Athena n°345 jan/fév 2020
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0 NADINE SAHABO PORTRAIT Recto Climatologue, c’est une vocation que vous avez depuis toute petite ? Dès mon plus jeune âge, j’étais passionnée par l’océan et par les paysages de glace et c’est en découvrant Le monde du silence du Commandant Cousteau que ma vocation est née. Mon rêve d’enfant était de devenir océanographe et avec les années, je me suis spécialisée dans les problématiques liées au climat et aux régions polaires. Comment devient-on climatologue ? La climatologie est une science très vaste qui comprend de la géographie, de la physique, de la chimie, de la biologie et des mathématiques, donc il n’y a pas une façon de devenir climatologue, mais plusieurs. Il faut avoir de bonnes bases L’ADN de … Célia SAPART Climatologue et glaciologue Athena Mag 345 20 PROPOS RECUEILLIS PAR NADINE SAHABO NADINESAH@YAHOO.FR PHOTOS : GAUTHIER CARNAT (P.20) scientifiques générales et se spécialiser au niveau du master, soit en climatologie, soit en sciences de l’environ nement, en océanographie ou en météorologie par exemple. Après 12 ans de recherches scientifiques à plein temps, vous avez décidé de vous engager comme experte climat dans différentes organisations, tout en gardant un pied dans le monde académique. Mais quelle est votre journée type ? Dans mon travail de chercheuse, je passe mon temps à travailler sur des données, dans un laboratoire et parfois sur le terrain. J’écris des articles et j’enseigne aussi. Et dans mon travail d’experte climat, je passe beaucoup de temps à lire, à écrire et à réfléchir aux solutions pour limiter les changements climatiques, afin de communiquer mes résultats et autres messages vers le grand public, les jeunes, les médias et les politiques. L’objectif de mes recherches est de mieux comprendre les émissions des gaz à effet de serre provenant des régions polaires recouvertes de glace, comme la banquise et les permafrosts, afin d’améliorer les prédictions climatiques. J’étudie aussi l’évolution passée des concentrations atmosphériques de ces gaz piégés dans les calottes glaciaires. Mes recherches m’ont permis de participer à plusieurs longues missions en Arctique et en Antarctique. Passionnée de longue date par la vulgarisation scientifique, je mets aussi un point d’honneur à enseigner les changements climatiques et à partager mes expériences polaires avec le plus grand nombre. Je viens d’ailleurs d’écrire un livre pour enfants associé à un projet pédagogique sur ce sujet, il s’intitule Sol au Pôle Nord (https://solaupolenord.org/). Janvier-Février 2020 P
Quels sont vos rapports avec la science ? Quels sont vos premiers souvenirs « scientifiques » ? La science est pour moi un outil pour comprendre les choses du quotidien et l’environnement dans lequel nous vivons. Le premier phénomène scientifique qui m’a longuement fascinée, c’est l’existence des marées. J’aimais passer du temps sur la plage pour chronométrer leur va et vient. Quelle est la plus grande difficulté rencontrée dans l’exercice de votre métier ? Aujourd’hui, dans le milieu de la recherche scientifique, c’est le manque de reconnaissance, de financement et l’incertitude constante sur l’évolution de nos carrières qui sont les plus difficiles à sup porter. Il ne suffit plus de travailler d’arrache-pied et d’avoir un excellent dossier, il faut avant tout avoir de la chance, donc on a souvent l’impression de jouer nos carrières au lotto. Je vous offre une seconde vie pour un second métier... Chef d’orchestre. J’ai toujours dû jongler entre mes passions : celle pour la musique et celle pour la science. Si j’avais une deuxième vie, je rêverais de voyager à travers le monde, mais cette fois-ci pour diriger les plus grands chœurs et orchestres. Je vous offre un super pouvoir... La téléportation, car cela fait 18 ans que je suis « expat » et ayant vécu dans 6 pays différents, je vis beaucoup d’amitiés à distance. Je souhaiterais pouvoir me téléporter pour ne plus manquer les anniversaires et autres moments importants de la vie de mes proches. Je vous offre un auditoire... J’ai la chance d’avoir pu donner de nombreux cours et conférences devant des auditoires variés, donc ce n’est pas tant un auditoire spécifique que je souhaiterais me voir offrir, mais plutôt les moyens d’organiser un sommet universel sur le climat. Celui-ci serait axé sur les solutions pour lutter contre les changements climatiques et viserait les citoyens de notre planète au sens large. Je vous offre un laboratoire... Ce serait pour créer un système de grande ampleur pour absorber le méthane (le second gaz à effet de serre anthropique majeur après le dioxyde de carbone) dans les zones marécageuses en Arctique et dans les régions tropicales. Quelle est votre plus grande réussite professionnelle jusqu’à ce jour ? Je pourrais dire que c’est d’avoir publié mes résultats dans le journal Nature, mais avec du recul, je pense que la réussite ne se mesure pas en gagnant des prix ni en publiant des articles. Ma plus grande réussite, c’est d’avoir fait de ma passion mon métier, d’être capable de partager cet élan notamment avec les jeunes et d’avoir vécu mon rêve d’enfant en naviguant à travers le monde. Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui aurait envie de suivre vos traces ? Donne-toi les moyens de tes ambitions et ne laisse rien ni personne te freiner dans ton élan. Je vous transforme en un objet du 21 e siècle... Un bateau solaire pour continuer à découvrir le monde tout en limitant mon impact sur l’environnement. Je vous offre un billet d’avion... Je l’échangerais contre un billet de train et je partirais prendre un bon bol d’air frais dans les montagnes de ma Suisse natale. Je vous offre un face à face avec une grande person nalité du monde... Je ne suis pas facinée par les grandes personnalités, mais plutôt par les grandes actions. J’aurais beaucoup aimé rencontrer Mère Théresa pour échanger avec elle et apprendre de sa philosophie de vie. La question « a priori »  : un.e. climatologue a forcément une vision apocalyptique de l’avenir du monde ? Les projections climatiques montrent effectivement que si aucun n’effort n’est fait pour diminuer drastiquement et urgemment les émissions de gaz à effet de serre, la vie sur Terre va devenir extrêmement difficile dans les décénnies et siècles à venir. Néanmoins, les données révèlent aussi clairement qu’il est encore temps de limiter les dégâts, mais ce temps est compté. L’avenir du monde est donc dans les mains de chacun ! 40 Athena Mag 345 21 Janvier-Février 2020 0 NADINE SAHABO PORTRAIT Célia Sapart ÂGE  : 37 ans a SITUATION FAMILIALE  : En couple, 1 enfant PROFESSION  : Experte Climat et Communication Externe, CO2 Value Europe, Climatologue et glaciologue, Université Libre de Bruxelles FORMATION  : Doctorat en climatologie et glaciologie, Institut des Sciences Marines et Atmosphériques d’Utrecht (IMAU), Pays-Bas. Master sur les Changements Climatiques, University of East Anglia, Royaume Uni. Master en Sciences de l’Environnement et Océanographie, Université de Bordeaux, France et University of Alaska Fairbanks, États-Unis. MAIL  : csapart@ulb.ac.be Verso



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