Athena n°341 mar/avr 2019
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THÉO PIRARD ESPACE Nouvelle donne du New Space  : À la mode d’Elon Musk On est en train d’assister à une incroyable redistribution des cartes dans la mise en œuvre de l’odyssée spatiale. Ce qu’on appelle la mutation du New Space voit la libre entreprise devenir la référence dans le nouvel essor de l’astronautique. L’audacieuse percée de SpaceX qui se permet de faire la leçon à la Nasa est l’image la plus spectaculaire de ce phénomène New Space. Dans son orbite, d’autres entrepreneurs se positionnent avec des lanceurs économiques, en misant sur une miniaturisation poussée pour les satellites TEXTE  : THÉO PIRARD THEOPIRARD@YAHOO.FR PHOTOS  : SPACEX Athena Mag 341 48 Mars-Avril 2019 SpaceX au service de l’Amérique avec son vaisseau Crew Dragon pour un équipage jusqu’à 7 astronautes. bel et bien le pari privé d’une démocratisation des systèmes spatiaux. C’est Avec un tel engouement non contrôlé, l’environnement autour de la Terre risque vraiment d’être encombré de myriades de petits satellites et débris en tous genres… Surtout que des investisseurs, en quête de profits d’une grande ampleur, misent sur le déploiement sur orbite de constel lations pour répondre aux besoins des Tic (Technologies de l’Information et de la Communication), de plus en plus envahissantes. L’impulsion du GAFA/M La libre entreprise, surtout du côté américain mais aussi en Chine, est en train de dicter le tempo de l’activité spatiale. Depuis le début de cette décennie, la révolution numérique s’impose partout dans notre quotidien. La connexion internet, via de nouvelles start-ups, est en quête d’applications d’envergure globale, sans frontières. La dimension au-dessus de nos têtes, grâce aux satellites de plus en plus performants, permet des liaisons mobiles à haut débit, une collecte instantanée de données, une observation continue des phénomènes terrestres et des activités humaines. Ce qui explique que les acteurs du GAFA/M (Google Amazon Facebook Apple/Microsoft), afin de mieux tisser leur toile sur l’ensemble de la planète, aient voulu cette métamorphose du New Space depuis une dizaine d’années. Ils y ont vu l’aubaine d’une conquête du monde qui passe par l’espace, sans tenir compte des frontières des États.
Le volet spectaculaire du New Space concerne le transport spatial. Sur un marché qui est fort disputé, on voit se manifester de nouveaux venus avec des lanceurs innovants  : des sociétés privées, issues du monde informatique, relèvent le défi technologique de développer des systèmes économiques avec leurs propulseurs et leur avionique. Ils n’hésitent pas à se poser en sérieux concurrents des lanceurs traditionnels que l’on doit à des financements publics  : ce sont les Proton et Soyouz russes, l’Ariane et le Vega européens, l’Atlas et le Delta américains, le H2 japonais... SpaceX au service de la Nasa On assiste à la fulgurante ascension de SpaceX, alias Space Exploration Technologies, sous l’impulsion du candide visionnaire Elon Musk, qui a fait fortune dans l’informatique. L’entreprise qu’il a créée en 2002, dans le but d’explorer le système solaire, notamment Mars, emploie aujourd’hui quelque 7 000 personnes. Elle commercialise avec succès le lanceur Falcon 9 qu’elle a développé sur fonds propres. Ses 2 étages sont propulsés par des moteurs kérolox Merlin, qui sont conçus et produits chez SpaceX à Hawthorne près de Los Angeles. SpaceX a réussi à relever le défi de récupérer, puis de réutiliser le 1er étage qui, doté de 9 propulseurs Merlin, constitue l’élément le plus coûteux à produire. À noter qu’à ce jour, aucun lanceur financé par les pouvoirs publics n’a réussi ce tour de force d’une réutilisation d’étage ! Au cours des 65 vols effectués avec succès (à la date du 1er janvier), le lanceur Falcon 9 grâce à des améliorations a démontré une grande souplesse d’utilisation. À partir de 3 sites de lancements  : 2 au Cape Canaveral (Floride), un sur la base de Vandenberg (Californie). Le lanceur Falcon 9 sert notamment à satelliser le vaisseau Dragon que SpaceX a mis au point et propose à la Nasa pour ravitailler l’Iss (International Space Station). La sélection d’un acteur privé, nouveau venu sur la scène spatiale, pour le programme Crs (Commercial Resupply Services) a constitué une réelle surprise. Du premier coup, Falcon 9 vole avec succès le 4 juin 2010, en décollant du Launch Complex 40 réaménagé au Cape Canaveral  : à son bord, une maquette du Dragon. Le 2 e lancement sert, le 8 décembre suivant, à l’essai du vaisseau Dragon, qui devient le 1er engin privé à revenir de l’orbite. À la fin de 2018, 15 missions Crs ont servi à ravitailler la station spatiale internationale. Une version habitable du Dragon termine son dévelop pement dans le cadre du partenariat Ccp (Commercial Crew Program) de la Nasa. Un 1er vol Athena Mag 341 de démonstration, en mode automatique, du Crew Dragon vers l’Iss s’est déroulé du 2 au 8 mars. Apparemment avec un total succès. Il est prévu de faire voler un équipage de 2 astronautes pendant l’automne. Ainsi, pour 2020, la Nasa pour ses missions habitées vers la station devrait disposer des vaisseaux privés Cst-100 de Boeing et Crew Dragon de SpaceX. Elle n’aura plus à dépendre du vénérable Soyouz russe – dont le concept remonte aux années 60 ! - pour que ses astronautes aillent travailler dans la station. Priorité à un lanceur géant Elon Musk concentre ses efforts sur son extravagant projet de lanceur géant Bfr (Big Falcon Rocket) Starship pour les années 2020. La perspective de cette fusée révolutionnaire, vu qu’elle est présentée comme entièrement réutilisable, devrait permettre, dès la prochaine décennie, la colonisation de la Lune, puis de Mars. Cet ambitieux programme va nécessiter un imposant complexe à Boca Chica, sur la côte texane, on frise le surréalisme... L’investissement reste top secret. Le lanceur géant Bfr Starship se présente comme un lanceur géant à 2 étages réutilisables (106 m de haut, 9 m de diamètre, 4 400 t au décollage !). Le premier étage du Bfr Starship sera propulsé par 31 propulseurs Raptor qui fonctionnent au méthane et à l’oxygène liquide pour développer une poussée totale de 52 700 kN ! Les tests du Raptor, dont 7 exemplaires équiperont le second étage, ont déjà commencé et se poursuivent en toute discrétion. Musk de se faire fort d’y faire voler l’étage de base, dit « booster », du Bfr Starship pour l’envoi sur Mars de 2 éléments en vue d’une colonie… Un modèle réduit doit effectuer des tests durant ce printemps. De son côté, la Nasa peine à tenir le planning pour son lanceur lourd Sls (Space Launch System) qui est développé par Boeing. Au cours de la prochaine décennie, Jeff Bezos, le richissime patron d’Amazon, entend tenir la dragée haute à Elon Musk avec sa société de transport spatial Blue Origin qui est la première à faire revoler une fusée pour du tourisme suborbital. Elle prévoit de tester dès 2021 son lanceur lourd New Glenn, pour lequel un important complexe est en construction au Cape Canaveral. Nous aurons l’occasion de revenir sur cet ambitieux projet du New Space. 49 Mars-Avril 2019 THÉO PIRARD ESPACE Le vaisseau Starship est conçu pour emmener une centaine de passagers.



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