Athena n°344 nov/déc 2019
Athena n°344 nov/déc 2019

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 28 - 29  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
28 29
ANNE-CATHERINE DE BAST SOCIÉTÉ Cultiver la ville Les serres poussent sur les toits des villes. Les potagers collectifs fleurissent dans les parcs publics. L'agriculture urbaine est-elle une solution pour demain ? Elle permet à coup sûr de favoriser le circuit court, de recréer du lien social et de relier les citadins à la nature. Une reconnexion à l'environnement parfois bien nécessaire TEXTE : ANNE-CATHERINE DE BAST ANNECATHERINEDEBAST@YAHOO.FR PHOTOS : GREENSURF (PP.28-31) Athena Mag 344 28 Et si c'était dans les vieilles casseroles que l'on faisait les meilleures soupes ? Et si reprendre les codes de l'agriculture du début du siècle dernier était la solution pour pallier le manque des terres arables à venir ? Le concept d' « agriculture urbaine » a beau être récent, la pratique ne date pas d'hier... Durant des siècles, les citadins ont cultivé leur jardin. Certes, les villes n'étaient pas ce qu'elles sont aujourd'hui en matière de densité, de pollution, de population. Mais de techniques non plus. Utopique il y a quelques années à peine, l'agriculture urbaine est désormais régulièrement mise en pratique. À une vitesse qui démontre la prise de conscience de la population de la nécessité de trouver des alternatives. « Les citoyens ont peur de ce qu'ils vont trouver dans leur assiette, constate Haïssam Jijakli, Professeur à Gembloux Agro-Bio Tech ULiège et créateur du Centre de recherches en agriculture urbaine. Aujourd'hui, quand on commence un repas, même si ce n'est pas fondé, on ne dit plus "bon appétit", mais "bonne chance ! ". Il faut regagner la confiance des consommateurs, ébranlée par des scandales alimentaires. Les citoyens veulent des aliments sains. Pour cela, de nouvelles visions, de nouveaux modes de production émergent. On optimise les ressources, on préserve la biodiversité, on met en place des productions locales ». Des mesures qui interviennent à l'heure Novembre-Décembre 2019
où de nombreux paramètres sont en constante évolution : le changement climatique, mais aussi les limites de l'exploitation de l'homme ou encore l'augmentation de la population, estimée à 9,6 milliards au niveau mondial en 2050. « De plus en plus de villes se posent la question de la résilience, constate Candice Leloup, ingénieure agronome et cofondatrice avec Haïssam Jijakli de Green Surf, spin-off de l'ULiège, créée pour accompagner des projets d’agriculture urbaine. Comment peuvent-elles se ravitailler en cas de problème ? Comment assurer un minimum d'autonomie alimentaire ? L'agriculture urbaine peut apporter une réponse. On ne peut pas continuer à grignoter constamment les terres arables encore disponibles, il faut réfléchir autrement, sortir de la boîte. Il y a de grands défis à surmonter. L'agriculture urbaine est une des solutions à la ville de demain. Elle reconnecte la ville à la nature et à ses propres fonctions nourricières. Elle permet d'améliorer la sécurité alimentaire, car plus le circuit est court, plus la traçabilité des produits est simple, et c'est une des garanties de la qualité de ce que l'on mange. » Reconnecter la ville à la nature Bref, cela semble tout bénéfice pour le citadin. Mais l'agriculture urbaine, concrètement, c'est quoi ? On parle de cultiver des plantes dans la ville et sa périphérie, d'y élever des animaux, mais aussi de transformer les produits et de les distribuer. « La ville propose des ressources, développe Haïssam Jijakli. Il y a l'eau qui coule des toits, les matières organiques qu'on trouve dans les jardins et les parcs. Pas question ici de produire des céréales, par exemple, l'agriculture traditionnelle aura toujours sa place. Il s'agit de cultiver des produits frais à haute valeur ajoutée, d'élever des animaux de petite taille, mais aussi de produire des molécules extraites de plantes qui peuvent avoir une vocation médicinale. On voit se développer de nouvelles formes d'élevages, comme des élevages d'insectes. On favorise le circuit court. On tire parti de la ville et de la proximité du citoyen. Les systèmes les plus appropriés sont ceux qui vont tirer parti des avantages de la ville, de la proximité des ressources et des consommateurs. » Pied-de-nez aux plus sceptiques, les possi bilités de développer le concept sont nombreuses : de l'aménagement de jardins en toiture dans les hypercentres aux potagers collectifs en pleine terre en périphérie, en passant par les cultures de champignons en caves ou les murs comestibles. On voit des fermes urbaines ou des jardins potagers se développer en intérieur d'îlots, tandis Athena Mag 344 29 DES MÉTHODES DIVERSES L'hydroponie ee Dans une serre expérimentale, Haïssam Jijakli présente des salades produites en aquaponie Il s'agit de cultiver des plantes hors sol, sous serre, dont les racines plongent dans un substrat inerte, comme des fibres de coco ou des billes d'argile. Ce substrat, qui remplace la terre, est irrigué par une solution nutritive. Le système fonctionne parfois en circuit fermé : l'arrosage en boucle permet de rationaliser la consommation de cette solution nutritive. En toiture, les serres peuvent être chauffées par la chaleur perdue du bâtiment sur lequel elles s'installent. L'aquaponie Le terme provient de la contraction de « aquaculture » et « hydroponie ». La méthode consiste à coupler la boucle hydroponique à un élevage de poissons. Ces derniers produisent des déjections qui sont dégradées par des bactéries et transformées en nutriments assimilables par les plantes. En retour, les plantes purifient le milieu aquatique. La culture en bacs Probablement la technique la plus facile à mettre en œuvre dans un contexte bâti, même à petite échelle. Les bacs se prêtent à la culture de toutes sortes de plantes potagères, y compris sur les espaces bétonnés, les parkings, les toitures, les terres non fertiles. Quelques heures d'ensoleil lement par jour suffisent pour assurer une culture, mais une quarantaine de centimètres de profondeur de terre sont nécessaires pour un enracinement suffisant et une production optimale. L'aéroponie Elle est considérée comme une évolution de la culture hydroponique. Elle se déroule en intérieur, dans lieux souvent équipés des techniques les plus pointues assurant un éclairage artificiel modulable, une température et une humidité contrôlées. Les plantes sont positionnées sur des structures en étages, généralement en plastique. L'eau et les nutriments sont pulvérisés régulièrement sur les racines, maintenues en suspension dans le vide. La permaculture Plus qu'un mode de culture, la permaculture est une philosophie : respecter la nature, respecter l’homme et redistribuer les surplus de production. Il s'agit de concevoir des systèmes novateurs » s'inspirant de l'éco logie naturelle et de la tradition, de prendre en considération la biodiversité des écosystèmes. Elle vise une production durable, économe et respectueuse. Novembre-Décembre 2019 ANNE-CATHERINE DE BAST SOCIÉTÉ



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :