Cadences n°329 décembre 2019
Cadences n°329 décembre 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°329 de décembre 2019

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Les Concerts Parisiens

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 4,8 Mo

  • Dans ce numéro : piano Nelson Goerner.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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piano 12 cadences décembre 2019 Il Aux origines du piano romantique La « Révolution baroque » initiée dans les années 70 a permis des changements salutaires dans notre appréhension de la musique des époques éloignées mais de grandes zones d’ombre demeurent. Ainsi de notre connaissance des claviers, en particulier des pianos historiques. cette situation est en passe d’être changée. La création en 2017 de la Nouvelle Athènes répond donc à une nécessité, comme le souligne Sylvie Brély, directrice et fondatrice de cette association. À l’origine de l’association, la Fondation Royaumont  : « J’y ai été directrice du programme claviers de 2012 à 2019. Le pianoforte est très associé aux clavecinistes et, dans le cadre de Royaumont, je me suis dit qu’il fallait essayer également de permettre aux pianistes « modernes » d’avoir accès à une autre approche de ce répertoire. En 2015, après avoir accueilli beaucoup de jeunes pianistes, j’ai donc cherché à recruter aussi dans le monde du moderne. J’ai commencé avec Alexei Lubimov et des ateliers Beethoven, puis nous avons abordé Chopin avec Edoardo Torbanielli ». Le mouvement était lancé  : « J’ai accueilli à Royaumont près de 250 pianistes. Ils revenaient vers moi et me disaient qu’ils voulaient approfondir le piano ancien, mais qu’une fois sortis des conservatoires ils n’avaient plus accès à ce type d’instruments. Je me suis dit qu’il fallait essayer de constituer une collection accessible à Paris, pour soutenir tous ces jeunes ayant pris goût au piano romantique. En 2017, j’ai franchi le pas en créant La Nouvelle Athènes. J’ai pris ensuite le parti de quitter Royaumont parce que je me suis rendu compte que l’association prenait une ampleur importante et parce que, de son côté, D.R. Ce piano Erard de 1806, sera joué à la Salle Cortot. la Fondation avait décidé de se recentrer sur la voix. Mais les liens demeurent ». La Nouvelle Athènes poursuit deux objectifs  : « Créer une collection d’intérêt général, avec l’ambition de disposer d’au moins 9 pianos de facture française, anglaise et viennoise entre 1750 et 1850 –, et créer une scène romantique à Paris ». Une chronologie impossible à définir C’est le flûtiste et claveciniste Aurélien Delage, depuis toujours passionné par les claviers historiques, qui préside aux activités de la « section classique ». Pourtant nécessaire, le découpage chronologique n’est pas sans susciter son lot de perplexité  : « Établir des bornes temporelles est très difficile, sans parler de l’immense diversité des écoles à cette époque. Pour être simple, disons que le pianoforte est inventé vers 1700 par Cristofori en Italie puis commence à être développé en Allemagne dans les années 1730-1740. La Guerre des Sept ans dans les années 1750 fait fuir les facteurs qui créent alors des écoles à Vienne, dans la Vallée du Rhin (notamment à Strasbourg) et en Angleterre. Les pianos arrivent très rapidement à Paris dès la fin des années 1760 et ils sont signés par des facteurs allemands de Londres ou Strasbourg. Mais le Roi de France accueille alors à bras ouverts les artisans venant de l’étranger, ce qui n’était pas le cas avant, et cela contribue à la diffusion du pianoforte dans le royaume ». Le piano a-t-il remplacé le clavecin du jour au lendemain ? Certes non  : « Il ne faut pas les opposer car ils cohabitent de manière très durable. Les facteurs fabriquent alors aussi bien des clavecins que des pianofortes, et les artistes jouent de l’un et de l’autre. Certains instruments font même se côtoyer dans la même caisse cordes pincées et cordes frappées. Mais arrive une époque – et cela commence à la pré-Révolution –, où l’esthétique dans la phrase musicale
