Cadences n°227 octobre 2009
Cadences n°227 octobre 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°227 de octobre 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Les Concerts Parisiens

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 4,5 Mo

  • Dans ce numéro : Daniele Gatti dirige Gustav Mahler.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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4 DOSSIER cadences octobre 2009 1 Né en Allemagne, Händel vécut plusieurs années en Italie, avant de s’installer à Londres où il prit la nationalité anglaise. Européen avant la lettre, il composa pas moins de trente-huit opéras pour l’essentiel en italien. The Foundling Museum Georg Friedrich Händel Une vie en opéras PARIS ET SA RÉGION VIVENT MANIFESTEMENT À L’HEURE DE HÄNDEL. SI LE MOIS DE NOVEMBRE OFFRIRA « BERENICE » (LE 21 NOVEMBRE À PARIS), « ATHALIA » (LES 27 NOVEMBRE À POISSY ET 2 DÉCEMBRE À PARIS) ET « EZIO » (LE 14 NOVEMBRE À PARIS), OCTOBRE EST ENCORE PLUS PRODIGUE EN ÉVÉNEMENTS HÄNDÉLIENS. CE N’EST QUE JUSTICE, AU REGARD D’UNE PRODUCTION LYRIQUE CERTES INÉGALE MAIS D’UNE ABONDANCE PRODIGIEUSE, AVEC QUELQUES 38 OPÉRAS COMPOSÉS SUR UNE PÉRIODE D’UNE CINQUANTAINE D’ANNÉES, SANS COMPTER LES ORATORIOS. HÄNDEL EST BIEN LE GÉANT DE LA MUSIQUE SCÉNIQUE DE L’ÉPOQUE BAROQUE. Plus qu’un paradoxe, c’est un malentendu. L’opera seria tel que nous l’entendons aujourd’hui, terme générique désignant indifféremment tout ce qui fut porté sur le théâtre sérieux, par simple opposition à la scène bouffonne, d’AlessandroScarlatti (considéré comme son inventeur) à Rossini qui le mena jusqu’à un point de non-retour, l’opera seria, donc, renaît sous bannière händélienne après une éclipse totale de plus d’un siècle, le 26 juin 1920 au Staattheater de Göttingen, en empruntant les traits de Rodelinda. Händel n’avait pas sombré pour r autant. Bien au contraire, son astre brillait au firmament, trésor du patrimoine musical britannique célébré en effectifs colossaux – 460 instrumentistes et 2765 chanteurs célébrèrent le centenaire de sa mort –, et par là même défiguré. Pire encore, un pan entier de sa production était éludé, pourtant édité par Friedrich Chrysander, lu et approuvé par Romain Rolland. Trente-huit opéras italiens composés par un Allemand naturalisé anglais, somme lyrique qui allait passer pendant près de cinquante ans, pour le parangon d’un genre que les mépris successifs avaient définitivement enterré, soit le modèle théâtral qui domina l’Europe entière, la France exceptée, durant la première moitié du XVIII e siècle, ses interprètes plaçant le souci d’authenticité après celui de vraisemblance, transposant à tout va les rôles de castrats pour baryton, voire basse. Là réside justement le malentendu. Car parmi ces trente-huit opéras, rares sont ceux – assurément pas les meilleurs – qui épousent la forme canonique du genre. En effet, l’opera seria, désigné à l’époque non sans neutralité par l’expression dramma per musica, est d’abord né en réaction à la dégénérescence du modèle vénitien. Au fil du XVII e siècle, le genre théâtral imaginé par les membres férus de vérité antique de la Camerata Bardi s’était peu à peu métamorphosé sur les scènes licencieuses de la Sérénissime en un divertissement désordonné, où le grivois servait de repoussoir au tragique, englué dans une galerie de personnages où les plus nobles héros dialoguaient avec les plus vils parasites, à moins qu’ils n’aient eux-mêmes sombré dans la luxure. Par désir de la salubrité, le baroque engendra le classicisme : il fallait purifier. Le mélange des genres fut aboli, le nombre des personnages réduit, les sujets triés sur le volet pour que la raison, la morale triomphent, le vers même fut normalisé. Conduite par l’Académie de l’Arcadie, cette première réforme fut donc avant tout littéraire. Et la nouvelle poétique culmina sous le règne de Métastase, dont les livrets inondèrent la scène musicale européenne de leur haute qualité littéraire et dramaturgique louée jusqu’en France. Mais au librettiste tout-puissant, à son modèle universel, Händel ne se soumit pas, ou
