Bing Bang n°53 déc 12/jan-fév 2013
Bing Bang n°53 déc 12/jan-fév 2013
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°53 de déc 12/jan-fév 2013

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Edibang

  • Format : (245 x 320) mm

  • Nombre de pages : 116

  • Taille du fichier PDF : 23,6 Mo

  • Dans ce numéro : la culture, un luxe indispensable.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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64 Le luxe, On en fait tout un plat Humeurs de table Voltaire voyait dans le luxe une « chose très nécessaire ». Oui, mais nécessaire à qui ? Où l’on peut voir que les truffes ne sont pas toujours dans l’assiette… Pour Noël, on sort un numéro spécial luxe, dit-il. Bon. Normal. Noël, le luxe, ça fait couple. Comme Pâques et les cloches. Peut-être qu’à Pâques, on sortira un spécial cloche. Il y aura du boulot. Justement, je roulais vers Alba, Piémont. J’étais en situation : le luxe, c’est une truffe blanche d’Alba, la vraie (magnatum). Pourquoi ? Parce que pas loin de 5 000 € le kilo. Et pourquoi 5 000 € ? Parce que, dans l’ordre : impressionnante concentration aromatique, rareté, grosse construction imaginaire. Et du mystère entretenu, c’est à dire un peu de magie. Ouah, mais alors, un max de plaisir ? Euh, pas sûr. Les rapports entre le luxe et le plaisir sont très complexes, pour ne pas dire ambivalents. En l’espèce, on pourrait dire qu’on en jouit par ce qu’il nous en coûte. Et que plus ça coûte, plus ça nous est cher. Chez les Romains de la décadence (le luxe n’est jamais loin de la décadence), on bouffait des perles au vinaigre et de la poudre d’or. Gustativement, ça ne vaut pas un clou. Où est le plaisir ? Ailleurs, dans le symbole. Assimiler de l’or ou de la truffe à prix d’or, c’est se valoriser soi-même au regard du commun. Autrement dit, valider un ordre où il importe, d’une façon ou d’une autre, d’accéder au dessus du panier. Telle est, me semble-t’il, la fonction profonde du luxe ; elle est clivante et très largement sociale. Le plaisir n’en est pas exclu, loin de là. Mieux vaut manger de la truffe que du mou de veau ou rouler en Porsche qu’en Kangoo, même à vitesse limitée. La question est tout autre : quelle est la nature réelle de ce plaisir ? Qu’est-ce qui nous pousse à aimer (adorer serait plus juste) ce qu’on aime ? Parce qu’à l’examen, on s’aperçoit vite que le luxe, c’est surtout une idée reçue, pas du tout spontanée, mais instillée par une société qui est moins une société de consommation qu’une société de la rareté. Euh oui, mais concrètement, le luxe, qu’est-ce ? Un tramway sur une pelouse ? Une truffe sur une assiette en vermeil ? Une marque sur un sac ? Un peu tout ça, justement, selon les situations et les époques. Le lieu de confrontation entre l’utile et le superflu, on pourrait dire. Minimale dans le premier cas, maximale dans le dernier, jusqu’à frôler l’abstraction démonstrative : un nom, un support. Quoi de plus moche qu’un sac Vuitton, franchement ? Où est le plaisir de se balader avec ça au bras, sinon d’en afficher la marque et consécutivement, le prix, afin de bien montrer qu’on n’est pas soi-même de la roupie de sansonnet… ? Ce n’est qu’un exemple, il y en a pas mal d’autres à tous les étages de l’apparence, mais pas trop : la magie cesserait d’opérer. Le luxe ne prospère dans notre logique profondément hantée par la croissance que parce qu’il se fait rare, sélectif, exclusif. Et dans « exclusif », il y a « exclure ». Malaise. Même s’il s’agit d’un produit (objet) qualitativement, du moins quantitativement, exceptionnel. Genre le symbolique caviar, ou la bouteille de Romanée Conti à 1 500 €. Ou la truffe blanche d’Alba. On vous y objecte qu’il en faut très peu pour transcender l’assiette (ça met tout de même le plat de spaghettis truffés à 100 € ) tout en admettant gentiment en entretenir plus ou moins la pénurie - il n’y en a pas cette année ! C’est