Bubble mag n°14 hiver 2010
Bubble mag n°14 hiver 2010
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°14 de hiver 2010

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Elbbub

  • Format : (200 x 270) mm

  • Nombre de pages : 60

  • Taille du fichier PDF : 5,5 Mo

  • Dans ce numéro : spécial cinéma d'animation.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Uma Thurman Elle est cultivée, pétillante, déconcertante. Jamais décevante. Mais toujours ultra-indépendante. Inoubliable Vénus botticellienne chez Terry Gilliam, superbe chute de reins servant d’écritoire pour Valmont dans Les Liaisons dangereuses, de Stephen Frears, karatéka jaune canari pour Tarantino dans le diptyque Kill Bill, ou partenaire sexy de Travolta dans le cultissime Pulp Fiction, Uma Thurman est capable de tout jouer : les frappées, les ingénues, les meurtrières, les évanescentes, les intrigantes, les tourmentées, et même, accessoirement, les ambassadrices de luxe pour produits chèrement tarifés. Aujourd’hui, c’est la maman qui nous intéresse. Cela tombe bien : elle en joue une dans Maman mode d’emploi, une comédie déjantée signée Katherine Dieckman… Dans Maman mode d’emploi, vous incarnez Eliza Welsh, une bloggeuse qui expose dans ses moindres détails son quotidien de maman overbookée. Toute ressemblance avec… Non, pas du tout ! J’ai développé une aversion totale pour l’ordinateur, car, pour moi, c’est un outil chronophage. J’ai un mail, comme tout le monde, et je fais des recherches avec mes enfants, mais je me sers d’Internet avec modération. Rien ne remplacera un bon bouquin. Devenir maman, c’était une évidence pour vous ? Rappelons que vous avez donné naissance à Maya Ray, 11 ans, et Levon, 7 ans… Plus jeune, j’étais de nature très anxieuse. J’ai longtemps pensé que je ne devais pas donner d’enfant à ce monde injuste et cruel. J’ai réussi à combattre mes angoisses, mais je n’en demeure pas moins très vigilante et très exigeante dans ma manière de les éduquer. Beaucoup d’acteurs ont le sentiment d’être des parents idéaux, irréprochables parce qu’ils embauchent une ou deux « nannies » à demeure et parfois un garde du corps pour ouvrir la porte du gamin lorsque celui-ci sort d’une limousine. Le reste du temps, l’enfant reste scotché devant la télé, au point de savoir par cœur tous les refrains des spots de pub. À quoi bon faire des enfants si ce n’est pas pour savourer de bons 32 moments et des instants complices avec eux ? Cela m’échappe… Est-il possible, d’après vous, de mener à la fois une vie de star internationale et de maman ? On peut être mère et mener de front une grande carrière d’actrice. Oui, c’est possible. Je mets un point d’honneur à veiller sur l’éducation de mes enfants. Sans pour autant laisser de côté ma carrière. Certes, il y a des jours où je me sens vidée. La tâche est énorme. Mais je ne pourrais pas rêver d’autre chose. Je veux garder les pieds dans cette industrie qui me stimule d’un point de vue créatif et émotionnel. Sans ce sentiment de satisfaction, je crains de ne pas être une aussi bonne mère pour mes enfants. DR Compartimenter sa vie de mère et de star ? C’est un truc à rendre « skizo », non ? Plus maintenant ! Le plus dur, ce fut le tournage des Kill Bill. Dès que je bouclais une scène, je rentrais m’occuper de mon nouveau-né qui devait me prendre pour une sorte de Titi géant dans ma combinaison jaune (rire) ! Et puis, hop, je retournais sur le plateau achever quelques « bad guys ». Le matin et le soir, je maternais, j’étais propos recueillis par Franck Rousseau, à Los Angeles amour, tendresse, dévotion, et pendant la journée je tuais et incarnais un concentré de violence, de souffrance et de haine. J’étais impitoyable (silence). J’exerce vraiment un métier de tarés (rire) ! Mais je vous rassure : j’en suis consciente, et je sais surtout comment ne pas sombrer dans la folie. Vous croyez quoi ? Qu’en changeant les couches de mon petit, je m’amusais à le faire sauter en l’air en poussant le « kiai », ce fameux cri qui tue et que poussent les karatékas (rire) ? L’ultime horreur pour une mère de famille, c’est quoi ? Perdre un enfant, bien sûr. Mais l’inverse occasionne autant de ravage, vous savez. Perdre sa maman, c’est aussi le top de l’horreur. J’ai un ami qui me racontait que sa grand-mère avait perdu la sienne à l’âge de cinq ans et que, à cause de ça, la mémoire de la famille, les souvenirs ancestraux n’avaient pas pu être transmis. Une famille amnésique, sans racines, sans
