BIZweek n°216 2 nov 2018
BIZweek n°216 2 nov 2018
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°216 de 2 nov 2018

  • Périodicité : hebdomadaire

  • Editeur : Capital Publications Ltd

  • Format : (260 x 370) mm

  • Nombre de pages : 14

  • Taille du fichier PDF : 3,2 Mo

  • Dans ce numéro : la Chine annonce des mesures de soutien.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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VENDREDI 02 NOVEMBRE 2018 BIZWEEK ÉDITION 216 POST SCRIPTUM Le Fonds monétaire international (FMI) met en garde un grand nombre de pays dont l’endettement s’est considérablement accru ces dernières années (l’exemple de Djibouti est le plus éloquent, sa dette publique est passée de 50% à 85% du PIB en deux ans), notamment là où la Chine a pu investir via son projet de Nouvelles routes de la soie. La dette auprès de Pékin atteint 132 milliards de dollars depuis vingt ans. Les ressources naturelles aident à rembourser la dette contractée par hypothèque. Les minerais ou les hydrocarbures participent au remboursement. Ce poids économique de la Chine peut constituer des débats de politique intérieure comme l’ont montré les mécontentements des populations africaines récurrents, en particulier sur les questions d’emplois, de tissu économique et industriel, et de concurrence déloyale de la part des entreprises chinoises. Voies ferrées et sécurité chinoises Premier partenaire commercial du continent, la Chine investit donc peu, mais développe une présence tous azimuts, relevant d’une intelligence économique fine et d’une stratégie concertée. Les infrastructures (réseaux de transport, bâtiments, hôpitaux, ports, etc.) représentent probablement le premier secteur d’activité chinoise en Afrique. Par exemple, les voies ferrées entre Mombasa et Nairobi, entre Djibouti et l’Éthiopie ou encore au Nigeria sont autant de réalisations d’aménagement du territoire que des initiatives stratégiques de connexions assurées par deux grands acteurs, l’EximBank et la Banque de Développement de Chine. Leurs présidents respectifs, Hu Xiaoliang et Zheng Zhijie, étaient d’ailleurs présents au sommet, signalant ainsi le poids de ces banques dans la politique étrangère de Pékin. L’agriculture, l’industrie textile, la diplomatie culturelle mais aussi le secteur de la défense et de la sécurité connaissent un développement important via des partenariats bilatéraux venant concurrencer les puissances traditionnelles et principalement occidentales en Afrique. L’Armée populaire de libération a tenu en juin dernier à Pékin son premier Forum sino-africain sur la défense et la sécurité, accroissant son influence auprès des acteurs africains. L’agence Moody’s évalue a près de 2 500 entreprises chinoises installées en Afrique et 114 milliards de dollars d’échanges pour l’année 2016. Difficile à chiffrer, tant les flux démographiques sont importants et souvent sous-estimés, il y aurait plus d’un million de Chinois en Afrique. Un film retraçant les projets chinois en Afrique est diffusé par la chaîne de télévision chinoise (China Global Television Network) sur tout le continent africain. Logique impérialiste Pékin instrumentalise sa relation asymétrique forte avec les pays africains. Le chercheur Jean-Pierre Cabestan suggère que « la Chine n’est pas dans une logique néo-coloniale mais davantage hégémonique, voire d’impérialisme ». L’Afrique constitue également un marché et un espace de soustraitance (main-d’œuvre et tissu industriel dans les parcs) en écho à un appareil industriel en pleine mutation depuis la crise financière d’il y a 10 ans. La Chine souhaite prendre des parts de marché dans les télécommunications, l’industrie culturelle et plus largement la digitale via ses grands groupes Alibaba, Tencent, Huawei ou ZTE. Ces derniers jouent et joueront un rôle important dans l’équipement des réseaux des capitales africaines. A travers une approche régionale découpée entre la façade maritime de l’océan indien (Djibouti et la base militaire, le Kenya, la Tanzanie ou encore le Rwanda), une ouverture sur l’Afrique de l’ouest et du nord (par la Méditerranée) et enfin l’Afrique australe (polarisé sur le partenaire économique et politique privilégié, membre des BRICs, l’Afrique du Sud) la diplomatie de Pékin vise à une couverture géographique de l’ensemble du continent. Au cœur de cette stratégie repose la promotion active du projet des « nouvelles routes de la soie ». Le développement d’infrastructures portuaires, ferroviaires et routières permettrait à l’ensemble des pays africains de s’intégrer plus profondément dans les processus de mondialisation déjà en place dans la région. Une dette utile Face aux critiques occidentales et du FMI, Pékin souffle le chaud et le froid sur les problématiques de la dette en assurant de nouveaux prêts et en promettant un investissement plus concerté. Un effort apprécié de nombreux dirigeants africains, à l’instar de Macky Sall, président sénégalais, qui a ainsi déclaré  : « Tout ce que nous faisons avec la Chine - j’insiste là-dessus - est parfaitement maîtrisé, y compris le volet financier, le volet de la dette ». Le Sénégal, pays stratégique en Afrique de l’ouest pour la Chine assurera d’ailleurs la coprésidence tournante du FOCAC et accueillera le prochain sommet en 2021. Plusieurs mémorandums ont été signés la veille du lancement du sommet, en bilatéral avec notamment la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso (récemment revenu dans le giron diplomatique de Pékin), le Gabon, le Nigeria ou le Cameroun, tous dans le cadre du projet chinois des routes de la soie. La diplomatie chinoise, très active sur le continent n’est pas achevée et rencontre plusieurs limites. La sécurité des ressortissants, la concurrence avec les puissances occidentales, le choix varié et mondial des pays africains dans les partenariats et les mécontentements des populations africaines sont autant de défis pour la politique africaine de la Chine. EMMANUEL VÉRON, Enseignant-chercheur, responsable de la géographie et de la géopolitique à l’Inalco, Institut national des langues et civilisations orientales **La version originale de cet article a été publiée sur « The Conversation » 12



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