tellement dur à trouver ! - parce qu’à se répandre bien sûr, à se pouvoir partager, le produit perdrait de sa valeur. En même temps, pour mobiliser les foules et les médias, on orchestre à grands frais de très agréables et très attirantes manifestations avec people, folklore et bénédictions. Manière, on y revient, d’entretenir le mythe, la croyance, le manque surtout. Le manque, donc le désir, ce désir qu’il faut attiser pour le transformer en frustration, presque en besoin. Ils le savent bien ceux qui nous inventent tous les jours un nouveau père Noël (créé, rappelons-le, par Coca Cola) que dans ces éléments réside la meilleure assurance de plus-value. Le luxe, voilà, c’est l’expression parfaite de la marchandise sacralisée. Donc du capitalisme. S’agissant de notre sujet, il faudrait ensuite parler des produits dérivés de la truffe, censés permettre au vulgaire d’approcher le vrai luxe (huiles, pâtes, arômes et tutti quanti) - qui sont à 99% de parfaites arnaques à peine dissimulées. Mais bon, on a compris ; c’est ce qu’on appelle les bénéfices induits. Et puis, on ne peut pas lire toutes les étiquettes, et à quoi bon si on trouve son plaisir ? Alors, joyeux Noël. Moi, je me contenterai de quelques demoiselles de nos côtes, d’une douzaine de coureurs des prés* et d’un prince des mers en habit vert. Pi la bûche et ses nains. Bien sûr que je déconne. Au tarif de cette chronique, je pourrai à peine m’offrir du pain et de la moelle de bœuf, d’où l’amertume… Qu’à cela ne tienne : une tartine bien grillée, de la moelle rosée, voilà pour moi un plaisir sans prix. Avec une râpée de truffe. Jean Maisonnave * intitulés relevés ici et là… (NDLA) P.S. : Bizarrement, le produit alimentaire le plus cher du monde (au poids) n’est pas ressenti comme un produit de luxe. On peut comprendre pourquoi : la légèreté du crocus, l’immense quantité des pistils nécessaires, et le boulot. Le prix du travail, tout est là.
Exemple de plateau à emporter Masami La vraie cuisine japonaise à prix d'ami Masami Akaogi s’est payé le luxe de quitter les grands chefs pour lesquels il avait travaillé jusqu’alors à Beaune (Crotet, Chanliaud, Peugeot) pour ouvrir, avec sa femme, un resto bien à lui à Dijon. Un tout petit resto, dans une rue qui ne savait pas ce que voulait dire le mot gastronomique, ni en français, ni en japonais, à une exception près. Depuis trois ans, il fait le bonheur de tous les amoureux d’une cuisine 100% japonaise. Pas la moindre note d’exotisme, dans le décor ou dans l’assiette : Masami va à l’essentiel en nous offrant, mine de rien, l’expérience des textures, du vivant, d’une simplicité apparente cachant une grande technique. Formules à prix doux le midi, autour des sushi, sashimi, et de délicieux tempura, à ne pas confondre avec des beignets. De toute façon, ici, personne ne vous en voudra si vous ne savez pas prononcer le nom japonais du thon noir (il en a plusieurs), ou ignorez que le chinchard est une variété de hareng, dont la fraîcheur garantit la qualité. Laissez-vous guider par la maîtresse de maison. S’offrir des haricots rouges en dessert est un bon choix, à accompagner d’une des 7 variétés de saké maison, un vin de riz délicieux et servi frais, et qui n’a rien à voir avec la boisson qui vous fait voir des femmes nues au fond du verre. La cuisine de Masami est une cuisine élégante, qui n’a rien à voir avec le luxe, mais qui le vaut bien. Surtout, vous allez pouvoir l’offrir, chez vous, à vos amis, Masami proposant pour les fêtes de nouveaux plats à emporter. Passez chez lui chercher la nouvelle carte, mieux, venez la tester. Vous allez adorer. Formule japanese lunch le midi en sem14,50 €. Sinon, menu tempura 19 € et menu sushi 22 €. Autres menus 24-28 €. Le soir menu plaisir 30-48 €. Plateau à emporter, Pensez-y pour les fêtes ! Masami 79, rue Jeannin, Dijon. 03-80-65-21-80 PUBLICITÉ 65



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