Aviation Civile n°389 jan/fév/mar 2020
Aviation Civile n°389 jan/fév/mar 2020
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°389 de jan/fév/mar 2020

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Babel

  • Format : (200 x 270) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 2,3 Mo

  • Dans ce numéro : le drone prépare sa révolution industrielle.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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• #389 • Janvier 2020 14 TEMPS FORT décryptage Le drone face aux défis des nouveaux usages Nuisances sonores, cybersécurité, respect de la vie privée, sécurité des opérations de grande élongation, cadre réglementaire… Réunis au siège de la DGAC en juillet dernier, les acteurs de la filière ont rappelé les enjeux liés au développement des nouveaux usages du drone. ne ligne commerciale qui livre depuis U 2016 des colis par drone à une pépinière d’entreprises dans le Var et une autre en cours de test dans les Alpes, une flotte de drones chargée de surveiller jour et nuit les infrastructures linéaires de la SNCF, près de 150 drones programmés chez RTE (Réseau de transport d’électricité) l’an prochain pour inspecter ses installations, des vols hors vue longue distance pour des missions de cartographie… En juillet dernier, lors de la deuxième édition du Forum organisé par le Conseil pour les drones civils (CDC), opérateurs, constructeurs industriels et autorités réglementaires sont venus témoigner de l’évolution rapide de la filière et faire le point sur les enjeux et les défis de la « nouvelle révolution industrielle » qui s’ouvre aujourd’hui. « Il y a trois ans, à l’occasion du premier Forum sur le sujet, on commençait à mener des expérimentations complexes. Aujourd’hui, on essaye de développer un usage véritablement courant du drone, inséré dans des processus industriels à tous les niveaux », souligne Pierre Moschetti, sous-directeur de la construction aéronautique, à la DTA 1 . Si la mise en place, dès 2012, d’un cadre réglementaire a favorisé le décollage dans l’Hexagone des aéronefs circulant sans personne à bord, le développement de nouveaux usages pose plus que jamais les questions de leur acceptabilité par la population et de leur sécurité. MESURER L’IMPACT D’UN NOUVEAU BRUIT Dans l’immédiat, c’est la question des nuisances sonores qui préoccupe les acteurs du secteur. Une question délicate qui dépasse les seuls aspects techniques et qui relève de la perception subjective des riverains face à un bruit auxquels ils ne sont pas habitués. L’apparition de ces nouveaux bruits, dans un environnement urbain jusqu’à présent uniquement survolé par des hélicoptères, peut en effet susciter des réactions de rejet. En témoignent les protestations des habitants de quartiers résidentiels de Canberra ne supportant pas le niveau sonore de drones de livraisons, comparable au volume élevé d’une télévision. « On sait à peu près quel est le bruit des petits drones actuels, mais lorsque l’on se projette dans des applications comme la logistique urbaine, on entre dans des niveaux et des fréquences de bruit inconnus », observe Carine Donzel-Defigier, adjointe au sous-directeur de la construction aéronautique. Des études financées par la DGAC et menées par l’Onera 2 viennent tout juste de débuter pour construire une base de données afin de mesurer le bruit des drones. Plus globalement, un processus d’acculturation est aujourd’hui indispensable pour une meilleure prise en compte de ces craintes par le secteur. Face au risque d’intrusion dans la vie privée de ces véritables caméras volantes pilotées à distance, par exemple, les télépilotes ne peuvent ignorer les règles de droit pénal réprimant toute atteinte à la vie privée et à l’image de la personne ainsi que les règlements de la Cnil 3 . ENTRE NORMALISATION ET CERTIFICATION Dans le domaine de la sécurité, bon nombre d’acteurs de la filière sont par ailleurs encore très proches de la culture industrielle des objets connectés, dont la logique est incompatible avec le développement de nouveaux usages du drone, plus complexes et présentant un niveau de risque plus élevé. Des évolutions notables doivent être réalisées notamment pour renforcer la cybersécurité des drones et fiabiliser les systèmes. Des solutions visant à empêcher certains drones de survoler des zones sensibles (« geofencing ») ou à les contenir dans des espaces déterminés (« geocaging ») sont également en cours de développement chez Thales. Mais, cette amélioration de la sécurité destinée à accompagner l’essor des nouveaux usages du drone doit aujourd’hui être considérée à l’aune de la nouvelle réglementation européenne, publiée en juin dernier. « En schématisant, on peut dégager deux logiques industrielles, avec d’un côté un système de normalisation et des règles de marquage CE pour les petites machines présentant un faible niveau de risque et, de l’autre, l’application de principes issus de l’aéronautique, comme la certification, pour
les opérations les plus complexes, telles que les vols hors vue et en zone urbaine », résume Pierre Moschetti. DÉFIS TECHNOLOGIQUES Pour les drones présentant peu de risques et entrant dans la catégorie « ouverte » du cadre réglementaire européen, des standards techniques répondant aux prérequis de sécurité sont en cours d’élaboration en Europe, avec le concours notamment du Conseil pour les drones civils. Pour les machines nécessitant des équipements de sécurité certifiés, le chemin est encore long, et la clé d’un développement industriel passe par la création de partenariats entre les différents acteurs de la filière. « Technologiquement, c’est très ambitieux car il faut arriver à faire entrer une avionique complète dans ces machines, note Pierre Moschetti. Il faut grosso modo faire tenir cette avionique drone dans un dixième de la masse (et du volume) de celle d’un petit hélicoptère. » Réunissant Safran, Thales, Orange et l’Onera et financé par la DGAC, le projet Avocettes vise à développer cette avionique sécurisée permettant le vol de drones hors vue. Reste un dernier élément indispensable à la réalisation de cette révolution industrielle de la filière : la mise en place d’un système capable de gérer le trafic aérien des drones. C’est l’objectif de l’U-space, un ensemble de services destiné à assurer l’intégration en toute sécurité d’un grand nombre de drones dans l’espace aérien. Un réseau européen de démonstrateurs a été lancé en juin 2018 et la DSNA 4 conduit aujourd’hui des expérimentations en vue de créer une plateforme digitale opérationnelle à l’horizon 2023. Autant dire demain… • 1. Direction du transport aérien 2. Office national d’études et de recherches aérospatiales 3. Commission nationale de l’informatique et des libertés 4. Direction des services de la navigation aérienne 14 KM C’EST LA DISTANCE DE LA PREMIÈRE LIGNE RÉGULIÈRE DE LIVRAISON DE COLIS, DANS LE VAR, AUTORISÉE EN DÉCEMBRE 2016. © iStock 3 questions à… Nous devons nous projeter dans le futur monde industriel des drones » © D. Bascou/DGAC PIERRE MOSCHETTI, SOUS-DIRECTEUR DE LA CONSTRUCTION AÉRONAUTIQUE, À LA DTA Quelles sont les suites données au deuxième Forum du Conseil pour les drones civils (CDC) ? Ce deuxième Forum a permis de définir notre plan de travail pour les trois ans à venir, qu’il s’agisse de la transition réglementaire vers les textes européens, de l’ouverture vers la certification et la normalisation, etc. L’idée était de se projeter sur ce que sera le futur monde industriel des drones et d’identifier les processus qui vont permettre de le construire. Si l’on tient à nouveau un Forum dans trois ans, ce sera pour constater comment nous avons avancé sur ces questions. Quels sont les principaux verrous technologiques à faire sauter pour parvenir à cet usage du drone ? Il s’agit d’abord d’arriver à obtenir des machines capables de démontrer leur niveau de sécurité, avec un basculement de la responsabilité dans ce domaine vers les constructeurs. Il faudra ensuite arriver à concevoir une véritable organisation de l’espace basse couche, via l’U-space. Et enfin, cela va de pair avec la technologie, il faudra établir demain le modèle des formations de l’opérateur, définir les modes d’opérations qui correspondent à des machines sécurisées. Comment le CDC accompagnet-il les travaux de R&D ? Il les accompagne en établissant des priorités collectives dans ce domaine. Ensuite, trouver les moyens financiers nécessaires est l’affaire de la volonté de tous les acteurs, y compris de la DGAC. Nous assumons, pour notre part, pleinement notre rôle d’autorité technique. Des projets montés en commun avec des industriels, comme le projet « Avocettes » (Thales, Safran, Orange et l’Onera) visent par exemple à développer une avionique suffisamment sécurisée pour réaliser des vols hors vue. • #389 • Janvier 2020 15 TEMPS FORT



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