alors à contrecœur. Pas plus qu’il ne se soumit aux chanteurs. Ayant refusé l’aria Falsa imagine pour ses débuts sur la scène londonienne dans Ottone (1723), la Cuzzoni ne se vit-elle pas menacer de passer par la fenêtre d’un tonitruant : « Madame, je sais que vous êtes une véritable diablesse, mais je vous ferai savoir, moi, que je suis Beelzebub [sic], le chef des diables » ? Tout castrat qu’il était, Carestini ne fut pas traité avec davantage d’égards lorsqu’il s’insurgea contre la ligne, trop nue à son goût, de Verdi prati.Le compositeur ne savait-il pas mieux que l’arrogant musico ce qui pouvait, ce qui devait sortir de son gosier, fermement décidé à le priver de cachet ? Paris 2 octobre 2009 Théâtre des Champs-Élysées Rinaldo Ottavio Dantone (direction), Varduhi Abrahamyan (Rinaldo), Maria Grazia Schiavo (Almirena) Karina Gauvin (Armida), Christophe Dumaux (Goffredo), Alain Buet (Argante), Accademia Bizantina. 1111Fl'M -7- - La postérité trancha en faveur de l’intraitable Saxon, dans l’un et l’autre cas. C’est que Händel était homme d’action, et de conviction. Dans sa jeunesse et dans la bibliothèque de Friedrich Wilhelm Zachow à Halle, il s’était frotté à tous les styles alors en vogue. Et à Hambourg, il apprit l’opéra comme on le pratiquait au Théâtre du Marché aux Oies, en suivant le modèle institué par Reinhard Keiser, mêlant récitatifs et airs strophiques en allemand, airs da capo en italien et divertissements à la française. Almira (1705), son premier essai, s’y conformait, et triompha. Durant son voyage en Italie, son chant s’assouplit, sans oublier pourtant d’où il était issu – son contrepoint, son orchestre. Dans Agrippina, dont la création vénitienne remonterait, d’après les récentes découvertes de la musicologue Ursula Kierkendale, à 1706 plutôt qu’au Carnaval de 1709, Händel se révèle tel qu’en lui-même, absolument baroque, vénitien, grâce au livret concocté par le Cardinal Vincenzo Grimani, qui y règle assez ouvertement ses comptes avec l’autorité papale. Le « caro Sassone » – c’est ainsi que le nomment les Italiens, qui en sont fous – navigue ainsi dans les plus hautes sphères, de Venise à Florence, et Rome, et Naples, où il mange à sa faim, qui est gigantesque. Pourquoi quitte-t-il l’Italie ? Sent-il, au DEUX OPÉRAS ET TROIS ORATORIOS DE HÄNDEL À PARIS EN OCTOBRE DR 24 février 1711 : Georg Friedrich Händel conquit ses futurs compatriotes avec Rinaldo, premier opéra italien expressément composé pour la scène londonienne, dans une adaptation de la Jérusalem délivrée plus propice au merveilleux à la française qu’aux préceptes édictés par les réformateurs de la péninsule. Au milieu du fracas des machines, la musique de « l’Orphée de notre siècle » s’éleva soudain, inouïe. La très chambriste Accademia Bizantina d’Ottavio Dantone devrait en révéler des subtilités inconnues. Et l’Armida de la bien-aimée Karina Gauvin y déployer ses plus fulminants sortilèges. Paris 5 octobre 2009 Salle Pleyel Theodora Paul McCreesh (direction), Renata Pokupic (Theodora), Anna Stephany (Irene), John Mark Ainsley (Septimius), Iestyn Davies (Didymus), The Gabrieli Consort & Players. Sheila Rock 16 mars 1750 : à Covent Garden, avec Theodora, le « dernier Händel » tourne son regard vers un ciel presque mystique, abandonnant les vocalités stratosphériques pour des volûtes plus célestes. S’y ajoute une grandeur tragique tirée de son inspiration, à savoir Corneille lui-même. De ce fait, la marche au supplice de la vierge et martyre chrétienne prend des allures de chemin de croix bouleversant. Un drame que Paul McCreesh et ses Gabrieli ont vécu et revécu, dont ils connaissent la moindre péripétie. La distribution privilégie l’homogénéité : la musique sublime de Händel se chargera du reste, assurément. Paris• DOSSIER 17 octobre 2009 Théâtre des Champs-Élysées Faramondo Diego Fasolis (direction), Max Emanuel Cencic (Faramondo), Philippe Jaroussky (Adolfo), Netta Or (Clotilde), Marina De Liso (Rosimonda), In-sung Sim (Gustavo), Xavier Sabata (Gernando), Marco di Sapia (Teobaldo), I Barocchisti. DR 3 janvier 1738 : Faramondo ouvre la dernière saison d’opéra complète de la carrière de George Frideric Handel, alors que le désamour du public londonien pour le genre semble irréversible. Mais l’arrivée d’un nouveau castrat, le capricieux mais envoûtant Caffarelli stimule le compositeur qui, outre le rôle-titre de Serse, lui brosse ce brillant portrait en pied du roi des Francs. Les trop discrets Barocchisti de Diego Fasolis l’ont révélé au disque avec une distribution exaltante, menée par les contre-ténors stars du moment, Max Emanuel Cencic et Philippe Jaroussky. cadences octobre 2009 5



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