histoires à raconter à ses petits-enfants, je pense que ça doit être quelque chose d’assez insupportable à vivre ! Il doit manquer une pièce du puzzle ad vitam aeternam… Quelle est votre philosophie de vie ? J’ai été élevée par des parents progressistes et néo-hippies. Dois-je vous rappeler également que mon père est un expert en bouddhisme tibétain et ami intime du dalaï-lama et que ma mère avait épousé en premières noces Timothy Leary, chantre du LSD ? Un type qui ne concevait pas de passer une seule journée sans prendre un « speed ». Avec un tel « background » psychédélique, un tel creuset éducationnel, je ne peux que rester zen. Quoi qu’il advienne… Concrètement, « Uma », ça signifie quoi ? « À la croisée des chemins » ! Uma est la réincarnation de Parvati et signifie également « puisse-t-elle ne pas souffrir ». En népalais : « dispensatrice de bienfaits » ; c’est aussi le nom de la déesse des déesses dans la mythologie indienne. Cela veut également dire « cheval », en japonais. « chaussettes », en swahili. « Grand-mère », dans un autre langage. Et c’est un préfixe féminin dans un autre. Je crois même que, en ouïgour, ça se traduit par… « laveuse de carreaux » (rire) ! Quant à mes trois frères, ils s’appellent Gandem, Dechem et Mipam, et si je vous explique ce que signifient leurs prénoms, nous ne sommes pas sortis de l’auberge ! Pourquoi ne pas avoir perpétré la tradition des prénoms tibétains avec vos enfants ? À mes yeux, les prénoms ont une puissance et une résonance incroyables. Avant d’appeler ma fille Maya Ray, j’avais songé à Hedda, comme l’héroïne d’Ibsen. Puis je me suis dit que je ne voulais pas qu’elle soit obsédée par son père avant de se tirer une balle dans la tête à cause de sa vanité. J’ai donc opté pour un prénom plus rayonnant… En ce qui concerne Levon, je dois vous avouer que je ne suis pas très satisfaite de mon choix. Il ne se passe pas une journée sans que je me dise : « Mais qu’est-ce qui m’a pris de l’appeler comme ça ! » Levon, ça ne lui va pas. Avec ma fille, on l’a appelé Roan. Mais ça ne nous plaisait pas non plus, alors finalement nous sommes revenues à son prénom d’origine : Levon (rire) ! Ce qui serait bien, ça serait de pouvoir attendre plusieurs mois, que son enfant grandisse et révèle son véritable caractère avant de lui donner un prénom définitif. Pendant des années, vous vous êtes fait traiter de « grand cheval », à l’école. Comment préparez-vous Maya Ray, déjà gigantissime paraît-il, à affronter ce genre de quolibets ? À 12 ans, je faisais 1,75m. Pour une ado, ce n’était pas banal. Même aux États-Unis, où les gens sont relativement grands. Avant, ça me filait des complexes. Et puis j’ai appris à utiliser cette « tare » comme un avantage. Comme une force, même. Lorsque vous êtes grande, vous pouvez regarder les hommes droit dans les yeux. Ça vous permet d’être sur un pied égalitaire et de ne jamais passer pour une faible femelle en quête de protection virile. Sauf si, bien sûr, l’homme qui vous charme a une tête de plus que vous : dans ce cas-là, on se laisse aller. Ça fait du bien, parfois, de se dire que, pour embrasser l’être aimé, il faut soulever les talons. Je vous raconte ça, je me demande bien pourquoi. Ce n’est guère d’actualité en ce moment. Votre fille Maya a 11 ans. La période ado, vous ne la redoutez pas trop ? Si, parce que ma fille me ressemble. Lorsque j’étais ado, j’étais boursouflée à cause de crises d’acné carabinées. J’ai passé mes quatorze premières années à m’entendre dire que j’étais un laideron et il a fallu que j’attende que mon visage soit assez grand pour porter un gros nez comme le mien (rire) ! Au lycée, les garçons ne m’aimaient pas ; ils craquaient plutôt pour les autres filles. À l’âge de la puberté, j’étais surtout beaucoup plus ronde que maintenant. Je mangeais en moyenne six fois par jour, parce que j’adorais céder à tous mes désirs. Tous mes caprices. « Teenager », mon meilleur ami, c’était le frigo ! Alors, quand je lis dans un magazine féminin « Uma Thurman = sex-symbol », je me marre... Pendant la promotion de Petites Confidences (à ma psy), vous aviez déclaré que vous aviez vous-même consulté un psychiatre. Vous souffriez de quoi ? Vous vous doutez bien que lorsqu’on voit un psy, ce n’est pas pour des problèmes lombaires… C’était une époque de ma vie où je ne me sentais pas en phase avec moimême. Je me réveillais parfois le matin en ayant le sentiment d’être une barrique de joie, puis, le lendemain matin – allez savoir pourquoi ! –, j’avais l’impression d’être un tonneau rempli de larmes. Comme j’en avais assez d’être ainsi, j’ai consulté. Durant combien de temps ? Jusqu’à ce que mon psy passe l’arme à gauche (rire) ! Il paraît que vous êtes une instable ? Que vous ne tenez jamais en place ? J’ai déménagé, à une période de ma vie, quinze fois en huit ans, alors oui, vous pouvez dire d’une certaine manière que je suis une instable. Un mot pour vous qualifier ? Bohème. Un mot que vous ne pouvez pas supporter ? Perfection. 33



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