Athena n°344 nov/déc 2019
Athena n°344 nov/déc 2019

Dans ce numéro...
< Pages précédentes
Pages : 14 - 15  |  Aller à la page   OK
Pages suivantes >
14 15
VIRGINIE CHANTRY TECHNOLOGIE » de photos avec des amis ou des membres de la famille n’habitant pas toujours à proximité. Cela peut se révéler d’autant plus important quand on n’est plus actif professionnellement, surtout lorsqu'on sait que de nombreuses personnes plus âgées souffrent d’isolement, par exemple en maison de repos. Rester informé et connecté à la société en général est également un atout non négligeable du numérique. Sans oublier les démarches bancaires et administratives qui se font de plus en plus en ligne. Pour ceux qui auraient des difficultés à se déplacer, certains médicaments peuvent être commandés par Internet. L’appartenance à certaines associations est également souvent simplifiée par le Web. Pour certains, l’intérêt réside dans le simple loisir de surfer sur le net, l’entretien des capacités cognitives, la pratique de hobbies ou la lutte contre l’ennui. Voyons ce qui pourrait encourager l’usage des TIC chez les seniors qui ne sont pas encore connectés. La tablette : une solution ? Par rapport à un ordinateur, la tablette est ergonomique et plus simple d’utilisation : pas de câbles à connecter (à part celui d’alimentation), pas de logiciels à installer et pas de configuration trop compliquée. Le côté tactile ne nécessitant pas de clavier à brancher (mais parfois plus difficile à appréhender par manque de sensations physiques) constitue également un avantage, ainsi que la possibilité de tenir la tablette comme un livre et le fait que l’on puisse l’utiliser partout ou presque, du salon à la salle en manger en passant par la chambre ou la cuisine. La tablette semble donc idéale pour les seniors et en particulier, pour ceux en exclusion numérique. Il faut cependant tenir compte du fait que le vieillissement provoque des altérations physiques et cognitives pouvant rendre l’usage d’une tablette (ou des TIC en général) plus compliqué. Par exemple, les capacités visuelles diminuent, les gestes et la coordination sont parfois moins précis, les mains peuvent trembler, la mémoire peut faire défaut, etc. Il en va de même lorsque l’on surfe sur le Web. Certains sites présentent des polices de caractère Athena Mag 344 14 trop petites ou encore une navigation complexe demandant un usage intensif de la souris, ce qui peut constituer une barrière pour une partie des seniors. Des solutions doivent donc être envisagées et mises en pratique par les acteurs des TIC. Voici quelques conseils issus du livre blanc Seniors et tablettes interactives de la Délégation aux Usages de l’Internet : prévoir un réglage spécifique de la luminosité par application, limiter les manœuvres de défilement permettant d’accéder au contenu non visible, privilégier le mode paysage, concevoir des icônes adaptées qui renseignent en un coup d’œil l’application à laquelle elles renvoient, concevoir des applications dans lesquelles la taille de la police et la luminosité sont clairement modifiables depuis l’écran d’accueil de l’app, permettre de personnaliser la sensibilité tactile de l’écran, privilégier les actions via éléments graphiques plutôt que l’utilisation du clavier virtuel, prévoir des réactions sonores et/ou vibratoires lorsqu’une action est effectuée, mettre au point des manuels d’utilisation clairs avec captures d’écran et illustrations à l’appui, … Certains acteurs des TIC travaillent déjà dans ce sens. En voici un exemple concret : la solution Silverkit pensée par une équipe de chercheurs de la Faculté d’Informatique de l’UNamur, en partenariat avec le service d’Aide et Soins à domicile du Hainaut oriental et l’Université du Temps libre d’Andenne. Silverkit permettra aux applications, que ce soit sur ordinateur, tablette ou smartphone, de s’adapter en continu aux seniors en fonction des difficultés qu’ils rencontrent via des actions correctives sur l’application, c’est-àdire des solutions sur mesure selon le problème d’interaction détecté entre l’utilisateur et l’app : tremblements, acuité visuelle diminuée ou encore mauvaise compréhension de la tâche à effectuer. De la sorte, la qualité de l’interaction entre l’utilisateur et la machine sera préservée. L’objectif de l’équipe est de mettre ce kit de codes à disposition des développeurs d’apps afin qu’ils puissent les intégrer et rendre l’appnon plus seulement « user-friendly » mais également « senior-friendly ». Ce sera même gratuit pour les ASBL. Encore à Novembre-Décembre 2019 kb, , or 40
