Athena n°339 nov/déc 2018
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JEAN-MICHEL DEBRY BIOLOGIE » Une mutation qui vire au bleu Les perruches, dont le nom est générique à un groupe d’espèces, figurent parmi les oiseaux d’intérieur les plus populaires et les plus abondants. Les plus bruyants aussi, avec leurs cousins - généralement à queue courte - les perroquets. Si leur ramage est apprécié par les amateurs, leur plumage l’est aussi  : il se décline en vert, bleu, jaune et gris pour l’essentiel, les combinaisons étant bien entendu possibles et d’ailleurs fréquentes. Lorsque l’animal est apparu dans la seconde moitié du 19 e siècle, il portait une robe uniforme, constituée de vert sur l’ensemble du corps et de jaune sur la tête. Le vert, c’est le moment de le rappeler, naît de la combinaison du bleu et du jaune. C’est exactement ce qui se passe chez la perruche ; sauf qu’elle n’a qu’1 seul des 2 pigments  : le jaune, plus scientifiquement appelé psittacofulvine. D’où vient le bleu additionnel, alors ? Simplement d’un effet de la lumière dans les structures fines des plumes. Le vert dominant apparaît par Qu'est-ce que les Intégrons ? Les intégrons sont des constituants du patrimoine génétique des bactéries. Ce sont des systèmes de capture, puis d’intégration, et enfin de dissémination de gènes qui permettent aux micro-organismes porteurs de se défendre contre tout élément environnemental qui leur est défavorable. On les trouve partout, ou à peu près ! L’intégron de classe 1 a récemment fait l’objet d’un séquençage et d’une étude spécifique qui permet de penser qu’il est apparu dans une bactérie unique au tout début du 20 e siècle. Et on estime que le nombre de bactéries qui en sont porteuses et qui sont produites chaque jour est actuellement de l’ordre de 10 23 (soit 100 millions de milliards de milliards !). Son objet  : permettre aux bactéries de lutter efficacement contre les… antibiotiques. On aura compris qu’un tel dispositif devient très gênant dans un registre thérapeutique puisqu’il force à trouver de nouveaux moyens de lutte contre les pathogènes microbiens. Or notre espèce, mais aussi celles qui font l’objet d’un élevage industriel, reçoivent de façon épisodique ou régulière, ces antibiotiques qui sont de moins en moins efficaces, précisément à cause de cet intégron, aujourd’hui universel et inconnu il y a peine plus d’un siècle… La faute à qui ? Les causes sont multiples mais une d’entre elles est la zootechnie intensive imposée par la mondialisation des marchés et aux échanges transcontinentaux permanents qu’elle implique... Science, 2017 ; 357  : 1099-1100 conséquent de la conjonction du jaune naturel et d’un effet d’optique. Mais il existe des perruches bleues aussi. Effet d’optique encore ? Non, cette fois il s’agit d’une mutation qui affecte une des enzymes qui participent à l’élaboration du pigment jaune. Et dans ce cas, c’est la substitution d’un seul acide aminé (la « brique » fondamentale de toute chaîne protéique) à un autre qui suffit à produire une couleur différente. Tout cela ne vaut encore que pour la perruche ondulée (Mesopsittacus undulatus), probablement la plus abondante. Mais on l’a dit  : il existe de nombreuses autres espèces dotées de coloris parfois différents. Simples mutations aussi ? Peut-être, mais la biologie moléculaire n’a pas encore eu le temps de s’y intéresser. C’est juste une question de temps, sans doute... http://www.cell.com/cell/fulltext/S0092-8674(17)30941-8 Athena Mag 339 36 Novembre-Décembre 2018 La perruche ondulée bleue n’arrive pas, génétiquement, à synthétiser des pigments jaunes.
