Cadences n°316 septembre 2018
Cadences n°316 septembre 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°316 de septembre 2018

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Les Concerts Parisiens

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 6,6 Mo

  • Dans ce numéro : Franco Fagioli, contre-ténor !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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DOssier Purcell musique de scène Surnommé l’Orphée britannique par ses contemporains, Henry Purcell excellait dans l’art de magnifier la langue anglaise à travers sa musique. Et si c’est surtout pour sa musique de scène qu’il est aujourd’hui renommé, ce genre musical n’occupera pourtant véritablement que les cinq dernières années de sa vie. En 1659, la dictature puritaine de Cromwell s’effondre en Angleterre. Charles II est rappelé de son exil sur le continent et la monarchie est restaurée. Mise à mal par le régime austère des puritains, la musique trouve alors un nouvel essor. Et c’est dans l’effervescence d’une Angleterre en pleine transition politique, sociale et culturelle que naît Henry Purcell. Au carrefour de l’histoire anglaise, le compositeur s’attache à faire le lien entre l’héritage musical de son pays et les influences venues du continent. Même s’il a bien composé quelques œuvres instrumentales (pièces pour clavecin, fantaisies pour violes, sonates en trio…), c’est essentiellement dans la musique vocale que Purcell s’est illustré. « Ce don magique qu’avait Purcellavec les mots ne s’explique pas, pas plus que celui de Schubert. On peut véritablement dire qu’il trouvait dans les mots l’imageson […] et sa traduction exacte en musique », a dit de lui le ténor Peter Pears. En dépit d’une existence trop vite abrégée, Purcella composé un très grand nombre de pièces pour voix (songs, catches, anthems, ainsi que de nombreuses odes destinées aux trois souverains qu’il a vu sse succéder), sans compter bien sûr sa musique de scène pour laquelle il est resté si célèbre. 6 cadences septembre/octobre 2018 DeAgostini/Leemage Compositeur particulièrement prolifique, Purcell concilia tradition anglaise et innovations françaises et italiennes. Du 25 septembre au 7 octobre – Théâtre de l’Athénée Didon & Énée ; King Arthur. Dido and Æneas, seul et unique opéra de Purcell Depuis quelque temps déjà en Angleterre, on cherche à imiter le modèle italien de déclamation chantée, adaptée à la langue anglaise. Ainsi, The Siege of Rhodes, créé en 1656, est considéré comme le premier opéra anglais. La musique, œuvre collective de cinq compositeurs, est malheureusement perdue. Ébloui par ce qu’il a vu et entendu en France lors de son exil, Charles II souhaite poursuivre dans cette dynamique et copier ses prestigieux voisins. Mais les tentatives pour introduire l’opéra en Angleterre, que ce soit l’opéra italien ou la tragédie lyrique française, se révèlent être des échecs cuisants. En témoigne Albion et Albanus, une « tragédie lyrique anglaise » sur un livret du grand poète John Dryden et une musique de Louis Grabu, un compositeur… français ! Créée en 1685, l’œuvre est un fiasco (même si celuici est principalement dû aux circonstances politiques défavorables). Les Anglais, attachés d’une part à leur tradition théâtrale parlée et d’autre part à celle du mask (divertissement scénique combinant musique, danse et spectacle), ne s’enthousiasment pas pour ces pièces invraisemblables où les personnages principaux ne s’expriment qu’en chantant. Aussi, plutôt que d’imposer un style étranger qui n’obtient pas les faveurs du public, d’autres compositeurs aspirent à créer un « opéra anglais ». John Blow avec Venus et Adonis (1683) puis Purcellavec Dido and Æneas tentent ainsi de doter l’Angleterre d’un genre national. La première représentation connue de Dido and Æneas n’a lieu qu’en 1689 dans une école de jeunes filles à Chelsea, mais la composition de l’opéra date probablement de 1684, suivant de près Vénus et Adonis avec lequel il partage de nombreuses caractéristiques (même forme, même distribution vocale…). Ces deux opéras se rapprochent également des opéras de chambre de Marc-An-
