Athena n°343 sep/oct/nov 2019
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JEAN-MICHEL DEBRY BIOLOGIE BIO NEWS TEXTE  : JEAN-MICHEL DEBRY J.M.DEBRY@SKYNET.BE PHOTOS  : ERAXION/FOTOSEARCH LBRF (P.39), ZWEER DE BRUIN/FLICKR (P.39 BIOZOOM), AWPA (P.40) De la peau de l’éléphant Sous l’effet d’une forte chaleur, surtout quand elle est persistante, notre peau se couvre de la sécrétion des glandes sudoripares. Celle-ci permet, après évaporation de l’eau, de maintenir aussi longtemps que possible notre corps à la température optimale. Ce qui est surprenant, c’est que nombre d’animaux supérieurs, et en particulier ceux qui ont une activité diurne en Afrique subsaharienne, n’ont pas ce dispositif, ce qui a dû les forcer à retenir une autre adaptation évolutive. C’est le cas de l’éléphant Loxodonta africana. Il est grand, vit dans la savane et est donc particulièrement bien exposé aux ardeurs du soleil. Les points d’eau ne sont pas très abondants non plus. L’éléphant, qui est capable de longs déplacements, sait les retrouver et en profite à chaque fois pour s’y immerger et/ou se rouler dans la boue si l’eau est en quantité insuffisante. Chacun a en mémoire ces séquences de bain « grand format » dont les documentaires sont friands. Pour intéressante que la méthode paraisse pour apporter une croûte de boue protectrice et éloigner les parasites, elle Athena Mag 343 38 n’explique pas tout. Comme l’a démontrée une équipe de l’Université de Genève - dirigée par le belge Michel Milinkovitch - il faut explorer l’épaisseur de la peau de l’animal (le stratum corneum) pour y découvrir le vrai bénéfice de ces bains-là. Mettant à profit l’analyse fine de biopsies cutanées (par microscope et tomographie adaptée), les chercheurs ont découvert que cette enveloppe, qui ne se desquame pas mais s’épaissit avec l’âge, se micro-fracture localement, créant un réseau de microfissures dans lequel l’eau des bains peut s’infiltrer avant d’être passivement retenue ensuite par la dessiccation de la croûte minérale en périphérie. C’est en quelque sorte une faiblesse de l’extension du tégument qui est passivement mise à profit pour assurer à l’animal une protection temporaire contre les effets d’un soleil omniprésent. Comme nous le rappelle bien involontairement ici l’éléphant, il faut parfois savoir mettre à profit ses petites faiblesses… https://www.nature.com/articles/s41467-018-06257-3 Septembre-Octobre 2019
L’intestin qui se courbe La mise en place progressive des organes d’un embryon part de bourgeons pairs qui, en fusionnant, nous confèrent la symétrie dont notre corps bénéficie, au moins vu de l’extérieur. À l’intérieur, c’est globalement vrai aussi puisque nombre de nos structures restent paires ; mais pas toutes. Le tube digestif en fait partie. Après tout, même unique, il peut bien entendu être le résultat de la fusion de 2 entités. Mais pour en manifester une preuve évidente, il devrait être en position centrale et plutôt rectiligne, ce qui est loin d’être le cas. Non seulement est-il particulièrement long - toutes sections confondues - mais il est aussi courbe. Parce qu’il faut bien le caser dans cet espace restreint qu’est l’abdomen ? Sans doute, mais ça c’est un résultat. Encore faut-il qu’un processus génétiquement programmé mène à la formation d’anses qui ne sont pas le fruit du hasard. On sait depuis un certain temps déjà que de l’acide hyaluronique est présent dans tous les tissus connectifs et de remplissage ; on en retrouve donc logiquement un peu dans tous les tissus et notamment, dans le conjonctif. La paroi du tube digestif n’en est pas démunie non plus. Sauf que - et ça, c’est un acquis récent de la recherche - sa concentration n’est pas identique d’un côté et de l’autre de ce conduit, le droit étant plus riche que le gauche en ce composant. Des travaux récemment menés sur des embryons de poulet et de souris ont en outre permis de montrer que la molécule de base de cet acide est enrichie à ces stades précoces de développement de chaînes peptidiques annexes qui en modifient donc à la fois la composition et la fonction. Elles en modifient également la longueur et c’est cette différence qui mènerait le conduit digestif à s’allonger davantage du côté droit le forçant à une courbure progressive. Ce n’est peut-être pas le seul inducteur de cette évolution organique, mais celui-ci semble essentiel  : l’inhibition de sa production chez les embryons étudiés mène en effet à une conformation anormale du conduit. Cela peut paraître anodin rapporté à toute l’organisation du corps, mais c’est tout de même essentiel puisqu’un tube digestif mal constitué est un organe qui fonctionne mal. Or, on attend de lui qu’il le fasse bien. Donc il faut que sa conformation soit judicieusement programmée et pas laissée au simple hasard. Et on sait désormais - pour partie au moins - à quoi cette normalité est due et qu’elle naît, chose surprenante mais nécessaire, d’une asymétrie. Nature, 2018 ; 561  : 8 » Athena Mag 343 39 BIO ZOOM foie estomac boucle intestinale primitive intestin postérieur On le croirait tout droit sorti de L'âge de glace, rien d'étonnant vu son épais pelage ! Le manul (Otocolobus manul) vit en Asie centrale, surtout en Mongolie et sur le plateau tibétain, où il chasse des oiseaux, marmottes, lapins et autres petits rongeurs. En dépit des apparences, il a la taille d'un chat domestique, soit 50 à 65 cm. Le chat de Pallas (du nom du premier zoologiste à l'avoir décrit) est plutôt court sur pattes et lent, il constitue donc une proie facile pour des carnivores plus gros que lui, raison pour laquelle il préfère les rochers ou les ravins des steppes et établit sa tanière dans les terriers de marmotte abandonnés. Longtemps chassé pour sa fourrure, il ne serait toutefois pas menacé d’extinction. Septembre-Octobre 2019 JEAN-MICHEL DEBRY BIOLOGIE



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