Athena n°344 nov/déc 2019
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e JEAN-MICHEL DEBRY BIOLOGIE » Vieux et programmé pour On sait depuis longtemps que les grands vieillards présentent des caractéristiques génétiques qui en font par avance des centenaires potentiels. Et quand ils meurent, c’est emportés par des maladies qui semblent exclusives à leur âge avancé. Dans ce registre, il existe des espèces animales connues elles aussi pour leur longévité exception nelle. C’est notamment le cas d’une tortue des Galápagos (Chelonoidis abingdonii) qui, faute de population suffisante, s’est éteinte en 2012. Les zoologistes ne se sont évidemment pas limités à ce triste constat ; ils ont aussi prélevé de l’ADN afin de l’étudier en détail pour tenter de savoir à quoi l’animal - et au-delà, son espèce - devait sa vie augmentée. Par comparaison avec l’ADN d’autres tortues moins bien dotées pour ce qui concerne la durée de vie, ils ont mis en lumière quelques particularités qui recoupent d’assez près ce qui a déjà été noté ailleurs. Il apparaît par exemple que la tortue tire son avantage de variants r D'où viennent les yeux bleus des Huskys ? Il n’est pas nécessaire d’être un fervent amoureux du monde animal pour être fasciné par le regard intensément bleu des Huskys de Sibérie, ces chiens puissants souvent mis à contribution dans les courses de traineaux. Ce bleu clair sur lequel tranche la pupille noire confère à l’animal un regard souvent glacial, qui n’est évidemment pas le reflet du caractère de cette race plutôt calme et placide. Mais une telle coloration, si différente du classique brun canin, a interpelé des généticiens qui ont tenté de savoir à quelle particularité génétique pouvait bien tenir ce caractère si particulier. Des prélèvements ont pu être opérés sur un total de 3 600 Huskys pour entreprendre l’étude envisagée. Il apparaît qu’une séquence d’ADN en particulier se retrouve dupliquée chez 75% des porteurs d’yeux bleus. C’est une première piste, renforcée par une seconde constatation : le gène le plus proche est ALX4, impliqué dans le développement de l’œil. Un test de confirmation mené sur 3 000 chiens additionnels a validé l’observation. Chez le Husky sibérien, la seule duplication de séquence mise en évidence suffit à donner aux yeux la couleur bleu azur ; chez d’autres races où cette particularité est également parfois observée, elle ne suffit pas. Un autre facteur doit donc vraisemblablement y être associé. Lequel ? C’est ce qui reste dorénavant à la recherche à identifier... PLoS Genet, 2018 ; 14, e1007648 génétiques qui affectent favorablement certains gènes et en particulier, ceux qui sont impliqués dans la réparation de l’ADN, dans le contrôle de l’inflammation et dans la résistance au cancer. Les gènes évoqués, nous en disposons également ; mais avec l’âge et l’accumulation des agressions externes, les protéines pour lesquelles ils codent sont sans doute moins aptes à assurer leur fonction, ce qui peut permettre l’émergence de pathologies diverses qui, faute d’une régulation efficace, nous mènent donc au terme de la vie. C’est un stade « sensible » que semblent allègrement passer les espèces (ou les individus) promises à une (très) longue vie. Tant mieux pour eux, jusqu’au moment où ils arrivent tout de même à une usure qui a raison d’eux. Car s’il y a bien une réalité liée à la vie, c’est bien son terme, tôt… ou tard ! N. Engl. J. Med, 2018 ; 379 : 1678-1680 Le 24 juin 2012, « George le Solitaire », dernier représentant connu à cette date, mourait sans laisser de descendance Athena Mag 344 36 Novembre-Décembre 2019 cl
