant essentiellement à travers des passages en récitatif ou arioso, sa tessiture de basse profonde, très menaçante, contraste avec celle lumineuse de contre-ténor choisie pour incarner la perfection et la jeunesse de David, son rival. Les autres personnages ne sont pas en reste, entre Jonathan, tiraillé entre l’amour pour son père et son amitié pour David, ou ses deux sœurs  : Merab, d’abord promise à David qu’elle méprise à cause de son origine sociale inférieure, et Michal, amoureuse du héros qu’elle finira par épouser.
Chris Gloag Händel n’hésite pas à bousculer les formes traditionnelles des scènes afin de suivre l’histoire et les états d’âme de ses personnages. L’air de Saül « A Serpent in my bosom warm’d » (acte I) est brusquement interrompu par une gamme descendante jouée aux cordes lorsque, de rage, le roi jette son javelot sur David. Ou encore, dans le duo entre David et Michal « At persecution I can laugh » (acte II), l’air prend fin sur la fuite de David qui saute par la fenêtre. Une orchestration originale Dans Saül, Händel ne cherche pas à mettre en valeur la voix de ses interprètes. Ce ne sont pas les chanteurs habituels de sa troupe italienne, et sans doute sont-ils moins virtuoses. S’il y a bien plusieurs arias dans l’œuvre, peu sont de forme da capo avec de brillantes vocalises comme dans les opéras italiens du compositeur. Au contraire, souvent très courts, beaucoup sont de forme strophique ou binaire. Händel mise davantage sur les chœurs, grande particularité de l’oratorio dont il use avec talent (en particulier dans leur traitement contrapuntique), ainsi que sur l’originalité de son orchestration. Dans une lettre à Lord Guernesey datant du 19 septembre 1738, Jennens se moque des nouvelles « lubies » d’Händel concernant ses choix d’instrumentation  : « La tête de M. Händel est plus que jamais emplie d’asticots. J’ai trouvé hier dans son bureau un instrument très étrange qu’il appelle carillon [...]. Avec cet instrument cyclopéen, il projette de rendre le pauvre Saül complètement fou. » De même, Jennens critique ouvertement l’acquisition d’un orgue d’une valeur de cinq cents livres  : « Cet orgue, dit-il, est ainsi construit que lorsqu’il y est assis, il a une meilleure maîtrise de ses interprètes qu’auparavant et il exulte à l’idée de la précision avec laquelle son oratorio sera exécuté grâce à cet Robert Workman Michael Slobodian.1 (Christophe Purves (à gauche) sera Saul et Karina Gauvin (en bas) incarnera Merab sous la direction de Laurence Cummings (au centre). repères 23 février 1685  : naissance de Georg Friedrich Händel 1707  : Il Trionfo del Tempo e del Disinganno, premier oratorio, en italien, de Händel 1712  : installation définitive d’Händel en Angleterre 1732  : reprise d’Esther, premier oratorio d’Händel en anglais 16 janvier 1739  : création de Saül au King’s Theater de Londres 4 avril 1739  : Israel in Egypt 1742  : Le Messie 1743  : Samson 1745  : Belshazzar 1749  : Solomon 1752  : Jephta 1757  : The Triumph of Time and Truth 14 avril 1759  : mort de Händel paris orgue ; de sorte qu’à l’avenir, il n’aura plus à battre la mesure lors de ses oratorios, et pourra rester assis à l’orgue tout le temps, le dos au public. » Pourtant, c’est justement la richesse de l’orchestration qui participe à la force de cet ouvrage, où presque chaque air possède sa caractéristique instrumentale. Händel réserve justement à l’orgue plusieurs passages concertants  : dans la symphonie d’ouverture ainsi que dans la symphonie de milieu d’acte II. C’est également l’orgue qui vient doucement clore le superbe chœur de déploration « Mourn Israel » dans l’acte III. Le carillon, quant à lui, accompagne l’entrée des jeunes filles célébrant la victoire de David (et suscitant ainsi la jalousie de Saül) à l’acte I, dans le chœur « Welcome, mighty king ». Le solo de harpeun peu plus loin, reprenant l’air épuré précédemment chanté par David « O Lord, with Mercies numberless », est tout aussi remarquable d’originalité. L’orchestre comporte également tout un renfort de cuivres (2 trompettes et 3 trombones) et timbales qui interviennent dès le chœur d’ouverture (« How excellent thy name ») et à d’autres reprises dans l’oratorio, tandis que les trombones dialoguent avec les flûtes dans la marche funèbre de l’acte III. Enfin, les bassons sont utilisés pour créer une atmosphère inquiétante dans la scène du spectre (acte III). L’oratorio est donné le 16 janvier au King’s Theater de Londres. Même s’il est reçu « sous les applaudissements généreux d’un public nombreux et formidable », parmi lequel se trouve la famille royale, Saül ne gagne pas immédiatement la faveur d’un auditoire majoritairement issu de l’aristocratie ou de la riche bourgeoisie, encore habitué aux opéras italiens. Le lieutenant-général Thomas Wentworth émet d’ailleurs une sévère critique de l’œuvre  : « J’ai entendu dire que M. Händel a emprunté au duc d’Argylle une paire des plus grandes timbales de la Tour, afin d’être sûr d’obtenir le plus de bruit possible avec une mauvaise troupe de chanteurs ; je serais surpris qu’il parvienne ainsi à réparer ses pertes antérieures ». Malgré tout, Saül gagne rapidement en popularité puisque Händel en donnera six autres représentations. L’oratorio deviendra ensuite, par sa force dramatique et la variété de son orchestration, l’un des oratorios les plus célèbres du compositeur. Floriane Goubault janvier 2020 cadences 3



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :