Athena n°343 sep/oct/nov 2019
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ANNE-CATHERINE DE BAST SOCIÉTÉ » « Au niveau productif, c'est-à-dire la parole et la rédaction, on constate que les élèves en immersion produisent des textes plus complexes que les élèves du traditionnel. On observe une plus grande diversité lexicale, des phrases plus longues, plus de phrases par texte. Les données montrent une différence en faveur du néerlandais plus grande que pour l'anglais. En néerlandais, c'est systématiquement le cas. Les élèves ont un vocabulaire réceptif significativement plus large que dans l'enseignement traditionnel. » D'après l'étude, un élève de 5 e secondaire scolarisé en immersion en néerlandais possède le vocabulaire réceptif d'un enfant néerlan dophone de 11 ans, alors que le niveau d'un élève de l'enseignement traditionnel atteint celui d'un enfant néerlandophone de 7 ans. En ce qui concerne l'anglais, ces niveaux passent respectivement à 9,3 ans et 6,5 ans. « On en revient à l'indice socioculturel !, explique le chercheur. Les élèves immergés en néerlandais proviennent d'un milieu social plus favorisé que ceux qui suivent une immersion en anglais. » L'anglais, plus attractif Les élèves du secondaire en immersion choisissent principalement le néérlandais tandis que la langue de Vondel est en perte de vitesse dans l'enseignement traditionnel. Dans l'ère de mondialisation et d'ouverture aux autres cultures qui est la nôtre, l'anglais semble plus attractif et est réputé plus facile. L'équipe de chercheurs s'est également penchée sur la motivation des élèves et de leurs parents. Si l'immersion attire un public privilégié aux niveaux socio-culturel, familial et scolaire, essentiellement en néerlandais donc, tous les élèves sont motivés par l'apprentissage d'une langue étrangère. Une seule exception  : les jeunes du secondaire traditionnel qui suivent des cours de néerlandais. Pas de surprise  : l'anglais s'avère plus attrayant. « En immersion, le néerlandais reste le plus populaire, contrairement à ce qu'on voit dans l'enseignement traditionnel, où il est en perte de vitesse en tant que première langue étrangère. L'immersion ne compense que partiellement les idées reçues relatives à cette langue. L'anglais est Athena Mag 343 18 plus attractif, il est considéré comme plus facile. On constate d'ailleurs que l'attrait du néerlandais entre le début de la 5 e primaire et la fin de la 6 e chute de manière significative et inquiétante dans le traditionnel. Ce sont des données qu'il faudrait affiner pour les expliquer. » Quelles leçons en tirer ? Globalement, les conclusions de l'étude sont claires  : l'immersion semble porter ses fruits. Mais la généraliser n'est pas envisageable. « C'est une fausse bonne idée, s'exclame Philippe Hiligsmann. L'immersion n'est pas la panacée, il ne faut pas en surestimer les effets. D'ailleurs, les éléments positifs dégagés dans les recherches ne sont pas nécessairement dus à l'immersion. La généraliser à une époque où il y a déjà pénurie d'enseignants est inconcevable, il faudrait former des enseignants à enseigner des matières dans une langue étrangère en un temps record. C'est irréalisable, utopique ! Par contre, l'immersion mobilise des facteurs favorables à l'apprentissage des langues étrangères. Si on mobilise ces éléments dans l'enseignement traditionnel, on pourrait certainement améliorer la qualité de l'enseignement des langues en Belgique francophone. Je ne veux surtout pas jeter l'opprobre sur les enseignants, beaucoup font très bien leur métier. Mais leur permettre d'avoir des conditions plus favorables pour enseigner, serait profitable à tous. » Dégager des recettes à appliquer dans l'enseignement non immersif pour y améliorer la qualité de l'apprentissage des langues étrangères pourrait donc être une voie à suivre... Les chercheurs proposent d'améliorer 3 facteurs  : multiplier les contacts avec des locuteurs natifs en-dehors de l'école, créer un défi linguistique via des apports langagiers plus fréquents et décloisonner les cours de langue et d'autres matières. « Ce qui manque, précise le chercheur, Septembre-Octobre 2019
