Athena n°343 sep/oct/nov 2019
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AWPA JEAN-MICHEL DEBRY BIOLOGIE » Que La reconstitution de l’Homme de Spy par les artistes Adrie et Alfons Kennis est exposée à l’EHoS, à Onoz. La méthylation des demandeurs d’asile L’afflux de migrants sur le territoire européen a mené les États concernés par cette migration pour le moins massive et nouvelle à prendre les dispositions diverses que l’on sait. Souvent jeunes et arrivés sans papiers, les hommes qui ont fait un voyage sans retour, long et périlleux, entendent mettre toutes les chances de leur côté pour passer du bon côté du sort qui leur sera réservé. Quitte à tricher un peu. Sur l’âge notamment. Et on sait qu’il peut être difficile d’évaluer l’âge exact d’un jeune homme au point de préciser s’il a oui ou non plus de 18 ans. Il existe bien entendu des tests osseux basés sur la radiographie par rayons X ou par résonance magnétique. Mais ces tests, en plus d'être coûteux, sont assez peu précis, dotés d’une marge d’appréciation de 3 à 4 ans. Des migrants ont par ailleurs refusé de s’y soumettre au nom de la dignité. Ce qui est sûr, c’est qu’un mineur jouit de dispositions plus attentives des autorités européennes devons-nous à Neandertal ? Rien ? Mais si, 3% environ de notre génome, ce qui signifie que même si nos ancêtres sapiens et leurs cousins Neandertal ont cohabité finalement assez peu de temps, ils n’ont pas échangé que de simples salutations d’usage. On commence à connaître aujourd’hui ce qui constitue ce matériel transmis et une des révélations récentes tient au fait qu’il s’agit, en particulier (mais pas uniquement), de gènes qui permettent à l’organisme de se défendre contre l’action des virus. Voilà donc un legs de ces lointains cousins qui a favorablement passé le cap de l’hybridation ! Sauf qu’évidemment, les premiers bénéficiaires de ces gènes ont d’abord été ceux qui étaient confrontés aux virus apportés par les Neandertal eux-mêmes et qui étaient nouveaux pour eux. Et comme ces prédispositions acquises apparaissaient d’emblée favorables, l’évolution en a gardé la trace élective jusqu’à nous, des dizaines de milliers d’années plus tard. Cela n’interdit pas de contracter des virus ni même d’en mourir en fonction de sa virulence ou de son propre état de santé, mais c’est mieux que rien, tout de même. Dans ce domaine comme ailleurs, il n’y a pas de petits profits, dussent-ils venir de très loin, voire d’une hybridation peut-être pas toujours consentie ! Cell, 2018 ; 175  : 360-371 que les adultes. Il y a donc matière à une évaluation aussi précise que possible pour éviter de trop larges débordements. Et dans ce registre, il semble que l’épigénétique soit en mesure d’apporter une avancée déterminante. On la doit à un scientifique américain, SteveHorvath, qui a décrit une méthode permettant d’établir l’âge d’un individu avec une précision qui serait de l’ordre de 1 an. Celle-ci repose sur la méthylation de 391 sites de l’ADN, le tout étant compilé par un programme de biostatistique. Le dépôt de radicaux méthyles sur ces sites évolue avec l’âge et semble être en effet un bon critère d’évaluation, comme en témoignent les tests préliminaires de validation qui ont bien entendu été réalisés. Et rien n’interdit de multiplier le nombre de ces sites génomiques pour apporter davantage de précision. Reste à évaluer l’éthique d’une telle démarche et à en juger par les premiers avis émis, on est tantôt dans une problématique d’exclusion, tantôt dans celle d’entérinement, le tout étant ensuite affaire de politique qu’il ne nous appartient pas de juger ici  : la science est amenée à apporter une information de plus en plus précise et fiable ; ce qui suit ne lui appartient plus. Nature, 2018 ; 561  : 15 Athena Mag 343 40 Septembre-Octobre 2019