l’étude, le prototype de Silverkit devrait être testé en 2020 auprès d’un petit groupe de personnes de 50 ans et plus. Cette initiative s’inscrit dans la campagne « Bien vieillir » lancée par l’UNamur en 2016 et qui met l’accent sur les recherches liées au vieillissement. Les fonds proviennent entièrement du grand public ! Mais aussi… D’autres solutions existent déjà ou peuvent être envisagées : le reconditionnement de matériel informatique qui n’est plus utilisé afin d’en faire bénéficier à moindre prix les seniors exclus du numérique, encourager les formations continues aux outils numériques (tablettes, ordinateurs, Internet en général, systèmes de messageries, envoi de photos, etc.), mettre en place des séances d’accompagnement au numérique, montrer les bons côtés du numérique aux réfractaires sans les obliger à quoi que ce soit, simplifier les procédures administratives en ligne au maximum ainsi que les interfaces d’accès, et bien d’autres encore. Mais gardons à l’esprit que ce ne sont là que des propositions pour tenter de résorber la fracture numérique de premier ou de second degré. Pour ceux qui le souhaitent en tout cas. Car est-il vraiment obligatoire pour un senior d’être présent en ligne ? Ne peut-on choisir de mener sa vie comme on l’entend ? Dans la mesure du possible, selon les contraintes extérieures bien entendu. Car des effets discriminatoires dus à la non-utilisation des TIC peuvent apparaître dans plusieurs domaines, qu’il s’agisse du travail ou de la communication, par exemple. Mais la société ne se doit-elle pas de maintenir des services de proximité et des canaux multiples et divers de diffusion de l’information ? Je vous laisse méditer sur la question. Parce qu’une chose est certaine : nous vieillissons tous. Et arrivera un jour où nous serons certainement dépassés par de nouvelles technologies… 0 Toutes les références peuvent être obtenues auprès de virginie.chantry@gmail.com ou sur la version digitale. Athena Mag 344 15 TECHNO-ZOOM e I‘‘‘ Même si les applications restent parfois obscures pour le grand public, les imprimantes 3D ont pignon sur rue et ce, dans plusieurs domaines. Que ce soit pour concevoir des prototypes, des maquettes, des prothèses, des pièces extrêmement complexes, dans le domaine de la médecine, des technologies de pointe, de la mode, de l’art ou même de l’alimentaire, cet outil numérique est de plus en plus employé. Alors pourquoi pas dans le secteur pharmaceutique ? C’est dans cette optique que Jonathan Goole, Professeur et chercheur en pharmacie galénique et biopharmacie à la Faculté de Pharmacie de l’ULB, a mis au point un procédé breveté permettant de produire, en quantité réduite par rapport aux industries pharma ceutiques et avec une imprimante 3D, des médicaments. L’objectif ? Personnaliser le traitement et l’adapter au mieux au patient et à sa pathologie. En ce qui concerne la posologie, les médicaments fabriqués par les industries ne conviennent pas à tous les cas. Il faut alors adapter la dose d’une manière ou d’une autre, par exemple en scindant le comprimé, ce qui peut mener à des imprécisions. Mais ce n’est pas le seul paramètre qui peut être contrôlé grâce à l’impression 3D : la forme et les excipients (1) du médicament peuvent également être ajustés. C’est ce sujet en particulier qu’étudie Jonathan Goole : il passe sous la loupe les interactions entre les principes actifs d’un médicament et les excipients, le but étant de rendre la forme pharmaceutique (gel, patch, gélule, comprimé pelliculé, etc.) du médicament compatible avec le cas du patient tout en restant le plus efficace possible et en minimisant les effets indésirables. (1) En pharmaceutique, un excipient est une substance non-active qui donne des caractéristiques au médicament comme le goût, la consistance ou encore la forme. Faisant partie intégrante du médicament, un excipient ne doit cependant pas interagir avec les autres substances composant le médicament, notamment avec les principes actifs. Exemples d’excipients : édulcorants, stabilisateurs, conservateurs, capsules à enveloppe dure ou molle, etc... Novembre-Décembre 2019 VIRGINIE CHANTRY TECHNOLOGIE



Autres parutions de ce magazine  voir tous les numéros


Liens vers cette page
Couverture seule :


Couverture avec texte parution au-dessus :


Couverture avec texte parution en dessous :