En immersion, les professeurs arrivent toujours à communiquer dans la langue étrangère, notamment à l'aide de dessins. c'est une vraie interaction entre les enseignants. Pourquoi ne pas inclure dans une leçon d'histoire en néerlandais des éléments liés à l'aspect linguistique ? Notre système éducatif devrait permettre aux élèves d'atteindre des résultats significatifs dans l'enseignement traditionnel comme en immersion ». La formation des professeurs est également visée. Trop peu sont capables d'enseigner des matières dans une autre langue que la leur. Une piste à creuser  : l'intensification des relations entre les différentes communautés linguistiques du pays pour favoriser l'apprentissage des langues nationales. Les publications scientifiques liées au projet sont accessibles via le lien suivant  : https://uclouvain.be/fr/institutsrecherche/ilc/recherche.html. La vidéo de la présentation des principaux résultats de la recherche est disponible en ligne ou via le QR code ci-dessous  : https://www.youtube.com/playlist ? list=PLd5K- CIp7jmqdgzZw- Cl3y8sj8fC67qG3GJ. « BLUFFÉE PAR LE NIVEAU DE NÉERLANDAIS DE MES ENFANTS » Marie-Alice a 3 enfants scolarisés en immersion. Élise (11 ans) et Alix (6 ans) sont inscrites à l'école fondamentale libre Don Bosco, à Saint-Georges-sur- Meuse. Alexandre (13 ans) est en 2 e secondaire à l'Athénée Royal de Waremme. Marie-Alice, vos enfants suivent un parcours d'immersion en néerlandais. Pourquoi ce type d'enseignement ? J'ai toujours été convaincue par l'immersion. Mais il y avait des appréhensions  : certains disent qu'elle crée des lacunes en français, en orthographe. Je n'ai pas le sentiment que ce soit le cas. Mais l'immersion n'est pas forcément pour tous les enfants  : j'en ai vu quelques-uns retourner dans l'enseignement traditionnel car cela ne leur convenait pas. Il faut y être attentif et ne pas hésiter à réagir si on voit que son enfant ne suit pas. De notre côté, il n'y a jamais eu de problèmes  : mes 2 aînés ont aujourd'hui un très bon niveau. Je ne doute pas que la 3 e va suivre. À ce point-là ? Je suis bluffée en fait ! Et cela a été rapide. On croise les « juffrouw » à la sortie de l'école, elles ne leur parlent qu'en néerlandais. Ils comprennent... mais pas moi ! On se sent un peu bête, dans ces cas-là. Je me souviens d'Alexandre en 1 e année, il ne comprenait rien du tout. Les « juff » ne leur parlent qu'en néerlandais, mais elles arrivent toujours à communiquer, notamment par des dessins. Et en définitive, cela se passe bien. Ils apprennent surtout du vocabulaire et les bases de la conjugaison en primaire. La grammaire suit, en secondaire. En parallèle à l'immersion, vous ne faites rien de spécial... Non, je ne les pousse pas particulièrement. Mais à partir de la 5 e primaire, ils font des stages au Bloso, le pendant flamand de l'Adeps, avec des enfants néerlandophones. L'école met aussi des choses en place, notamment avec les classes vertes, qui sont en néerlandais. Aujourd'hui, Alexandre aime beaucoup le néerlandais. Et c'est aussi lié aux profs  : il a eu de merveilleuses « juff » qui lui ont donné le goût de la langue. Certaines ont un contact tellement naturel avec les enfants... Je n'avais que de bonnes impressions, je voulais qu'Alexandre continue en secondaire. Ce n'était pas une évidence ? Dans la région où nous vivons, non, car il n'y a pas d'école secondaire proche de chez nous qui propose l'immersion en néerlandais. On a pensé à l'enseignement flamand à Tongres, mais cela demandait trop d'implications. Beaucoup d'élèves de sa classe sont allés à Liège, où ils ont commencé un parcours en anglais. Nous avons préféré l'Athénée de Waremme, il fallait avoir un certain niveau de néerlandais pour s'inscrire en immersion. C'était une suite assez logique, en fait. Vous vous rappelez de l'inscription de votre fils ? Il avait 2 ans et demi, j'étais enceinte de ma fille. La directrice m'a demandé si elle devait inscrire les 2 enfants. Je ne me rendais pas compte que les places étaient si chères... Je ne me suis jamais dit que je voulais en faire des singes savants bilingues. Mon but était qu'ils soient ouverts à autre chose. Je me disais que s'ils apprenaient le néerlandais jeunes, ils auraient peut-être plus de facilités à apprendre d'autres langues. Je ne m'attendais pas à ce que ça marche si bien ! Quand j'entends mon fils qui parle anglais lorsqu'il joue à des jeux en ligne, même s'il bafouille un peu, il ose. Il n'a pas peur, c'est grâce à l'immersion. Il n'a pas l'appréhension que je pourrais moi-même avoir. Et rien que pour cela, c'est gagné. Athena Mag 343 19 Septembre-Octobre 2019 ANNE-CATHERINE DE BAST SOCIÉTÉ



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