Athena n°345 jan/fév 2020
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JEAN-MICHEL DEBRY BIOLOGIE Bio News TEXTE  : JEAN-MICHEL DEBRY J.M.DEBRY@SKYNET.BE PHOTOS  : KEN-ICHI UEDA/BIOZOOM (P.39), DR MIKE BAXTER, WIKIMEDIA COMMONS, CC BY-SA 2.0 (P.40) Une avalanche de riz Quand on évoque le « riz », on pense à quelques variétés qui se retrouvent dans nos assiettes : riz blanc à grains ronds ou longs, coloré, basmati, etc. La palette suffit en général à combler le souhait de changement des consommateurs de chez nous. Mais ce qui est disponible à proximité n’est qu’une infime partie de toutes les variétés disponibles dans le monde. On peut en avoir une vague idée à la simple constatation du fait que cette graminée est un aliment de base pour près de la moitié de la population mondiale et que, du coup, il faut la faire pousser dans des conditions souvent différentes. Alors ce nombre : a-t-on un avis ? On risque d’être loin du compte puisqu’il y en aurait, pour le moment, 136 000 variétés recensées et conservées dans une banque de grains située aux Philippines. Athena Mag 345 38 Toutes ne sont pas ou plus consommées ; figurent à ce nombre des variétés anciennes, des hybrides, quelques espèces proches peu différenciables, etc. Mais de nouvelles pourraient encore venir s’y ajouter, fruit d’une sélection très orientée ou de manipulations génétiques. Pour faire notamment face aux changements climatiques, qu’ils mènent à une sécheresse prolongée ou au contraire, à des inondations intenses. Cette banque d’un type un peu particulier, qui est de nature à intéresser les consommateurs mais surtout les producteurs et les chercheurs en tous genres, est assurée de recevoir une dotation annuelle de 1,4 million de dollars. C’est en tout cas ce qu’a récemment promis le Crop Trust, une association non gouvernementale basée en Allemagne. En espérant que cette intention s’inscrive dans le temps et que les capitaux soient intégralement alloués à la conservation attendue. Nature, 2018 ; 562 : 313 Janvier-Février 2020
De la technique à l’éthique Si l’image éculée du docteur Frankenstein fait sourire aujourd’hui, la réalité de l’avancée des connaissances et techniques reste elle bien contemporaine et suscite, à termes réguliers, des interrogations diverses. La percée de la biologie moléculaire, il y a une quarantaine d’années, et la possibilité offerte de « manipuler » des gènes a longuement été un domaine de vif débat avant que des dispositions réglementaires soient prises, balisant la limite à ne pas franchir entre le techniquement possible et le moralement indéfendable. Cette réglementation date d’une vingtaine d’années. Entretemps, les techniques ont évolué et est notamment apparue celle qui mobilise aujourd’hui des milliers de chercheurs dans les laboratoires à finalité aussi bien académique que commerciale. C’est CRISPR-Cas9. Pour rappel, il s’agit de cette disposition naturelle identifiée chez les bactéries qui peut couper la double hélice d’ADN en un endroit précis, ce qui autorise d’y insérer une séquence correctrice, si c’est l’intention. Cette fois, on dispose d’une méthode qui permet un travail précis, bien différent des tentatives d’insertion aventureuse de gènes opérées auparavant. On perçoit donc tout l’intérêt de la mise en œuvre d’une telle méthode dans la correction des maladies humaines, notamment, dues à une mutation affectant un gène particulier. Il demeure que CRISPR-Cas9 reste une technique et qu’à ce titre, elle est susceptible de ne pas répondre parfaitement à l’objectif visé. On en a déjà fait l’expérience récemment. On sait aussi que les réglementations interdisent a priori toute manipulation relative aux spermatozoïdes, ovules et embryons humains. Or, c’est à ces niveaux qu’une modification apportée a le plus de chances de se montrer efficace sur un futur humain. Des essais réalisés il y a peu en Chine semblent en avoir apporté la preuve. Mais la prudence et la réserve demeurent. Reste également toute la problématique du dépôt de brevets, déjà largement abordée au cours des années 90 : une société commerciale peutelle obtenir un brevet sur une technique dont on pressent l’application universelle ensuite dans un registre biomédical ? Cela ne risque-t-il pas de rendre son application limitée aux seuls nantis, qu’ils soient les promoteurs ou les destinataires ? BIO ZOOM 0 On sait également que dans cette perspective se profilent les organes animaux (porcins essentiellement) à « humaniser » par manipulation du génome afin de les rendre disponibles à la greffe chez des malades en attente. Un marché est à saisir dans ce domaine en cas d’autorisation accordée. Bref, la science qui avance n’est pas sans poser quelques questions éthiques dès qu’il s’agit de faire bénéficier des humains de l’une ou l’autre avancée les plus prometteuses. Comme sur un sol glissant, il convient de déplacer un pied quand on est sûr que l’autre a trouvé une assise ferme. C’est donc souvent une simple question de temps et de prudence élémentaire. Nature, 2018 ; 562:486-488 » Athena Mag 345 39 Ce que vous voyez ici, ce ne sont pas les orteils d’un étrange animal tout droit sorti de la Préhistoire. Ce sont des crustacés cirripèdes marins. Les pouces-pieds vivent en colonie (parfois de milliers d’individus) notamment en Bretagne, fixés à un rocher battu par les vagues ou au pied d’une falaise. C’est ce que l’on appelle des animaux sessiles. Ils sont composés d’un pédoncule (la partie foncée) et d’un capitulum (5 plaques calcaires blanches et de plus petites à leur base) et peuvent vivre jusqu’à 20 ans ! Comestibles, ils ont été pêchés trop intensivement si bien que leur récolte est désormais réglementée. Janvier-Février 2020 JEAN-MICHEL DEBRY BIOLOGIE



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