Bubble mag n°17 sep/oct 2010
Bubble mag n°17 sep/oct 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°17 de sep/oct 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Elbbub

  • Format : (200 x 270) mm

  • Nombre de pages : 60

  • Taille du fichier PDF : 7,6 Mo

  • Dans ce numéro : zoom sur les nouveaux créateurs.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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La fessée : pour ou contre ? recevoir une fessée, en donner une à nos enfants, c’est le lot de la plupart d’entre nous… mais, à l’heure où une loi interdisant son usage va peut-être voir le jour, voici l’occasion de s’interroger sur le bien-fondé de cette punition ancestrale et sur les solutions alternatives. ç Du point de vue des lois En novembre 2009, tandis que l’on célébrait le 20 e anniversaire de la Convention internationale des droits de l’enfant, la pédiatre et députée UMP Edwige Antier a annoncé son intention de déposer une proposition de loi visant à interdire la fessée. Mais, alors que la Suède a légiféré dans ce sens dès 1979 et que d’autres pays européens ont ensuite suivi le mouvement – comme l’Allemagne, la Norvège, la Finlande, l’Autriche ou encore l’Italie –, la France ne semble pas prête à franchir le pas. Xavier Bertrand lui-même, porte-parole de l’UMP, s’y est opposé, considérant qu’une telle loi irait à l’encontre de la responsabilité parentale. Du côté des spécialistes de l’enfance, si tous s’accordent à dire que la fessée n’est jamais une solution, la plupart sont opposés à faire entrer son interdiction dans le code civil. Aldo Naouri considère que cela n’aurait « aucun sens », tandis que Marcel Rufo affirme que cela serait « une véritable bêtise ». Selon un sondage récent, les Français sont, quant à eux, 82% à se déclarer hostiles à une loi et 67% à reconnaître avoir déjà eu recours à la fessée. Si elle est loin de faire l’unanimité, la proposition d’Edwige Antier a le mérite d’ouvrir le débat : défenseur ou détracteur, chacun peut s’exprimer, réfléchir à la question ainsi qu’aux différentes façons d’affirmer son autorité parentale. Dans l’histoire Pendant des siècles et dans la plupart des civilisations, les enfants subissaient fessées et autres châtiments corporels sans que personne ne s’en émeuve. Il n’y a pas si longtemps, en France, de nombreuses familles reconnaissaient utiliser régulièrement martinet ou ceinture. En 1889, une loi rendit pour la première fois possible la déchéance paternelle en cas de mauvais 54 Turbullences psychologie traitements. Au cours du XX e siècle – notamment grâce aux prises de position de spécialistes de l’enfance –, les mentalités ont vraiment commencé à changer. Françoise Dolto, pédiatre et psychanalyste, a été l’une des premières à s’exprimer sur la question. Elle écrivit que si taper un enfant n’est jamais une solution, les parents qui, un jour, se laissaient déborder ne devaient cependant pas se morfondre. Elle leur demandait d’aller immédiatement s’excuser auprès de l’enfant, et de mettre des mots sur les raisons de ce débordement, afin de ne pas « cristalliser la violence » par l’absence de parole. L’avis des spécialistes de l’enfance Aujourd’hui, si Claude Halmos, psychanalyste, est plutôt nuancée, expliquant qu’« on ne peut absolument pas prôner la fessée comme méthode d’éducation, ce serait monstrueux », mais que l’« on ne peut pas non plus la diaboliser », la plupart des spécialistes sont farouchement opposés à toute sorte de châtiment corporel. Edwige Antier affirme que « plus on tape un enfant, plus il devient sournois, agressif et menteur ». Aldo Naouri, pédiatre lui aussi, considère que « la fessée, comme toute autre forme de châtiment corporel […] doit être proscrite. Il n’est pas question de battre un enfant ». Marcel Rufo, pédopsychiatre, propose quant à lui de remplacer la fessée « par un médicament générique appelé « tendresse » ». Ce qu’en pensent les parents Si les professionnels de l’enfance sont tous sensiblement d’accord, qu’en est-il des parents ? Il y a ceux qui, très tôt, ont été convaincus que la fessée ne servait à rien et qu’il fallait l’éviter à tout prix, comme Denise, maman de deux enfants aujourd’hui par Sophie Lemp adultes : « J’ai toujours été opposée à la fessée. Quand il y avait désaccord avec mes enfants, on discutait : j’essayais de les convaincre du bien-fondé de ma position. Et s’il y avait une grosse crise, une colère non maîtrisable, je leur demandais d’aller réfléchir dans leur chambre. J’ai toujours pensé qu’il fallait expliquer, dire, parler. Quel que soit son âge, un enfant peut tout comprendre, à condition que l’on utilise les mots justes. » Mais la plupart admettent avoir donné une fessée un jour ou l’autre, même si très peu la revendiquent encore comme un mode d’éducation. Elle est considérée comme un écart, une faiblesse, et presque plus jamais comme une nécessité. Nadine, maman de Clara, 9 ans, est de ceux qui pensent qu’y avoir occasionnellement recours n’est pas si grave qu’on le dit : « J’ai souvent donné des fessées à ma fille quand elle était petite. Pour moi, les solutions alternatives proposées par les spécialistes, comme isoler l’enfant dans sa chambre, sont parfois bien plus violentes qu’une petite tape sur les fesses. Je suis convaincue que, quand ce n’est pas une méthode d’éducation, qu’il y a des mots pour expliquer et beaucoup d’amour, cela n’est pas traumatisant. Il y aurait à mon sens des choses bien plus essentielles sur lesquelles légiférer… » Ce qu’en disent les enfants Nombreux sont donc ceux qui ont un jour reçu une fessée, ou qui en reçoivent régulièrement. Sont-ils tous potentiellement traumatisés, comme l’affirment les partisans de la loi ? Morgane, évoquant son enfance : « Il m’arrivait de recevoir des fessées lorsque je faisais une très grosse bêtise. Je ne pense pas être traumatisée ; il faut bien une sanction ultime, celle qui calme à coup sûr. »



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