Athena n°345 jan/fév 2020
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ce ANNE-CATHERINE DE BAST SOCIÉTÉ » rend compte aussi qu’on médiatise les situations problématiques, quand les professionnels doivent intervenir. Cela rend plus visibles ces situations, alors que dans la grande majorité des cas, cela se passe bien. Les enfants se sentent chez eux des 2 côtés, le degré de confort est relativement bon. Et ils se sentent chez eux, même quand les conditions d’accueil ne sont pas optimales. » Seule exception pour les jeunes filles en hébergement exclusif chez leur papa. « Deux sur 10 ne sont pas satisfaites, mais on constate que c’est dû à la fragilité du lien avec la mère ». L’enquête a néanmoins mis en évidence le fait que la moitié des mères hébergeant leurs enfants à titre exclusif ou principal est célibataire. Des difficultés financières et/ou des tensions avec les papas sont régulières. On observe aussi qu’en général, les filles se sentent plus proches de leur mère, tandis que les garçons construisent des relations similaires avec chacun de leurs parents. Globalement, l’hébergement alterné gagne en tout cas du terrain. Il y a 10 ans, la garde exclusive primait encore, et elle était rarissime chez le père. L’hébergement alterné était mis en place dans les familles plus aisées, éduquées, où les parents restaient en bon terme. « Aujourd’hui, le principe est appliqué partout, quel que soit le milieu social des familles. » La fin du « papa-Walibi » … Si les mères gardent un rôle prépondérant quel que soit le type de garde, les pères prennent de plus en plus de responsabilités et s’impliquent davantage dans l’éducation. Leur rôle a évolué. Athena Mag 345 18 Fini le papa-copain ou le « papa-Walibi ». Désormais, les pères séparés ne restent plus au second plan, ils s’investissent de plus en plus dans la vie des enfants. « Ils sont plus qu’avant à héberger leurs enfants, note la sociologue. Ils apparaissent davantage comme un parent référent. On constate que la mère reste en général le premier parent référent car la relation est souvent meilleure avec elle. Mais les jeunes communiquent beaucoup aussi avec leur père. » Un élément dû à l’évolution des technologies… Grâce aux smartphones, la grande majorité d’entre eux maintiennent un lien continu avec leurs 2 parents, quel que soit le type d’hébergement. Neuf sur 10 communiquent avec le parent gardien lorsqu’ils sont chez le non gardien. Et 6 sur 10 restent en contact avec le parent non gardien quand ils sont dans leur domicile principal. « Ils utilisent beaucoup les réseaux sociaux, comme Facebook, Snapchat, et des applications de communication multimodale comme Facetime ou WhatsApp. Les filles ont tendance à plus communiquer avec leur mère qu’avec leur père. Pour les garçons, c’est équivalent. On constate donc que la charge mentale de la maman reste élevée, quel que soit le mode de garde. Mais le papa est fort sollicité aussi. » Une possibilité de contact quasi continue, qui contraste avec le coup de fil hebdomadaire dont se contentaient les précédentes générations d’enfants de parents séparés. Plus de discussions Autre surprise révélée par l’enquête : le degré de conflit entre les parents. Sept jeunes sur 10 Janvier-Février 2020
estiment que les tensions sont nombreuses. Dans ce contexte, certains enfants peuvent voir la séparation comme une solution. « Mais on se dispute dans toutes les configurations familiales !, insiste Laura Merla. Quand les parents se séparent, le conflit diminue. Mais il ne s’arrête pas pour autant. Cela peut être interprété de plusieurs manières, et ce n’est pas forcément négatif : on évolue vers un modèle familial plus démocratique qu’auparavant. Même séparés, les parents discutent davantage sur les décisions, les jeunes y sont parfois associés aussi. Quand il n’y a pas de décision unilatérale, il faut discuter, négocier. Cela peut donner naissance à des conflits, liés au fait qu’on discute. » Si l’enquête est terminée côté francophone, elle n’a pas encore livré ses conclusions au nord du pays. La prochaine étape, une fois qu’elles seront connues, sera de les comparer et de les mutualiser. L’objectif est de reproduire le travail régulièrement, tous les 2 ou 3 ans, afin de mesurer l’évolution des données. e Athena Mag 345 19 MIEUX CONNECTÉ, MOINS ISOLÉ Depuis son smartphone, Lucas, 17 ans, peut suivre ce qu’il se passe chez sa mère quand il est chez son père. Et inversément. Salutaire, pour limiter le sentiment de rejet. C’est une routine bien installée. À 17 ans, Lucas se rend chez son père un week-end sur deux, à 40 kilomètres de chez lui. À moins qu’il ait une soirée de prévue. Dans ce cas-là, les ajustements sont toujours possibles. Il n’avait qu’un an quand ses parents se sont séparés. Et depuis lors, le mode de garde mis en place à l’époque n’a que peu évolué. Chez lui, c’est chez Caroline, sa maman, où ils vivent ensemble, à deux. Et nulle part ailleurs. « Il a pourtant une chambre chez son père, son propre espace, mais il ne s’y sent pas bien, précise-t-elle. Je suis sûre que ce serait différent s’il était en hébergement alterné. Ce n’est pas en 48 heures tous les 15 jours qu’on peut se sentir chez soi quelque part ! Mais ici, il a ses copains, ses sorties. Quand il est là-bas, il a l’impression que la vie continue sans lui, qu’il est en stand-by. » Ces jours-là, les réseaux sociaux sont salutaires. « Il reste au courant de ce que je fais par des publications sur Facebook, par exemple. Il suit les discussions familiales avec ses oncles et tantes sur WhatsApp. C’est un lien important. Cela lui permet de rester connecté et de ne pas se sentir exclus ». Ce sentiment, Caroline le connait bien. Car elle aussi a grandi dans une famille dont les parents étaient divorcés. « À l’époque, on se sentait plus isolés, je pense. Quand j’étais chez mon père, je ne savais pas, ou quasi pas, ce qu’il se passait chez ma mère. Aujourd’hui, je suis en contact avec Lucas quasi tous les jours. Et il reste en lien avec son père régulièrement aussi. Il m’envoie des messages pour m’informer de quelque chose dont il a oublié de me parler, pour me faire part de ses émotions, ou pour partager une vidéo qui l’a fait rire. » Si Lucas communique, Caroline lui répond. Mais elle n’est que très rarement à l’origine de la discussion virtuelle. « Quand il est chez son papa, je veux qu’il profite de chaque moment. Nous avons une relation fusionnelle, mais le cordon est coupé. J’essaie de ne pas être trop présente. Je ne veux pas qu’on me reproche un jour de m’être immiscée dans la relation avec son père. » Depuis que Lucas a son propre GSM, les modes de communication de la famille ont radicalement changé. « Auparavant, quand je voulais lui parler, je devais appeler son père. Aujourd’hui, c’est Lucas qui fait l’intermédiaire, qui organise les trajets, les visites, les changements de garde. C’est plus confortable pour tout le monde ! Et cela a aussi le mérite d’apaiser les choses entre son père et moi. Je n’ai quasi plus de contacts en direct avec lui, je ne suis plus obligée de lui parler, sauf s’il y a un problème. On est toujours restés en bons termes, mais… au moins on s’entend, au moins on a de chance de se disputer ! » Janvier-Février 2020 ANNE-CATHERINE DE BAST SOCIÉTÉ V



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