Le tabac qui fait mal Avec une moyenne de 20% de fumeurs, la Belgique se situe en position moyenne dans le classement européen de l’assuétude tabagique ; loin derrière la Grèce ou la France par exemple (35%), mais loin aussi devant la Suède (7%). Ce qui nivèle en revanche la différence, c’est que tous les fumeurs, d’où qu’ils soient, courent le même risque de développer une pathologie et en particulier un cancer (poumon, bouche, vessie) avec une probabilité proportionnellement élevée. On estime en effet que chez nous, près de 30% de tous les cancers sont liés au tabac. Ce qu’on sait aussi depuis longtemps, c’est que ces cancers sont induits, n’étant pas génétiquement programmés. C’est donc à un processus épigénétique - ou à son altération - qu’ils doivent d’apparaître. Et le lien n’était pas connu jusqu’il y a peu. Il semble qu’on l’ait désormais mis en évidence, au moins en partie. Les nombreux composants cancérogènes de la fumée, au contact de cellules pulmonaires, y altèrent la fixation de certaines enzymes impliquées dans la méthylation des gènes. Ce processus, qui consiste à accrocher - pour en modifier l’expression - des radicaux méthyle aux gènes ou aux protéines auxquelles l’ADN est lié, est un des fondements de l’épigénétique  : le gène ne change pas ; seule son expression est modifiée, voire totalement inhibée. Et c’est apparemment ce qui se passe dans le poumon des fumeurs. Les cellules épithéliales (celles où le cancer débute), par défaut d’enzymes « méthylants », sont comme levées d’inhibition et se retrouvent pratiquement dans l’état de cellules-souches. Mais du coup, elles ne sont plus (toujours) insensibles à l’un ou l’autre toxique venu de l’extérieur et en particulier, de la fumée de la cigarette. Ces effecteurs externes peuvent alors modifier l’expression de certains gènes, les menant à une moindre efficacité dans un registre de défense. La réalité des choses est certainement plus complexe que ce qui précède. Mais c’est déjà une piste. Reste à y greffer la liste de tous les effecteurs sur lesquels des thérapeutiques à venir chercheront inévitablement à agir avec efficacité. Cancer Cell, 2017 ; 32  : 360 La disparition des dinosaures… encore et encore On pensait avoir tout dit à propos de la disparition « soudaine » des dinosaures il y a 65 millions d’années. La chute d’un astéroïde sur l’actuelle péninsule du Yucatan aurait envoyé dans l’atmosphère une quantité considérable de poussières (entre autres) qui auraient durablement obscurci le ciel, faisant chuter la production végétale et la température, 2 éléments forcément défavorables aux grands sauriens herbivores. Par voie de conséquence, les prédateurs carnivores, n’y trouvant plus leur dû, seraient morts ensuite d’inanition. Voilà pour le décor sommaire. Mais cela n’explique pas tout ; notamment qu’il existe des cimetières où sont empilés, côte à côte, des petits et grands sauriens qui en toute logique, n’auraient pas dû se côtoyer. On note aussi la position particulière de beaucoup de ces animaux, soit saisis en pleine copulation, soit en hyper extension, comme en état de convulsion. D’où l’idée qu’il aurait pu y avoir d’autres causes à la mortalité massive, et en particulier un empoisonnement. Par qui, par quoi ? Par des algues rouges toxiques peut-être, massivement présentes dans les points d’eau, ou par leur dégradation anaérobique à proximité, génératrice de gaz toxiques (mercaptans et dérivés). L’idée fait aujourd’hui son chemin parmi les spécialistes attachés à certains de ces cimetières riches en vestiges, comme ceux que l’on a découvert à Madagascar. Il est vraisemblable que des conditions météorologiques particulières ont émergé quand la topographie des lieux le permettait, autorisant cette profusion d’algues. L’eau restant indispensable à la vie animale, celle qui était rendue toxique aurait été létale à ses consommateurs qui n’auraient pas quitté le lit des cours, mourant à proximité dans leurs sédiments meubles. Il y aura eu au moins un avantage à cette réalité  : la bonne conservation des vestiges qui, pétrifiés, sont arrivés jusqu’à nous. Il reste aujourd’hui à valider cette hypothèse d’un empoisonnement « naturel ». Des phénomènes de ce genre sont encore recensés aujourd’hui, menant à une mort rapide et inéluctable des baleines, comme récemment au large du Chili. Sûr que des vestiges de dinosaures vont ressortir des caisses dans l’un ou l’autre musée, histoire de mesurer leur teneur en « marqueurs » des algues tueuses. Cela ne changera évidemment rien pour les victimes, mais la science aura progressé entretemps d’une courte case. Science, 2017 ; 357  : 857 Athena Mag 339 37 Novembre-Décembre 2018 JEAN-MICHEL DEBRY BIOLOGIE



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