Cadences n°226 septembre 2009
Cadences n°226 septembre 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°226 de septembre 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Les Concerts Parisiens

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 4,3 Mo

  • Dans ce numéro : La Flûte Enchantée de Mozart.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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6 DOSSIER comique,rappelant également par certains aspects la commedia dell’arte. Du côté princier, avec Tamino, La Flûte s’affirme comme un Bildungsoper, c’est à dire un « opéra d’éducation (ou d’apprentissage) », dans lequel le héros entreprend un parcours initiatique le conduisant vers la vérité, l’amour et la lumière. Mozart exprima constamment son affection pour une partition dont il était enchanté L’intrigue est la suivante : dans le premier acte, Tamino se trouve enrôlé dans la croisade menée par la Reine de la Nuit pour libérer sa fille, Pamina, enlevée par un « méchant sorcier » (et peut-être le propre père de l’héroïne, on ne sait trop), Sarastro, qui veut l’utiliser dans leur lutte immémoriale. Conquis pas une image de Pamina, Tamino se lance dans sa quête initiatique imposée par Sarastro (avec une interdiction momentanée de parler à Pamina qui renvoie bien sûr au mythe orphique). Dans le second acte, il découvre qu’il a été manipulé et que Sarastro incarne la sagesse et la bonté. Grâce à ce dernier, Tamino échappe à la fureur d’une Reine prête à sacrifier sa propre fille à sa haine. Telle est l’intrigue principale, les interventions de Papageno influant finalement peu sur le déroulement de l’action, apportant une note « humaine » à cet affrontement de figures semi-divines, poursuivant lui aussi sa propre quête vers la sagesse et l’amour (sa « petite femme »). La genèse de l’œuvre suscita bien des polémiques auprès des spécialistes. Des commentateurs, dès le XIX e siècle, ont reproché à Schikaneder le retournement qui fait de la Reine de la Nuit une entité maléfique dans la deuxième partie de l’opéra et révèle la bonté de Sarastro, résultat d’une trop grande hâte dans la conception même du livret. Comme le fait remarquer Rémy Stricker dans son livre Mozart et ses opéras, pourquoi ne pas voir, dans ce revirement, les rouages d’un suspens théâtral ? De même, on peut s’étonner sur le caractère curieusement passif et hésitant de Tamino, qui n’est pas sans rappeler le personnage de Belmonte de L’Enlèvement au cadences septembre 2009 La Flûte enchantée mise en scène par Eric Perez Sérail, lui aussi enfermé dans une attitude méditative face à l’adversité. Comme pour beaucoup de ses opéras, Mozart se confie à son héroïne Pamina, qui fait montre d’une force de caractère admirable et il n’est pas étonnant que le compositeur s’y soit identifié comme il s’était déjà identifié à celui de Constance dans L’Enlèvement. À quelques exceptions près (elles sont certes capitales telles qu’Idamante dans Idomeneo ou Sesto dans La Clemenza di Tito), les personnages féminins sont presque toujours les dépositaires de l’émotion mozartienne. Le « climax » musical de tout l’opéra réside bel et bien dans le bouleversant Ach, ich fühl’s d’une Pamina désespérée au point de penser au suicide, bien plus que dans les deux célèbres airs de la Reine – Zertritte nicht et Der Hölle Rache –, instants pyrotechniques mémorables (les contrefa du deuxième air appartiennent à la légende musicale) mais finalement mécaniques. Mozart n’exprima jamais, comme il put le faire pour d’autres livrets, des regrets ou réticences quelconques envers le livret de sa Flûte, s’estimant satisfait et de sa musique et du texte traité. Les aspects franc-maçonniques ont été, eux aussi, abondamment commentés, Mozart et Schikaneder étant Benoit Michou frères de loge, multipliant l’un et l’autre les références à leur confrérie. On a scruté les instruments et les accords typiquement francs-maçons, on a aussi tenté des approches numérologiques de l’opéra. Pour cette question, on lira avec attention La Flûte enchantée, opéra maçonnique de Jacques Chailley, qui