Aviation Civile n°385 oct 18 à mar 2019
Aviation Civile n°385 oct 18 à mar 2019
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°385 de oct 18 à mar 2019

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Babel

  • Format : (200 x 270) mm

  • Nombre de pages : 36

  • Taille du fichier PDF : 4,3 Mo

  • Dans ce numéro : les aéroports, sanctuaires de la biodiversité !

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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#385 Décembre 2018 14 TEMPS FORT décryptage Une biodiversité au service de la sécurité Les actions menées depuis plus de trois ans sous la houlette de HOP ! Biodiversité ont conduit les treize aéroports partenaires de l’association à mettre en place des démarches de sensibilisation et de préservation de la biodiversité, amenées à se développer dans les années à venir. uelque deux cents espèces d’oiseaux, Q des petits mammifères, des espèces de reptiles menacées, une multitude d’insectes, des papillons rares, vingtquatre espèces de chauves-souris, un millier de plantes différentes recensées… une faune et une flore prolifiques, que l’on aurait cru disparues d’une zone apparemment aussi peu hospitalière qu’un aéroport. Pourtant, comme le montrent les données récoltées depuis plusieurs années à travers l’action de l’association HOP ! Biodiversité, à laquelle la DGAC s’est associée, c’est tout le contraire. Alors que les prairies figurent aujourd’hui parmi les milieux naturels les plus menacés sur le continent européen, celles qui sont situées sur les zones aéroportuaires (la moitié de la surface de prairies du Grand Paris) apparaissent comme de précieux refuges pour la biodiversité locale. « Bien avant que ne se multiplient les signaux d’une perte de plus en plus rapide de la biodiversité, nous avons eu l’intuition que les nombreux aéroports français constituaient des îlots de nature quasiment vierge qui permettront le redéploiement de certaines espèces lorsque l’on reviendra vers une agriculture plus raisonnée », explique Lionel Guérin, président et fondateur de l’association HOP ! Biodiversité. Une autre idée reçue consiste à croire que la préservation de la biodiversité sur les plateformes aéroportuaires irait à l’encontre des exigences de sécurité de l’activité aérienne. Là encore, rien n’est plus faux, martèlent les scientifiques, à l’unisson de nombreux acteurs du transport aérien. « Il s’agit au contraire d’améliorer la sécurité en apprenant à gérer cette biodiversité. C’est un changement de stratégie majeur qui consiste à ne plus se focaliser sur des pratiques visant à rendre les plateformes inhospitalières via l’effarouchement ou les prélèvements d’espèces. Il s’agit d’essayer de créer un équilibre écologique sans qu’il y ait une prolifération de telle ou telle espèce végétale ou animale », précise Roland Seitre, docteur vétérinaire et directeur de l’association. CHANGEMENT DE CULTURE Mesure emblématique de cette nouvelle stratégie, le relèvement de la hauteur de fauche sur des parties bien précises de la plateforme permet de concilier biodiversité et sécurité. Laisser pousser le revêtement végétal jusqu’à 40 ou 50 cm de hauteur à certains endroits tient ainsi à l’écart des pistes les oiseaux, qui ne voient pas les graines ni les insectes indispensables à leur nourriture, et craignent par ailleurs la présence cachée de prédateurs. Éviter la pullulation de campagnols qui attirent certains rapaces, limiter la présence de plantes légumineuses qui provoquent de fortes concentrations de pigeons, aménager différemment les zones humides, sont autant de pratiques dont dépend le rétablissement d’un équilibre écologique synonyme de diminution du risque animalier. Si certaines plateformes, comme les aéroports de Châteauroux, Niort et Paris-Orly, ont développé depuis plusieurs d’années déjà des actions d’amélioration de la biodiversité, la création de l’association HOP ! Biodiversité en 2015 a accéléré ce changement de culture. « L’association a vu très tôt que cette question de la biodiversité était en lien avec la gestion du risque animalier et a montré la nécessité pour les exploitants de s’engager dans un véritable plan de gestion », souligne Sylvain Lejal, responsable prévention