Cadences n°226 septembre 2009
Cadences n°226 septembre 2009
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°226 de septembre 2009

  • Périodicité : mensuel

  • Editeur : Les Concerts Parisiens

  • Format : (210 x 297) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 4,3 Mo

  • Dans ce numéro : La Flûte Enchantée de Mozart.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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XX e SIÈCLE 16 I y KURT WEILL EST L’UN DES RARES COMPOSITEURS DE L’ALLEMAGNE DE WEIMAR À AVOIR ÉCHAPPÉ À L’OUBLI. SANS DOUTE CE FAIT EST-IL REDEVABLE À L’ÉTOURDISSANT MÉLANGE DES GENRES MUSICAUX QU’IL PRATIQUA, MÉLANGE QUI LE FIT QUALIFIER DE « DÉGÉNÉRÉ » PAR LE RÉGIME NAZI. LES PARISIENS AURONT LE PLAISIR DE VOIR DEUX DE SES Fils d’un cantor d’une synagogue de Dessau où il vit le jour, formé très académiquement auprès de Ingelbert Humperdinck et Ferruccio Busoni, assistant pendant un temps du grand chef wagnérien Hans Knappertsbusch, professeur de composition aussi (il eut parmi ses élèves cadences septembre 2009 1', t L’Opéra de quat’sous sera interprété par le Berliner Ensemble (troupe créée par Brecht, lui-même en 1949) au Théâtre de la Ville dans le cadre du Festival d’Automne. Lesley Leslie-Spinks ➜ Du 15 au 18 septembre - Théâtre de la Ville/Festival d’Automne L'Opéra de quat'sous - Berliner Ensemble, Robert Wilson (mise en scène) ➜ Les 12 & 14 septembre - Théâtre des Champs-Elysées Les Sept Péchés capitaux/Mahagonny Songspiel Ensemble Modern, J. Rhorer (direction), A. Kirchschlager (mezzo-soprano) Kurt Weill Populaire & politique CHEFS-D’ŒUVRE : « L’OPÉRA DE QUAT’SOUS » AU THÉÂTRE DE LA VILLE ET « LES SEPT PÉCHÉS CAPITAUX » AU THÉÂTRE DES CHAMPS-ÉLYSÉES. Claudio Arrau), Kurt Weill connut son premier succès au très officiel Festival de Salzbourg en 1924 avec les 7 Lieder de la Frauentanz. En 1938 encore, à la veille d’embarquer définitivement pour les Etats-Unis, il mit la note finale à sa Symphonie n°2 qui semble jeter sur la tradition symphonique allemande un regard grinçant. Mais Weill fut très tôt attiré par le monde musical enfumé et aux contours flous du cabaret berlinois dont même un Schönberg entrouvrit la porte épisodiquement : un monde éminemment contestataire et d’une vitalité peu commune sous la République de Weimar. La double rencontre avec Lotte Lenya (avec laquelle il se maria en 1926, rompit en 1933 puis se remaria définitivement en 1937) et le dramaturge Bertolt Brecht scella définitivement son sort artistique pour faire de lui l’homme aux multiples facettes que l’on connaît. Lesley Leslie-Spinks De Brecht, il adopta les aspirations populaires (au sens littéral du terme) et les formes musicales « simples » sans renoncer toutefois à un langage harmonique et rythmico-mélodique issu de sa formation académique mais affûté peu à peu au point de devenir la lame de rasoir acérée qui lui permit de mettre en lambeaux le capitalisme et ses effets néfastes. Chansons strophiques sur des rythmes de blues, tango, fox ou habanéra, adresses jetées à l’audience par les chanteurs-acteurs, mélodies marquantes s’inscrivant dans la mémoire collective, la musique de scène de Weill recherche cette « distanciation » voulue par le théâtre de Brecht qui exige du public une participation réelle aux réflexions portées par les spectacles. Angelika Kirchschlager chante Les Sept Péchés capitaux au Théâtre de Champs-Elysées Lukas Beck