D.R. Chantal Santon Jeffery sera à la fois Didon et son ennemie la magicienne. toine Charpentier dont Purcell et Blow ont sans doute pu consulter les partitions  : un effectif orchestral réduit, des chœurs et des danses pour structurer l’œuvre, une écriture vocale arioso plutôt qu’un récitatif strict… En dépit de leur courte durée visant à ne pas lasser les spectateurs, ni l’opéra de Purcell ni celui de Blow ne semblent avoir suscité quelque intérêt pour le public de l’époque, et les deux œuvres passent inaperçues dans le paysage musical. Dido and Æneas restera le seul opéra entièrement chanté de Purcell. Le succès des semi-opéras Après ce premier essai mitigé, Purcell se tourne vers la musique de scène pour des pièces de théâtre. Sa première expérience date de 1680 (avec la tragédie Theodosius) mais ses contributions au théâtre restent d’abord sporadiques et se limitent à quelques pièces. En revanche, à partir de 1689 et jusqu’à sa mort, il participera à la musique de près de quarante pièces de théâtre. Le compositeur ne renonce pas pour autant à l’idée de créer un opéra « à l’anglaise ». Et puisque le public anglais boude les œuvres entièrement chantées, il contribue à mettre au point un genre hybride, le « semiopéra », en 5 actes généralement  : les rôles principaux, tenus par des acteurs de théâtre, sont uniquement parlés tandis que les personnages secondaires chantent et dansent, accompagnés par la musique. Ces épisodes musicaux sont insérés à l’action mais sans participer à son développement. Déjà les œuvres de Locke illustraient un certain mélange des genres  : Macbeth (1664) ou The Tempest (1674) doivent ainsi beaucoup à la comédie-ballet de Lully (une musique intégrée à l’action, mais réservée aux scènes de magie, de cérémonies ou pastorales, là où elle est considérée comme vraisemblable). Purcell poursuit dans cette voie  : il assoit la forme du Dido and Æneas Du 25 au 30 septembre – Théâtre de l’Athénée Jeune chœur de Paris, Ensemble Diderot. Johannes Pramsohler, direction. Benoit Benichou, mise en scène. Avec Chantal Santon Jeffery, YoannDubruque, Daphné Touchais & Chloé de Backer. paris Aucun manuscrit original de Dido and Æneas n’a été retrouvé à ce jour (le plus ancien date d’après 1775), et plusieurs zones d’ombre subsistent encore autour de l’unique opéra de Purcell  : la date de composition incertaine, la musique potentiellement manquante à la fin de l’acte II (le manuscrit de 1775 différant du livret de 1689)… Le livret de Nahum Tate, très condensé, mêle habilement comique et tragique au fil de trois actes articulés par les chœurs et la danse et précédés d’une ouverture à la française. À travers la force de sa musique, usant d’une écriture arioso sobre mais poignante, Purcella su traduire toute la complexité des sentiments humains. En particulier à trois moments clés du drame, lorsqu’il utilise le ground (basse obstinée), un procédé musical qu’il affectionne particulièrement  : dans l’air « Ah ! Belinda ! » de l’acte I (premier air de l’opéra à être publié, dans le recueil Orpheus britannicus en 1698), dans « Oft she visits » à l’acte II et enfin dans le touchant lamento final de Didon. Si le personnage d’Énée peut parfois sembler faible et peu substantiel, Purcell donne en revanche à Didon une incroyable intensité dramatique qui fait toute la force de l’opéra. Intrigue Fuyant la ville de Troie, Énée fait escale à Carthage où il est accueilli par la reine Didon. Celle-ci résiste un temps aux charmes du prince mais finit par céder à l’amour qu’elle ressent pour lui. Tandis que le peuple de Carthage se réjouit de leur union prochaine, la Magicienne complote avec ses sœurs sorcières pour provoquer la chute de Didon. Elle envoie un Esprit qui, sous les traits de Mercure, rappelle à Énée son destin (fonder une nouvelle cité en Italie), et le persuade de quitter Carthage, tandis que la Magicienne projette ensuite de le faire périr en mer. Se soumettant à la volonté des dieux, Énée fait ses adieux à Didon. Mais la reine, blessée qu’il souhaite Anne-Sophie Soudoplatoff la quitter, le repousse et l’exhorte à partir avant de mourir de chagrin. Distribution À la tête de son Ensemble Diderot, soutenu par le Jeune Chœur de Paris, Johannes Pramsohler s’empare de la partition de Purcell dont il a également assuré en partie l’adaptation musicale. La distribution vocale est intimiste, à l’image de l’orchestre de chambre  : quatre chanteurs se répartissent les différents rôles. La soprano Chantal Santon Jeffery incarne à la fois Didon et son ennemie la Magicienne, tandis que le baryton YoannDubruque lui donne la réplique dans le rôle, entre autres, d’Énée. septembre/octobre 2018 cadences 7



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