L’autre mal de l’espace ? Si les voyageurs de l’espace, à l’image du médiatique spationaute français Thomas Pesquet, continuent de faire rêver nombre d’enfants, les rapports médicaux relatifs à ces mêmes voyageurs relèvent des réalités qui témoignent de l’effet de l’apesanteur sur leurs tissus et organes ; des effets d’autant plus marqués que les séjours ont été prolongés, ce qui est souvent le cas depuis plusieurs années. De façon parfois anecdotique, la presse rapporte que les femmes et hommes de l’espace reviennent sur terre plus grands que quand ils sont partis, leur corps n’ayant pas eu à subir, pendant tout le temps de leur voyage, les effets de la pesanteur. Mais la taille n’est pas le seul élément susceptible de subir des modifications de volume. C’est précisément ce qu’a mis en lumière une étude multicentrique belge qui a plus précisément porté son attention sur le cerveau. Les données cérébrales de 10 cosmonautes russes ayant passé en moyenne 189 jours dans l’espace (soit environ 6 mois) ont été passées au crible d’un examen attentif et il en ressort que des différences sont notées à ce niveau-là aussi. Une semaine après le retour sur Terre, le liquide céphalorachidien qui irrigue le cerveau apparaît plus volumineux qu’avant le départ. En revanche, la matière grise constituée de neurones, voit son volume réduit, le temps nécessaire au retour au volume initial étant de 7 mois environ. Quant à la matière blanche, faite des connexions inter-neuronales, c’est au cours du mois qui suit le retour qu’elle se réduit pour l’essentiel, le retour à la normale étant aussi acquis au terme des 7 mois. Si le mal de l’espace, bien documenté aujourd’hui, tient, pour ces femmes et hommes surentraînés, à l’adaptation à une apesanteur prolongée, il semble bien qu’il en existe un autre lié cette fois à un retour aux conditions terrestres. Cela n’a a priori rien d’anormal et peut expliquer ce qu’on qualifie aujourd’hui de mal de Terre (nausées, vomissements, chutes de tension, etc.). L’oreille interne est sans doute aussi concernée, mais il n’est donc pas impossible que les modifications notées dans le cerveau puissent avoir une implication, tant sur le plan physique que - pourquoi pas ? - psychique. Voilà qui ouvre la perspective de quelques recherches à venir et de questionnements en préalable aux futurs voyages de touristes de l’espace. N. Engl. J. Med, 2018 ; 379 : 1678-1680 Et pour Monsieur, caviar aussi ? On pense souvent qu’il y a quelques milliers d’années, nos ancêtres étaient des individus frustes, mal dégrossis, dénués d’un sens aigu de la sensibilité. C’est vrai que les illustrations qui leur sont réservées sont rarement gratifiantes. Bien sûr, leur confort de vie était-il à cent lieues du nôtre, mais pour le reste, ils n’avaient rien à nous rendre. Pour preuve, cette découverte récemment faite dans la grotte allemande de Friesack 4, dans le land de Brandebourg, en Allemagne. Ce site a notamment été habité par des ancêtres sapiens il y a 6 000 ans. Ils ont laissé quelques vestiges que les scientifiques se sont empressés d’étudier, mettant en œuvre toutes les méthodes offertes par la science actuelle. En marge des fragments de canoë et de filets de pêche, ils ont également découvert de nombreux éclats de poteries. À l'intérieur, certains d’entres eux présentaient un dépôt qui ne pouvait, en première analyse, être Athena Mag 344 37 Novembre-Décembre 2019 0 JEAN-MICHEL DEBRY BIOLOGIE 0 que de restes alimentaires, cuits ou crus. Des prélèvements ont donc été effectués et soumis à des analyses diverses. Dans l’un d’entre eux, on a identifié des protéines qui se sont avérées être issues de la carpe commune, Cyprinus carpio. Jusque-là, rien de surprenant, sauf que ces protéines-là sont celles que l’on identifie dans… les œufs de poissons. Autrement dit, les humains qui vivaient là consommaient en particulier ce que chez l’esturgeon on appelle le caviar. Il s’agit certes ici de caviar de carpe, ce qui peut nous paraître moins « noble » mais qui au goût, doit à peu près être la même chose que ce qu’offre le lump ou l’esturgeon. On a également découvert d’autres vestiges identifiés comme étant ceux de gibier… mariné. Bref, l’équivalent d’un de nos repas de Noël ou, plus généralement, de fête. Voilà donc des femmes et des hommes qui savaient se montrer gourmets. Il y a 6 000 ans. Bien loin des clichés souvent véhiculés à leur égard ! PLoS ONE 13, e0206483 (2018)



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