Bing Bang n°51 jun/jui/aoû 2012
Bing Bang n°51 jun/jui/aoû 2012
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°51 de jun/jui/aoû 2012

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Edibang

  • Format : (245 x 320) mm

  • Nombre de pages : 80

  • Taille du fichier PDF : 11,8 Mo

  • Dans ce numéro : banc d'essai... 11 gaspachos à la moulinette.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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66 BB51 > portrait monstre masque à gaz Celui que ses amis nomment Titus Celui que ses amis nomment Titus commence à peindre tout petit et, dès tout petit, il fréquente les ateliers. Formé à toutes les techniques classiques, il fait ensuite des études de philo, par goût, et part pour l’Angleterre en apprendre plus. Pour lui, la philosophie et la peinture font écho à ce même questionnement : « Pourquoi y a t-il quelque chose plutôt que rien ? ». C’est son interrogation première, sa phrase fétiche. Bien entendu, il cherche toujours. Le questionnement est le même, qu’il soit philosophique, pictural ou graphique. « Bon, en ce moment je peins un visage. Une fois épuré de tous les détails, ça reste un visage, mais c’est plus le squelette, l’essence d’un visage. Transformé, nié, il questionne sur le retour sur soi. Il est sombre, il vous fait penser à telle ou telle chose. Est-ce que la finalité de l’œuvre, c’est le sentiment ressenti ? Est-ce qu’il y a un message ? Non, il n’y en a pas. Le seul message qui soit est : vous avez un objet devant vous, pourquoi un objet plutôt que rien ? » « Le jour où je saurais pourquoi je peins, ce visage avec cette expression, je crois que j’arrêterai de peindre. La peinture n’est qu’un prétexte. Qu’est ce qui fait qu’il y a une toile, une rencontre avec le public plutôt que rien ? » Titus peint de très grands formats, dans un garage rebaptisé l’Atelier, un lieu souvent ouvert et partagé. C’est là que les toiles naissent, des portraits étranges, sombres, façon David Lynch, signées Le Pèse Nerf. C’est là aussi qu’il reçoit les acheteurs potentiels, une fois, deux, dix fois avant de leur vendre un de ses tableaux. Il tient à ce que les gens s’impliquent, même dans l’achat. « Mes toiles ne sont pas des paquets de nouilles, je ne suis pas un produit de consommation ». Malgré la difficulté, de bons collectionneurs le suivent depuis longtemps. Le Pèse Nerf préfère rester rare, ne pas trop s’exposer et vendre à l’extérieur. Il refuse certaines ventes, discrètement. Drôle de Zig, il refuse également que ses tableaux soient achetés avec des fonds publics. « Même s’il est évident que la culture ne peut pas vivre sans, que c’est un ciment, comme l’éducation, moi je n’en ai pas besoin. Je refuse que l’argent d’un plus pauvre que moi me revienne. Ça sert à servir le groupe, la communauté mais pas moi. » Début octobre, Titus ouvre avec des partenaires privés, et sans subventions, deux lieux en centre-ville : La petite fabrique, cent mètres carrés pour créer, expérimenter, chercher, tester et La Fabrique, un local plus grand pour exposer des artistes dans d’excellentes conditions et qui, en partenariat avec des compagnies de théâtre, deviendra un lieu de répétition et de spectacle. « Un artiste est obligatoirement politisé parce qu’il s’inscrit dans une cité et qu’il porte un projet de société. Ma politique à moi, c’est de dire que la culture doit être préservée, mais ce n’est pas une espèce de niche fiscale, culturelle, où l’on prendrait sa subvention et on travaillerait dans son coin. La culture est faite pour retourner au public. On n’est pas exemplaire, mais on veut montrer l’exemple : voyez, on peut y arriver, il y a plus d’éventualité de se planter que pas, c’est difficile, mais en tout cas, on fait vivre la culture. » Alors, à La Fabrique, il y a de grandes chances pour qu’il y ait beaucoup de choses à voir et à entendre plutôt que rien… Françoise Perrichet