Comportement maternel et… matières fécales L’hétérocéphale (Heterocephalus glaber) est un animal pour le moins étonnant qui habite la corne de l’Afrique, et plus particulièrement son sol, dans lequel il creuse des galeries comme le font ici nos taupes. Outre de surprenantes facultés comme une résistance à la douleur, au cancer et à l’absence temporaire d’oxygène, cet animal frappe par son esthétique disons… particulière. Sa peau est rose, transparente et nue, à l’exception de quelques vibrisses éparses mais sensibles aux vibrations. Ses yeux et ses oreilles sont tout petits. En revanche, il dispose de 2 longues incisives qui lui servent surtout à creuser des galeries. Voilà pour l’aspect général. Élément extraordinaire et d’ailleurs unique chez les mammifères, le rat-taupe nu (c’est son nom habituel) vit en colonies, un peu à la façon des abeilles, avec une fonction reproductrice dévolue à la seule reine. Et celle-ci y va fort  : elle peut avoir 5 portées par an, permettant à chaque fois la naissance de 12 petits, voire beaucoup plus. Et les autres membres de la communauté ? Plusieurs mâles peuvent être les reproducteurs attitrés, les autres vaquant à des tâches diverses au titre de soldats ou d’ouvriers. Quant aux femelles, si elles peuvent partager ces tâches-là aussi, elles ont pour fonction de s’occuper des petits et on a vu à quel point ils peuvent être nombreux. » Le petit requin marteau Shyrna Tiburo Requin végétarien Tous les requins, en dépit de la méchante publicité qu’on leur fait, ne sont pas mangeurs d’hommes et il s’en faut de beaucoup, ne fût-ce que parce que leur taille ne leur permet pas. Et puis il y a tant d’autres proies plus faciles d’accès. Il n’empêche que ces vertébrés aquatiques sont tous carnivores. Tous ? Enfin presque ; car on a récemment découvert que l’un d’entre eux est en réalité omnivore. Il n’hésite en effet pas, pour la moitié de son régime en tout cas, à faire son ordinaire des algues qui poussent dans son habitat, au large des côtes américaines. Il s’agit d’un petit requin marteau, nommé Sphyrna tiburo. Avec son mètre de long en moyenne (les plus grands individus peuvent atteindre 1,50 m), il n’est certes pas le plus impres sionnant ; et s’il demeure un prédateur, ce sont les crustacés, crevettes et petits céphalopodes qui ont à souffrir de son appétit. Ce qui surprend les scientifiques, c’est bien entendu ce changement de régime étonnant, qui semble indiquer que s’il consomme finalement beaucoup de végétaux, c’est surtout parce que ce requin-là dispose des enzymes qui lui permettent de les dégrader, en particulier la cellulose. Est-ce un acquis évolutif récent propre à cette seule espèce, ou bien d’autres requins disposent-ils aussi des mêmes enzymes mais n’en font tout simplement pas usage parce que leurs proies habituelles suffisent à combler leur appétit ? On sait toutefois aussi, pour l’avoir observé chez d’autres espèces de vertébrés prédateurs, qu’ils sont capables de digérer en partie le contenu digestif de leurs proies végétariennes, afin de faire profit de tout… Les recherches toujours en cours sur cette étonnante exception marine devraient nous permettre d’en savoir un peu plus. Il va de soi que si l’image globale du requin va peu changer, le fait d’en connaître un qui mange de l’herbe rend la bête déjà un peu plus sympathique. Nature, 2018 ; 561  : 152 Athena Mag 343 41 Ce qui a un temps interpelé, c’est la raison pour laquelle elles n’entrent pas dans un cycle reproducteur, cette fonction étant dévolue à la seule reine. L’explication est essentiellement hormonale, avec toutefois des composantes phéromonale et alimentaire. Les phéromones sont des substances volatiles - perceptibles ou non à l’odeur - à effet hormonal. Elles seraient issues de l’urine de la reine. La composante alimentaire est quand à elle un peu particulière vu le contexte  : elle tient à la coprophagie. Même si le fait de consommer des matières fécales - c’est de cela qu’il s’agit - n’est pas rare dans le monde animal, il a ici une fonction toute particulière dans le sens où ce sont les matières fécales de la seule reine qui semblent consommées et ce n’est pas un hasard  : elles sont riches en hormones femelles - les estrogènes - ce qui a pour effet de bloquer ou au moins de réduire de façon significative la production de leurs équivalents par l’organisme de celles qui les consomment. Résultat  : elles n’atteignent pas un niveau suffisant pour produire des ovules, mais le comportement « femelle » n’est quant à lui pas affecté. Le tout reste une particularité de l’espèce, sans équivalent connu chez les autres mammifères. Il va de soi que le fait d’habiter en communauté dans l’environnement confiné des galeries favorise à la fois la dissémination des phéromones et la disponibilité des royales déjections. On peut être reine et avoir des faveurs pour le moins particulières pour ses sujets ! Proc. Natl Acad. Sci USA, 2018. http://doi.org/ctc2 Nature, 2018 ; 561  : 9 Septembre-Octobre 2019 JEAN-MICHEL DEBRY BIOLOGIE



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