Bigre n°23 fév/mar 2019
Bigre n°23 fév/mar 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°23 de fév/mar 2019

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Association Bigre

  • Format : (170 x 245) mm

  • Nombre de pages : 52

  • Taille du fichier PDF : 12,0 Mo

  • Dans ce numéro : parler bulles, on aime !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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BIGRESSE FARI, 15 MINUTES POUR CHANGER DE VIE ! P./20
BIGPESSE L’Iran, en 1981, ça n’avait rien de bien chouette pour les activistes de gauche. Khomeini, de retour après 14 ans d’exil, impose sa République islamiste et ce n’est pas au goût de tout le monde. Alors, pour Fari Salimy, il aura fallu fuir pour sauver sa peau ! Parcours d’une femme de cœur qui s’est installée en France et s’y est engagée. Militante et bénévole, réfugiée politique, mère de deux enfants et d’origine iranienne, Fari est une femme de caractère, impliquée à 100% et laissant sur son passage une véritable joie de vivre qui nous ferait presque oublier son récit tumultueux. Nous sommes en 1981 et tout commence en Iran lorsque « la police a attrapé un copain lors d’un contrôle routier. Il était armé. Mon ex-mari (d’origine kurde) était dans la police militaire. Il est allé le chercher, l’a sorti de là mais c’était prendre un gros risque. Quelques heures plus tard, nous avons été avertis que la police venait nous arrêter. En 15 minutes, nous avons fui et laissé notre vie sur place. » Alors enceinte de 6 mois, avec une petite fille d’à peine 2 ans, ils prennent la route. Elle met le voile islamique pour la première (et dernière) fois. Objectif  : rester en vie ! De Téhéran à Bagdad en passant par Ispahan, Chiraz, les montagnes kurdes, les petites routes de terre en zigzag parsemées de contrôles policiers... Fari ne retient qu’une chose  : ce sont « les volontés et les attentions des gens qui nous font avancer ». « On a vraiment eu de la chance, on a rencontré des personnes formidables ». Quitter l’Iran fut un moment difficile. Elle se souvient exactement ce que lui a dit son mari lorsqu’elle a dû faire le choix le plus cornélien de sa vie  : « Regarde ton mulet, il a deux pieds sur la terre irakienne et deux pieds en Iran. Si tu t’en vas, tu ne sais pas quand tu reviendras ». Finalement, elle n’est jamais revenue et ça fait déjà 36 ans. « C’est le 30 octobre 1982 à 7h du matin, avec un temps pourri, que l’on a atterri à Orly » se souvientelle. Ah la France... le fameux pays des droits de l’Homme qui fait tant rêver... Mouais enfin, « personne dans le pays ne nous a accueillis » et puis, Paris c’est (trop) grand. Cap sur Nantes. « On a été hébergés dans un foyer à Pin Sec. Le 2 e étage était réservé aux réfugiés politiques. Il y avait toutes les nationalités (...) et on parlait avec les mains. C’était vraiment sympa ! ». Quatre mois plus tard, ils emménagent aux Dervallières. Premier jour à l’école maternelle pour sa fille, Fari devient alors parent d’élève, sans même parler français ! « Dans ma famille, on s’est toujours 0%. P./21 investis dans les écoles. Et c’est là que ma vie a été tracée. » Elle poursuivra ce type d’engagement auprès de la Confédération Syndicale des Familles (CSF), de la Maison de Quartier des Dervallières, de Nantes Métropole Habitat, et se fait petit à petit sa place. Même si ça n’a pas toujours été facile pour Fari, elle n’a pourtant pas spécialement subi le racisme. Sa fille non plus d’ailleurs. En revanche son garçon a dû prendre sur lui tout au long de sa scolarité et essuyer des propos discriminants dès le plus jeune âge. Ça a commencé dès l’école maternelle. Précoce, il a été confronté à une maîtresse réfractaire à prendre en considération ses capacités. « Elle n’était pas faite pour enseigner à l’école publique. Elle ne fonctionnait qu’aux préjugés. Je me suis battue pour que ça change. » Fari se rappelle bien des propos qu’elle a entendus et en garde la gorge serrée, « de toute façon madame, votre fils ne passera pas en CP. Il ne réussira pas sa vie car les étrangers ne peuvent pas réussir. » Rebelote au collège puis au lycée. Un véritable parcours de combattant qui n’a pas fait peur à Fari qui batailla sans relâche pour que son fils réussisse. Bac en poche, premier de sa promo, il intègre Polytechnique, valide son doctorat et aujourd’hui, le voilà ingénieur-chercheur. Fière de son fils, Fari n’a pas manqué d’aller voir les personnes qui ne croyaient pas en lui pour faire bouger les lignes. Quand la vie est un chemin semé d’embûches, même en partant de rien, on peut réussir. Seulement, pourquoi lorsque l’on est différent, faudrait-il que ce soit encore plus difficile ? « Les gens te jugent alors qu’eux-mêmes sont incapables de le faire », conclut Fari en revenant sur le succès de son fils à l’école. Elle conseille à tous parents d’éduquer les valeurs du respect l’un envers l’autre à leur enfant car « si je respecte les autres, ils me respecteront » et ajoute, « il faut respecter tout le monde. Ne pas regarder la couleur, les origines, regarder l’être humain en face de soi ». « Défendre ses enfants, c’est normal » mais il faut aussi « arrêter le schéma de l’enfant roi » affirme-t-elle. Et si la vraie réussite, c’était celle de l’école de la vie ? MAËLANE GUÉRIT-GUILLON



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