\`\\II I III/0'% BB51 > billet de retour N°10 I/in/11110.. De la tête de veau à la tête de l’art Retour de Metz. Jolie ville, Metz. Plutôt jaune et rouge, pas du tout la grisaille attendue de ces contrées malmenées par l’histoire et les frimas. Avec aussi des raideurs d’ancienne citadelle (corollaire : beaucoup d’espaces récupérés pour le logis, la culture, le tourisme et autres activités jusque là subalternes ; on voit ça partout, même ici). Esplanades rimbaldiennes, avenues néo gothiques, ruelles rêveuses et, unique de ce côté du Rhin, une gare aux sur-dimensions wagnériennes avec mosaïques et statues (dont les libérateurs s’empressèrent de raser l’impériale moustache). Et la Moselle qui traverse la ville comme une pensée traverse l’esprit. Avec une île et un port de plaisance… Derrière la gare, là où sévissait jadis une friche déprimante, le Centre Pompidou de Metz, but du voyage. On aurait pu y mettre comme en d’autres contrées post industrielles un parc d’attraction ou un ensemble touristique, manière de conjurer la déprime en relançant un peu l’économie, mais non ; là, un musée d’art contemporain avec une architecture et une philosophie assez radicales. On saisit le risque. On salue le pari sur l’avenir et, encore, la pensée qui traverse l’esprit. Pourquoi j’en parle ? Parce que j’y ai vu en action l’exacte expression de ce que j’écrivais la dernière fois (BB n°50) à propos de l’auditorium, la culture et tout ça. A savoir que sans médiation conséquente et systématique, l’art ne sera jamais qu’un moyen supplémentaire de valider dans les consciences l’ordre et la hiérarchie des sociétés. « Quand c’est beau, c’est beau, il n’y a pas besoin de comprendre », on dit. Et alors ça, j’y crois pas du tout. Quand Camus écrit que l’émotion est la qualité supérieure de l’intelligence, je préfère prendre ce mot dans son acception première : ce qui est intelligible,ce qui est rendu intelligible.Pour trouver ça beau,il faut avoir les moyens de trouver ça beau. Surtout l’art contemporain où le concept domine souvent, où l’émotion est très consécutive, ou alors négative de prime abord. Ce que j’ai vu à Metz, c’est d’abord un magnifique ensemble d’oeuvres de Sol LeWitt. Mais c’est aussi un grand nombre de classes, petits et grands cornaqués par leurs profs et par des médiateurs patients et compétents ; et des « gardiens » (des jeunes, probables étudiants en art) capables d’expliquer au spectateur (beaucoup d’Allemands) le pourquoi et le comment du boulot, sollicitant la curiosité, le contact. Des médiateurs quoi ; ça me faisait souvenir d’une fois où j’avais amené au musée d’ici une quatrième de Chenôve. Je leur avais demandé de réagir, de s’exprimer. On s’était fait engueuler parce qu’on faisait du bruit. On devait déranger les sculptures, vu qu’il n’y avait personne d’autre. Si:les gardiens. Aujourd’hui encore, la honte me saisit de ne pas avoir assommé l’adjudant appointé qui nous avait admonesté avec condescendance. C’était il y a longtemps, trop. Je n’ai plus jamais emmené de classe au Musée. Maintenant,je sais que les choses ont changé.Je sais.Mais pas assez,loin s’en faut.Et pas partout. Autre chose, sans quitter la médiation : au Pompidou de Metz, il y a deux restaurants. Un self en bas avec un espace pique-nique partiellement couvert, pas cher. Et un restau au-dessus. J’ai plutôt été audessus, pour cause de tête de veau. Des restaus de musée, j’en ai fait C'EST DÉCIDÉ VOUS AUSSI, PRENEZ VOIRE DESTIN EN MAIN, INSTALLEZ-VOUS A METZ Mi TROPOLE ILS SINSTAOEENT AMuL ! quelques-uns, ils traitent souvent la question par dessus la jambe. Quelques exceptions, Bordeaux par exemple, l’Entrepôt Lainé, où en plus la vue est belle. A Metz, tout est pro, cohérent, les vins expliqués, la tête de veau travaillée, digne de figurer sur une cimaise s’il n’y avait pas mieux à faire avec une tête de veau. Je sais qu’ici, à l’Usine, ils réfléchissent avec Zuddas à un concept de cuisine itinérante à géométrie variable. C’est une belle idée,difficile. Et voici que je dois ajouter, juste après avoir terminé cet article, que le nouveau musée des beaux-Arts sera lui aussi doté d’un vrai restau avec une vraie cuisine confiée à deux jeunes cuisiniers de talent ; on y reviendra.Personnellement, j’y reviendrai vite, surtout s’il y a de la tête de veau bien réaliste, avec une gribiche absolument pas conceptuelle. Parce que ça aussi c’est de la médiation et qu’il n’y a pas de meilleur métier que de faire aimer ce qu’on sait aimable. Même s’il y faut parfois une longue patience, avec tous ces innombrables clampins qui s’en tamponnent sans remords. Jean Maisonnave 67



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