va toutefois trop loin à maints égards. Il serait vain, de fait, de contester l’influence francmaçonnique mais il vaut mieux, sans doute, laisser jaillir une musique qui n’a besoin d’aucun élément extérieur pour dispenser sa propre magie. Au sommet de son art symphonique, Mozart trouva une manière sans pareille de dissimuler une science immense derrière une immédiateté en soi sans prix. Comme nous l’avons dit, Mozart exprima constamment son affection pour une partition dont il était enchanté. Dans ses lettres, il ne cessa d’afficher sa satisfaction sur l’accueil réservé à son opéra : « Je reviens en ce moment même de l’opéra, qui était aussi plein que jamais. (…) On peut voir combien cet opéra est de plus en plus estimé » (lettre du 7 octobre 1791 à Constance, alors à Baden). Il aurait été heureux de constater la postérité d’une partition qu’il chérissait tant. ● YUTHA TEP
I. La Flûte enchantée : les disques Parmi les dizaines d’enregistrements de la Flûte enchantée, voici les trois coups de cœur de Cadences. RIAS Sinfonie-Orchester & Chor Berlin Ferenc Fricsay Maria Stader (Pamina), Ernst Haefliger (Tamino), Rita Streich (Reine de la Nuit), Dietrich Fischer-Diskau (Papageno) etc. 2 cd Deutsche Grammophon 7.1ri FX 5 FLT 131.41.1 14.111% « y : 01 4111 Dans les grands « classiques », voici sans doute la version la plus attachante : Fricsay d’une honnêteté scrupuleuse mais radieuse comme à son habitude, un couple Pamina/Tamino lumineux, Streich d’une facilité sidérante et Fischer-Diskau évidemment grandiose. Le prix très doux est aussi un argument en faveur de cette référence. Chœur & Orchestre de l’Opéra de Zürich Nikolaus Harnoncourt Barbara Bonney (Pamina), Hans Peter Blochwitz (Tamino), Edita Gruberova (Reine de la Nuit), Anton Scharinger (Papageno), Matti Salminen (Sarastro) etc. 2 cd Warner Classic-Teldec Le « trublion » Harnoncourt à son meilleur. Une Flûte sans doute plus grave que de coutume, avec ses étrangetés mais aussi ses traits de génie. Bonney est la Pamina des dernières décennies alors que Gruberova est une Reine de la Nuit à ce jour inégalée, véritable furie dont le laser vocal vrille avec une efficacité incroyable. The Monteverdi Choir, The English Baroque Soloists - John Eliot Gardiner Christiane Oelze (Pamina), Michael Schade (Tamino), Cyndia Sieden (Reine de la Nuit), Gerald Findley (Papageno), Harry Peters (Sarastro) etc… 2 cd Deutsche Grammophon-Archiv Produktion Les interprétations « philologiques » ne manquent pas. Christie a la Reine de la Nuit d’une Dessay en forme olympique, Östmannbénéficie de la distribution la mieux chantante emmenée par Bonney et Jo mais ses disques sont difficiles à trouver dans le commerce, Norrington est un peu brouillon et on attend la contribution de René Jacobs. Reste Gardiner, avec une distribution plus homogène et solide que fulgurante, mais des formations superlatives et, surtout, un discours musical haletant, tendu comme un arc. Verner Panton, Phantasy Landscape, Visiona 2, (détail), Cologne, 1970 Panton Design, Basel tg- -111MIUMm" Musée d’Orsay auditorium 2009/10 James Ensor et la musique 12 novembre 2009 – 28 janvier 2010 Viviane Hagner, Ensemble Intercontemporain, Quatuor Debussy... Paris – Berlin 13 février – 14 mars 2010 Avec les musiciens de l’Orchestre de Paris de la Philharmonie de Berlin, et Fanny Ardant Crime et châtiment 13 mars – 10 juin 2010 Dame Felicity Lott, AnnMurray, Laurent Naouri, Graham Johnson... Cendrillon de Pauline Viardot 4 – 9 mai 2010 Avec le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris Les concerts de Midi Trente 15 septembre 2009 – 15 juin 2010 Iddo Bar-Shaï, Marie Devellereau, Romain Leleu, Quatuor TinAlley, Edwin Crossley-Mercer, Andreas Brantelid... Concours Avant-scènes 28 – 29 novembre 2009 Avec le Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris Soirées exceptionnelles dans la nef 26 janvier 2009 – 21 juin 2010 Chœur et Maîtrise de Radio France Abonnez-vous dès maintenant 01 40 49 47 57 www.musee-orsay.fr/www.fnac.com DOSSIER cadences septembre 2009 7



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