du péril animalier et environnement à Orly. Basée sur la science participative, la démarche consiste à organiser, à partir de protocoles scientifiques, des visites de volontaires sur le terrain de manière à répertorier les espèces présentes sur la plateforme et à en assurer le suivi. Une démarche qui vise non seulement à alimenter une base de données permettant d’évaluer sur le long terme l’évolution de la biodiversité sur les aéroports partenaires, mais aussi à sensibiliser les personnels de l’aéroport à l’importance de cette biodiversité et à proposer de nouvelles pratiques alliant respect de l’environnement et sécurité aérienne. « L’amélioration de la biodiversité passe par le changement de chacun à son égard, note Lionel Guérin. Cette démarche autour de la vie donne un nouveau sens positif au travail des collaborateurs du transport aérien et leur ouvre de nouveaux horizons. » EXPLOITER LA DENSITÉ DU MAILLAGE AÉROPORTUAIRE Preuve de l’importance grandissante de cette question, la DGAC développe un plan d’action destiné à ancrer ce changement de paradigme au sein du secteur aérien. Outre des mesures de communication et de formation
Patrick Gandil (Directeur Général de l’Aviation Civile), Lionel Guérin (Président de HOP ! Biodiversité), et Olivier Jouans (Directeur du STAC) en visite sur l’aéroport de Castres. à destination des agents, cette feuille de route vise à accompagner le plus grand nombre d’exploitants dans une gestion durable de leurs espaces et à sensibiliser les usagers eux-mêmes. « L’idée de ce plan biodiversité est d’arriver à convaincre chaque année une dizaine d’aéroports d’entrer dans cette démarche. Il s’agit d’un vrai changement de modèle de la gestion des prairies aéroportuaires », affirme Guillaume Van Reysel, adjoint au chef du bureau de l’environnement à la DTA 1. Au sein de la DGAC, le STAC 2 travaille sur les améliorations obtenues grâce à une gestion plus adaptée du couvert végétal. « La France dispose d’un maillage aéroportuaire dense, avec différents types d’écosystèmes, et l’idée serait d’inciter les aéroports qui ne sont pas encore entrés dans la démarche à réaliser des inventaires, afin de disposer d’une base de données plus complète », explique Nathalie Schweigert, chargée de projet prévention du risque animalier au STAC. Ces actions sont autant d’initiatives qui s’inscrivent natuellement dans la Stratégie nationale pour la biodiversité qui vise à préserver, restaurer, renforcer, valoriser la biodiversité et en assurer un usage durable et équitable. 1. Direction du transport aérien 2. Service technique de l’aviation civil 2 200 C’EST LE NOMBRE D’ESPÈCES DIFFÉRENTES DE FLORE ET DE FAUNE RECENSÉES SUR LES 13 AÉROPORTS PARTENAIRES DE HOP ! BIODIVERSITÉ. R.Seitre/HOP ! Biodiversité 3 question à… Une démarche commune" GILLES BOEUF, PRÉSIDENT DU CONSEIL SCIENTIFIQUE DE L’AGENCE FRANÇAISE POUR LA BIODIVERSITÉ ET MEMBRE DU COMITÉ SCIENTIFIQUE DE HOP ! BIODIVERSITÉ Quel est le rôle du comité scientifique de l’association ? Lorsque l’on se penche sur un milieu assez peu connu, il faut un support scientifique qui propose une méthodologie et un suivi des actions menées sur le terrain. Le fait d’aller chercher un groupe de scientifiques transversaux est une garantie de rigueur et de fiabilité. Concrètement, comment intervient-il dans ses actions ? Ces actions ne pourraient pas exister sans les protocoles élaborés par des scientifiques. Une fois les données récupérées, le comité scientifique va les archiver et surtout les synthétiser pour aider à mieux gérer cette biodiversité sur les aéroports. Enfin, ce comité scientifique joue un rôle important dans la formation des participants à cette démarche. En quoi consiste la science participative ? Outre la forte sensibilisation à la biodiversité, elle consiste à allier le travail d’observation de citoyens volontaires sur le terrain et l’apport des scientifiques. Les premiers sont indispensables pour récolter des données et les seconds pour donner une rigueur à travers des protocoles. Elle nécessite un vrai respect mutuel des uns et des autres et d’avoir une bonne restitution finale des résultats. #385 Décembre 2018 15 TEMPS FORT



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