Athena n°344 nov/déc 2019
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0 ANNE-CATHERINE DE BAST SOCIÉTÉ » que les zones industrielles regorgent de possibilités. Des productions indoor se multiplient, des serres apparaissent sur les toits. High-tech, pleine terre, hors sol en toiture, permaculture, agroforesterie, en containers. l'agriculture urbaine concerne aussi l'horticulture, l'aquaculture ou encore, l'apiculture urbaine. Les techniques sont nombreuses et s'adaptent aux contextes. « La situation influence les techniques qu'on va utiliser, ajoute le Professeur Jijakli. Tout n'est pas transposable d'une région à l'autre. » « Les initiatives qu'on voit apparaître ont des fonctions et des techniques très locales, enchérit Candice Leloup. Il faut s'adapter aux spécificités des projets mais aussi des lieux. Aux États-Unis, il y a la problématique des distances. En Asie, celle de la surface. Comme à Singapour, où on voit se développer des serres verticales. En Europe, on est entre les deux. Chaque solution doit être adaptée à l'endroit, sinon cela ne fonctionne pas. » Au-delà des spécificités liées au territoire, il convient de prendre en compte les particularités du lieu au niveau local : l'accessibilité au site, son ensoleillement, les besoins en eau ou en humidité de la technique qu'on souhaite développer. « Tout cela ne se fait pas à la légère, insiste l'ingénieure agronome. Faire pousser sur un toit amène des problématiques spécifiques, ce n'est pas si facile que de faire pousser des tomates dans son jardin. Il faut réfléchir le projet à long terme, pour faire quelque chose d'intégré et s'assurer que cela fonctionne. » Une réponse aux enjeux du développement durable En quelques années, le principe s'est en tout cas développé. Les projets se multiplient. « C'est le signe qu'une lame de fond s'installe, précise Haïssam Jijakli. Bruxelles est novatrice par rapport à d'autres capitales. Gand est une ville phare, on voit aussi des projets se mettre en place en Wallonie. Et on constate que certains acteurs arrivent à vivre de leur production si on trouve les bons codes, les bons marchés. Ces exemples de réussite sont encore rares et il faut continuer à chercher les modèles rentables. » Pour Haïssam Jijakli, ce retour de l'agriculture dans les villes renvoie aux 3 piliers du développement durable : les bénéfices sont écologiques, économiques et sociaux. Les exemples pour appuyer cette affirmation sont nombreux : l'agriculture urbaine encourage l'apprentissage des aliments santé, l'activité physique, la reconnexion à la nature ou la création de liens sociaux. Des techniques se mettent en place pour contre carrer Athena Mag 344 30 les contraintes générées par la pollution des villes : la dépollution des sols, la pose de géo textiles, les cultures hors sol. En matière d'écologie, on constate qu'un procédé tel que l'aquaponie permet de diminuer la consom mation d'eau. On recycle les déchets ménagers, on récupère les eaux, on diminue les émissions de CO 2 en favorisant le circuit court. En parallèle, des emplois sont créés, les quartiers se verdissent et s'embellissent, l'immobilier prend de la valeur. D'après les estimations, dans la région de Bruxelles-Capitale et alentours, l'agriculture urbaine pourrait atteindre une production de fruits et légumes frais correspondant à 30% des besoins. Un objectif loin d'être irréaliste. Des mouvements citoyens se mettent en place. Des jardins collectifs, des projets de réinsertion socioprofessionnelle apparaissent. Des entreprises renforcent les liens entre les membres de leurs équipes en organisant des activités spécifiques. Des quartiers entiers intègrent et développent de nouveaux concepts orientés sur la question. Des pouvoirs publics, des promoteurs, des citoyens développent toutes sortes de pratiques. Incontestablement, l'agriculture urbaine se propage, colonisant les toits, les caves, les moindres recoins. Et les citadins ont tout à y gagner. 0 Novembre-Décembre 2019
Potager de l’association de riverains « Amay en transition » Vision du potentiel de production au sein du futur site de la gare maritime de Tour & Taxis à Bruxelles QUAND LES POTAGERS D'ENTREPRISE PRENNENT RACINE Avec le développement de l'agriculture urbaine, de nouvelles activités voient le jour. À l'image de Skyfarms qui propose notamment aux entreprises de créer leur propre potager, et de l'entretenir avec leur personnel. Véronique Dewever, vous êtes fondatrice et gérante de Skyfarms. Comment est née cette initiative ? Ce projet est né de ma rencontre avec Augustin Nourissier lors d'un week-end entreprises sur le développement durable. Je souhaitais développer un projet permettant d'apporter du bien-être au travail. Augustin était passionné d'agriculture urbaine. Nous nous sommes rendu compte que la mise en place de potagers pouvait être un bel outil de sensibilisation au développement durable en général, mais que cela apportait aussi aux gens une reconnexion à la terre, à eux-mêmes, en plus de passer un chouette moment entre collègues. C'est un moyen de transformer la ville et de répondre à des enjeux écologiques, économiques et sociaux. Avec quel type d'entreprises travaillez-vous ? Avec toutes ! Mais il est vrai que nous pensions trouver notre public cible auprès des PME, or ce sont les plus grosses entreprises qui nous contactent. Nous l'expliquons par la question du budget, mais aussi du temps : les plus petites sociétés comptent moins de travailleurs et ont donc peut-être moins de temps à consacrer à des activités comme celles que nous proposons. Nous travaillons tant avec le public qu'avec le privé. Et concrètement, cela se passe comment ? Nous intervenons sur place, au sein des entreprises, en proposant des projets qui respectent leurs objectifs. Nous essayons de trouver des espaces disponibles pour installer des bacs potagers, sur les toitures, sur les terrasses, parfois au sol quand c'est possible. On met les choses en place mais on reste présent en proposant un accompagnement. Notre rôle est de dynamiser le projet, de faire découvrir au personnel des variétés qu'il ne connaît pas, des fleurs comestibles, des légumes peu répandus. On accueille des équipes différentes, on leur offre un petit moment de détente. Ce travail avec les entreprises n'est pas votre seule activité. Nous organisons également des ateliers, des conférences et des formations sur des thématiques liées à l'alimentation durable. Nous avons aussi une boutique, dans laquelle nous proposons le matériel nécessaire aux personnes souhaitant développer de l'agriculture urbaine : des contenants, des substrats, des semences locales. Nous donnons des conseils pour faire son potager de la manière la plus naturelle possible. Vous travaillez également avec les habitants du nouveau quartier Tivoli Green- City, à Laeken. Oui, le promoteur a installé une serre en toiture et cherchait quelqu'un pour la gérer. C'était une belle opportunité pour nous : nous profitons de la serre pour produire nos propres plants et favoriser le circuit court pour la vente de nos produits. Et en parallèle, nous formons les habitants en organisant des ateliers dans leur propre potager. De plus en plus de promoteurs impliquent cette notion dans leurs projets dès le départ. Ils envisagent davantage les quartiers comme un écosystème, où on intègre une production de fruits et légumes, mais qui vise aussi à créer du lien. Athena Mag 344 31 Novembre-Décembre 2019 ANNE-CATHERINE DE BAST SOCIÉTÉ



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