Choukhri dje Royaumont change tellement, avec la toute nouvelle génération de romantiques, que le clavecin ne peut plus répondre aux impératifs expressifs et qu’il va être peu à peu abandonné ». Beaucoup d’encre a coulé au sujet des éditions des premières sonates de Beethoven, mentionnant que lesdites sonates étaient destinées aussi bien au pianoforte naissant qu’au clavecin vieillissant  : « Ces œuvres peuvent parfaitement être jouées sur un grand clavecin mais il faut garder en tête que cette mention est aussi un argument de vente de la part des éditeurs. Beethoven s’affirme bien comme le premier compositeur à adopter le pianoforte, presque comme un acte militant, et à partir d’une certaine date, on ne peut plus jouer sa musique sur clavecin. En revanche, je ne suis pas sûr que Haydn ou Mozart avaient une préférence particulière pour l’un ou l’autre instrument et pour moi, on peut jouer toute leur musique pour clavier au clavecin. C’est bel et bien la toute première génération des romantiques qui va mettre fin à l’utilisation du clavecin – Chopin est impensable sur un clavecin – et c’est avec elle que le piano va vraiment prendre son indépendance ». Revisiter la structure des concerts C’est ici au tour du pianiste italien Edoardo Torbianelli, responsable du pôle romantique, d’apporter sa contribution  : « Ma chronologie au sein de la Nouvelle Athènes est effectivement le xix e siècle. Mais le début du xix e siècle est très différent de ce qui vient après, même s’il y a une grande continuité. Plus que de rupture, on doit plutôt parler d’amplifications dans la créativité du jeu, dans la figuration, qui s’imposent dans la musique de piano ». Il est coutumier d’affirmer qu’il est plus facile de trouver un bon instrument romantique qu’un pianoforte du xviii e siècle. Edoardo Torbianelli tempère cette affirmation  : « La grande Bernard Talagas D.R. De gauche à droite, Edoardo Torbianelli, Sylvie Brély et Aurélien Delage. Mercredi 11 décembre Schumannà la recherche de l’esprit romantique. O. Pashchenko,L. Granero, piano Streicher 1847 ; J. Wentz, récitant ; Ensemble Marie-Soldat. Mercredi 18 décembre Le voyage de JohannChristoph Friedrich Bach. A. Zylberajch, A. Delage, P.Grisvard, pianofortes Silbermann1749 & LongmannBroderip 1795 ; V. Lièvre-Picard, ténor ; R. Bernabé, violon ; F. Gallon, violoncelle. Vendredi 20 décembre Dans un salon avec Franz Schubert. E. Torbianelli, D. Ablogin, B. d’Anfray, piano Rosenberger 1820 ; W. Beels, violon ; F. Caida-Greco, violoncelle ; Ensemble Lélio. paris période d’expérimentation de la facture du piano survient dans la première moitié du xix e siècle. De cette période, on a gardé un grand nombre de modèles qui, pour la plupart, sont presque moins connus que ceux du xviii e siècle. Prenons Paris au début du xix e siècle  : il y avait un nombre énorme de facteurs, les Pleyel ou Erard, qui essayaient de nombreux types d’instruments, notamment les pianos carrés qui existaient sous toutes les formes. Et l’on a tendance à simplifier les choses en disant que les gens utilisaient des Graf à Vienne, des Pleyel ou Erard à Paris, etc ». La Nouvelle Athènes apportera certainement des avancées salutaires dans notre connaissance de ce monde foisonnant. Mais la facture instrumentale, aussi importante soit-elle, ne sera pas seule à être scrutée  : « La question de la taille des salles de concert est un sujet délicat car de manière générale, la musique ancienne est exécutée hors de son vrai contexte, que nous sommes encore loin d’avoir reconstitué. Je me demande même si on parviendra un jour à restituer fidèlement un salon parisien de 1830  : il ne s’agit pas seulement d’un lieu physique ou d’un instrument, mais également de toute une culture sociale qui avait une grande influence sur la réception et même l’exécution de la musique. Grâce aux recherches, nous essayons actuellement d’ouvrir au moins une fenêtre sur ce monde et de proposer des alternatives aux standards actuels du concert, des alternatives plus spontanées, moins officielles ». Grand spécialiste de ces questions extra-organologiques, Edoardo Torbianelli va plus loin  : « J’ai beaucoup travaillé sur la reconstitution de programmes de concert du xix e siècle. On y découvre l’alternance d’ouvrages différents, des extraits de concertos ou de symphonies etc. Il est sans doute temps de faire bouger les choses dans la structure actuelle des concerts. Nous avons par exemple des sources importantes qui évoquent le jeu du piano au début du xix e siècle. Selon certaines d’entre elles, certes dans un contexte de salon, le public pouvait même s’exprimer au milieu d’une pièce lorsque le musicien réussissait une finesse incroyable ou un trait brillant. Cela est impensable de nos jours ». Les concerts de la Salle Cortot seront l’occasion de faire un point sur ces passionnantes explorations, avec un aréopage prestigieux de musiciens emmenés par Aurélien Delage et Edoardo Torbianelli. Les mélomanes pourront notamment entendre les sonorités de plusieurs instruments superbes. Yutha Tep décembre 2019 cadences 13



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