Aviation Civile n°375 jan/fév/mar 2016
Aviation Civile n°375 jan/fév/mar 2016
  • Prix facial : 3,05 €

  • Parution : n°375 de jan/fév/mar 2016

  • Périodicité : trimestriel

  • Editeur : Babel

  • Format : (200 x 267) mm

  • Nombre de pages : 32

  • Taille du fichier PDF : 6,1 Mo

  • Dans ce numéro : vers un nouveau cadre réglementaire.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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28 ESCALE dans le viseur de l’eye-tracking La technologie de l’eye-tracking pourrait permettre de remédier à certains défauts de comportement oculaire des pilotes et ce, par des entraînements plus pertinents, voire par des interfaces homme-machine mieux adaptées. la caméra infrarouge permet de visualiser les points les plus fréquemment balayés par le regard du pilote. Un certain nombre de comportements de pilotes aux commandes sont parfaitement identifiés, mais n’ont jamais pu être mesurés de façon quantitative. « Par exemple, il est connu qu’en cas de panne, les pilotes ont tendance à oublier de surveiller la trajectoire de l’avion, du fait d’une charge de travail additionnelle. En situation plus extrême, le stress se manifeste par une fixité du regard ou, au contraire, en cas de panique, par un regard incohérent. Même en situation normale, du fait d’une trop grande confiance dans les automatismes, on sait que les pilotes ne surveillent pas assez les paramètres critiques tels que la vitesse, par exemple », explique Frédéric Dehais, professeur à l’ISAE 1 Supaéro et titulaire de la chaire de neuroergonomie. Le principe de l’eye-tracking pourrait permettre de corriger ces attitudes non adaptées. Expérimentée aux États-Unis il y a déjà soixante-dix ans, cette technologie s’est beaucoup développée, mais elle n’a encore jamais été validée par l’industrie. Elle connaît aujourd’hui un regain d’intérêt grâce à des initiatives françaises que se partagent le BEA 2, le laboratoire de neuroergonomie 3 de l’ISAE Supaéro et, plus récemment, la DSAC 4. Le reflet dans l’œil Le principe de l’eye-tracking consiste à envoyer un signal infrarouge dans la pupille d’un pilote aux commandes d’un avion. Celle-ci réfléchit instantanément le rayon selon un angle, déterminé par la position de l’œil à cet Aviation Civile magazine n°375 Janvier 2016 Crédit photo  : SAE/F. Dehais instant, qui indique le point sur lequel se porte le regard. Le reflet est capté par une caméra infrarouge qui permet de visualiser en temps réel ou différé la position de ce point sur un écran informatique. « Ce principe permet donc, non seulement de déterminer avec précision ce que le pilote regarde à chaque instant du vol – à l’extérieur comme à l’intérieur du cockpit et, dans ce cas, quel instrument –, mais aussi la durée de ce regard et la fréquence avec laquelle il revient sur le même point », souligne Frédéric Dehais. La pertinence de ce principe et la validité de la technologie disponible ont été démontrées à de nombreuses reprises, au cours de vols sur avions légers et sur simulateurs d’avions de ligne. De nombreuses applications L’eye-tracking constitue ainsi un moyen d’évaluer les interactions entre le pilotage et le comportement oculaire du pilote, c’est-à-dire la Crédit photo  : SAE surveillance que ce dernier exerce sur les paramètres critiques en fonction de la situation, que celle-ci soit normale, dégradée ou même d’urgence. Cette technologie trouve de fait de nombreuses applications. Des études poussées de comportements de pilotes placés dans différentes circonstances permettront d’améliorer leur parcours visuel, c’est-à-dire l’ensemble des informations qui doivent impérativement être surveillées en fonction de la situation présente et, éventuellement, les procédures équipage. De même, il apparaît pertinent de donner à l’instructeur la possibilité de voir ce que son élève regarde effectivement pendant les séances de formation et, ainsi, d’améliorer les débriefings, images à l’appui. On peut également imaginer, en admettant que les données fournies par l’eye-tracking puissent un jour être enregistrées dans le FDR 5, obtenir ainsi des éléments déterminants dans le cadre des enquêtes accident. Enfin, les
résultats de ces analyses devraient également permettre d’améliorer encore les interfaces homme-machine et l’ergonomie des cockpits. Un autre objectif des travaux actuels est de définir des normes qui permettraient d’accéder à la certification de dispositifs sur la base de facteurs humains. Dans le domaine de l’automobile, une nouvelle interface (par exemple, le GPS) ne doit pas détourner le regard du conducteur pendant plus de deux secondes. Ce type de principe pourrait peutêtre s’appliquer à l’aéronautique. Par François Blanc 1. Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace. 2. Bureau d’enquêtes et d’analyses. 3. Ce laboratoire a pour vocation de comprendre les mécanismes neuroergonomiques de l’erreur humaine et, par suite, les origines et les causes des accidents. 4. Direction de la sécurité de l’Aviation civile. 5. Enregistreur des données de vol. 20 expérimentations d’eye-tracking ont été réalisées en vol par l’ISAE. 150 enregistrements d’approche vont être analysés dans le cadre du projet DSAC. 20 à 60 K € est la fourchette de coût d’un dispositif complet d’eye-tracking. Pilote équipé d’un eyetracker en simulateur de vol. Les données sont recueillies et analysées sur PC par un expérimentateur en place arrière. En vue Un an d’études financé par la DSAC _C’est à la suite des études « PARG » * menées par le BEA sur simulateur de vol au moyen de l’eye-tracking sur les accidents dus à une perte de contrôle de la trajectoire suite à une remise des gaz que la DSAC a été amenée à s’y intéresser. Convaincue de l’intérêt de ce principe pour améliorer la sécurité aérienne, la DSAC a décidé d’y consacrer un programme dédié aux approches aux instruments. « De nombreuses données recueillies n’ont pas encore été complètement exploitées. Elles constituent pourtant des éléments précieux d’appréciation sur le comportement oculaire des pilotes au cours de l’approche, une phase de vol durant laquelle de nombreuses actions doivent être exécutées par l’équipage », explique Yvanne Colineaux, coordinatrice des actions de sécurité au sein de la DSAC/MEAS **. Financés par la DSAC et menés dans le laboratoire de l’ISAE, les travaux d’analyse des vidéos ont commencé en septembre dernier. L’étude des résultats pourrait permettre d’en tirer des grandes tendances, par exemple à des fins de formation. La DSAC a également accueilli le 17 novembre, dans ses locaux à Paris, un workshop sur l’eye-tracking, avec l’objectif de faire échanger sur le sujet experts scientifiques, écoles de pilotage et compagnies aériennes. * Perte de contrôle de la trajectoire en phase d’approche lors de la remise des gaz. ** Mission d’évaluation pour l’amélioration de la sécurité. Aviation Civile magazine n°375 Janvier 2016 29



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