Athena n°343 sep/oct/nov 2019
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ANNE-CATHERINE DE BAST SOCIÉTÉ L'enseignement en immersion  : zeer goed ? L'immersion a la cote ! Mais le bilinguisme des élèves, grand espoir des parents, est-il au rendez-vous ? Des chercheurs de Louvain-la-Neuve et Namur ont étudié la question. Si la réponse est nuancée, le constat est clair  : elle n'a aucune influence négative sur la maîtrise du français et les élèves sont mieux armés pour communiquer dans la langue étrangère TEXTE  : ANNE-CATHERINE DE BAST ANNECATHERINEDEBAST@YAHOO.FR PHOTOS  : DESIGNED BY FREEPIK (PP.16-18), DESIGNED BY PRESSFOTO/FREEPIK (P.19) Les listes d'attente sont souvent longues et les places chères. Premier arrivé, premier admis, c'est la règle. Dans les écoles pratiquant l'enseignement d'une langue étrangère en immersion, on affiche complet. Des enfants, des bébés sont souvent inscrits à l'école maternelle bien avant les 2 ans et demi requis pour y entrer. La demande dépasse de loin l'offre, Athena Mag 343 16 même si le nombre d'établissements proposant ce type d'enseignement ne cesse d'augmenter. Si l'immersion provoque un tel engouement, est-ce pour autant justifié ? Garantit-elle le bilinguisme des élèves qui s'y plongent ? A contrario, ces derniers ont-ils des lacunes dans l'apprentissage du français, comme le véhiculent certaines idées reçues ? Pour tenter de tirer le vrai du faux, une équipe de chercheurs des Universités de Louvain-la- Neuve et Namur s'est penchée sur la question. Ils ont étudié les conditions favorisant l'apprentissage des langues en général, et en immersion en particulier. Objectif  : en analyser l'impact sur le fonctionnement cognitif, linguistique et socioaffectif des élèves apprenant le néerlandais et l'anglais, à la fois dans l'enseignement traditionnel et en immersion. C'est la première étude du genre en Fédération Wallonie-Bruxelles. « On entend toutes sortes de choses sur l'immersion, remarque le Professeur Philippe Hiligsmann, de l'Institut Langage et Communication de l'UCLouvain. Nous avons voulu essayer de répondre à des questions jusque-là sans réponse, ou qui donnaient lieu à des réponses controversées, par exemple au niveau des avantages sur les aspects cognitifs ou les fonctions exécutives des enfants. Nous avions la volonté de poursuivre cette recherche avec une démarche multidisciplinaire, d'étudier les aspects linguistiques mais aussi cognitifs et socio-affectifs de manière interdépendante. » Septembre-Octobre 2019
Chercheurs, psychologues, psycholinguistes, linguistes, spécialistes de la motivation, experts de l'attitude envers la langue. ont travaillé en partenariat avec 22 écoles primaires et secondaires de Wallonie. Plus de 900 élèves ont été suivis durant 2 années scolaires (en 5 e et 6 e primaire, en 5 e et 6 e secondaire), ainsi que leurs parents, leurs enseignants et les directions des établissements. Un milieu social favorisé Au terme des observations menées, peut-on désormais affirmer que les élèves en immersion sont plus performants au niveau linguistique que leurs camarades du circuit traditionnel ? Et si oui, est-ce expliqué directement par ce type d'enseignement ou par d'autres éléments cognitifs ou socio-affectifs ? La réponse est nuancée. « Nous voulions avoir une analyse fine de tous les éléments qui peuvent intervenir dans le processus d'apprentissage de la langue étrangère », précise le chercheur. Cela été rapidement établi  : la grande majorité des élèves inscrits en immersion provient d'un milieu social favorisé. « Nous avons défini l'origine des élèves en immersion en nous basant sur le diplôme le plus élevé obtenu par la maman. Le plus souvent, nous constatons un niveau universitaire. C'est surtout le cas pour l'immersion en