C’est tout naturellement vers l’Amérique du libéralisme triomphant – et dans une certaine mesure, sa sœur aînée plus discrète l’Angleterre – que se tournèrent les regards accusateurs du tandem Brecht-Weill. Dans le Mahagonny Songspiel (un néologisme éloquent pour une cantate en 7 tableaux transformée en 1930 en un véritable opéra, Grandeur et Décadence de la Ville de Mahagonny) qui provoqua un vif scandale au Festival de Baden-Baden en 1927, c’est une ville imaginaire qui tient lieu de théâtre du monde dans lequel les êtres humains se prosternent devant la divinité dollar. Dans L’Opéra de quat’sous (1928), l’histoire d’amour contrarié entre Mackie et Jenny sur fond de guerre des gangs fait monter d’un cran l’attaque (« Qui commet le plus grand crime ? Celui qui vole une banque ou celui qui la fonde ? »). Même lorsque, réfugiés à Paris en 1933 suite à l’avènement du régime nazi, ils reçurent commande pour un « ballet chanté » – Les Sept Péchés capitaux – destiné aux Ballets de George Balanchine, Brecht et Weill placèrent la confrontation de deux sœurs (Anna I et Anna II, le dédoublement de la personnalité ayant une importance évidente) face aux 7 péchés capitaux dans 7 villes américaines successives. L’œuvre fut finalement créée le 7 juin 1933 à l’Avenue Montaigne, surprenant passablement l’audience parisienne. Weill gagna finalement en 1938 le berceau du capitalisme qu’il avait tant décrié pour échapper aux nazis et entamer une nouvelle carrière à Broadway. « Quoi que j’écrive, j’entends Lenya le chanter dans mon oreille intérieure » En Amérique comme en Europe, l’égérie de Weill fut avant tout son épouse Lotte Lenya, voix éraillée savamment distillée projetant les mots comme autant de gouttes de vitriol. Kurt Weillavoua lui-même : « Quoi que j’écrive, j’entends Lenya le chanter dans mon oreille intérieure ». Lenya fut ainsi la créatrice tant de la cantate Mahagonny que des rôles de Jenny et d’Anna I. On connaît la carrière que Lenya mena à Braodway, la part cruciale qu’elle joua dans la redécouverte de l’œuvre de son mari qui disparut brutalement en 1950 à la suite d’une attaque cardiaque. Lotte Lenya était fort éloignée de toute considération de type lyrique au sens strict du terme et l’on pourrait donc trouver une certaine légitimité à une interprétation de type cabaret à la Ute Lemper. L’interprétation de L’Opéra de quat’sous par le Berliner Ensemble (qui, rappelons-le, fut créé par Brecht lui-même en 1949) au Théâtre de la Ville dans le cadre du Festival d’Automne penche vers cette esthétique. Mais voilà : Weillavait destiné Mahagonny à une chanteuse d’opéra (Lenya ne remplaça qu’avec réticence la chanteuse pressentie souffrante) et Les Sept Péchés capitaux se meuvent dans un monde symphonique incontestable. Une chanteuse comme Teresa Stratas puis une Anne Sofie von Otter ont amplement montré le parti qu’une voix opératique pouvait tirer de cette musique fascinante. La belle Angelika Kirchschlager s’inscrira assurément dans cette prestigieuse filiation. De la même manière qu’un Gershwin, Kurt Weill s’accomode de tous les traitements. N’est-ce pas là un signe de l’inépuisable richesse que sa musique recèle ? ● YUTHA TEP• A o I Il I. 2 Pi i I e ii FECTIVAL rel..ii DE RÉATON MUSICALE i PARIS Maison de Radio France tw week-end - 18, 19, 20 septembre 2009 lionimage à Olivier Greif week-end 13, 14, 15 novem bue 2009 Peter Eribilis : hommage à Frank zappa c e R E EIGPI E 10.EPITS F B HURE : 01 56 40 15 15 conœrtareclic fraioe.fi onœriani r sc I of reice. 5 1 1:1 4 PARIS cadences septembre 2009 17



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