néerlandais  : les enfants sont issus de situations socio-économiques favorables, de familles unies et ils n'ont pas redoublé. Et ce, malgré le fait qu'il n'y ait pas de critère de sélection ni de condition d'accès à l'immersion ». De là à en déduire que l'immersion est élitiste ? « Elle est ouverte à tous, mais elle attire un public socio-économique et socio-culturel privilégié. Elle n'existe quasi que dans l'enseignement général. Par ce biais, il y a une sélection qui est faite. Les élèves de l'enseignement professionnel et technique n'ont pas accès à l'immersion. Et c'est dommage quand on voit les besoins en langue étrangère dans certains domaines. Il y a un biais par rapport au public. On en a tenu compte dans nos analyses. » La maîtrise du français Si l'une des craintes concerne l'apprentissage du français, les parents peuvent se rassurer. Durant leurs analyses, les chercheurs n'ont perçu aucun impact négatif de l'immersion sur la maîtrise de la langue de scolarisation. Les résultats obtenus au niveau du vocabulaire, de la lecture à voix haute, de l'orthographe, de la complexité des productions écrites, mais aussi des évaluations certificatives (CEB et CESS, qui se font uniquement en français) sont équivalents, voire meilleurs que ceux des élèves non-immergés. « Si les parents estiment qu'il y a un problème ou un retard au début de l'apprentissage du français, ils ne doivent pas s'inquiéter à ce moment-là car cela se régularise, souligne Philippe Hiligsmann. Comme tout apprentissage, il faut travailler sur le long terme, cela ne se fait pas en un claquement de doigts. Un long terme qui permettrait aux élèves d'être bilingues au terme de leur cycle ? Ils utilisent en tous cas un vocabulaire réceptif et productif plus large et plus varié, et ont de meilleures compétences écrites que leurs camarades du circuit traditionnel, les erreurs lexicales et grammaticales sont moins nombreuses. Ils ont donc plus de facilités à communiquer dans la langue cible. A contrario, leurs progrès plafonnent plus vite sans toutefois que les élèves du traditionnel atteignent le même niveau que les élèves immergés. Athena Mag 343 17 20 ANS D'IMMERSION EN FÉDÉRATION WALLONIE-BRUXELLES » C'est en 1998 que l'enseignement en immersion a été officialisé par une législation en Fédération Wallonie-Bruxelles. Certaines écoles le pratiquaient néanmoins déjà de manière informelle depuis les années 80. L'Athénée Léonie de Waha, à Liège, a été pionnier. Depuis lors, de nombreux établissements, tant primaires que secondaires ont suivi. Aujourd'hui, environ 300 écoles du primaire et du secondaire proposent ce type d'enseignement en Wallonie et à Bruxelles, suivi par 4% des élèves. En Europe, plutôt que d'immersion, on préfère désormais parler de l'approche EMILE  : Enseignement d'une Matière par Intégration d'une Langue Étrangère. En pratique, il s'agit de prodiguer aux élèves une partie des cours dans une langue autre que celle de scolarisation. En Fédération Wallonie-Bruxelles, on trouve des classes d'immersion en néerlandais, en anglais et en allemand. Plusieurs systèmes existent  : les élèves sont parfois immergés à mi-temps dans la langue étrangère tout au long de leur cycle, parfois à 75% les premières années pour arriver à 25% en fin de parcours. Selon les écoles et les formules proposées, il est possible de débuter un programme dès la 3 e maternelle, la 1 re ou la 3 e primaire dans le cycle fondamental. En secondaire, les élèves démarrent en 1 re ou en 3 e année. Il n'est pas possible de suivre une immersion en plusieurs langues à la fois, mais les jeunes peuvent changer de langue cible entre les primaires et les secondaires. Septembre-Octobre 2019 ANNE-CATHERINE DE BAST SOCIÉTÉ



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