Astronomie Québec n°3-3 sep/oct 2014
Astronomie Québec n°3-3 sep/oct 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°3-3 de sep/oct 2014

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Pierre Paquette

  • Format : (216 x 279) mm

  • Nombre de pages : 84

  • Taille du fichier PDF : 12,5 Mo

  • Dans ce numéro : astronomie du monde avec sept destinations.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Astronomie du monde United States États-Unis Un rêve qui se réalise… ou presque par Marie-Michèle Limoges Étudiante au doctorat Université de Montréal L’émotion est inévitable lorsqu’on voit apparaitre les télescopes sur le mont Kitt Peak pour la première fois. Petites taches blanches qui contrastent avec le sable du désert et le bleu du ciel, elles apparaissent tout d’un coup à la sortie d’un virage à un peu plus de la moitié de l’ascension de cette montagne haute de 1,8 km. En bas, il n’y a rien sauf le désert, ses cactus, et une route. Lors de ma première visite, en juillet 2007, je me souviens avoir pensé : « C’est ça la vie. Je suis à 4000 km de chez moi, en plein désert de Sonora, et c’est ici que je deviens astronome pour vrai ! » Kitt Peak National Observatory abrite le plus grand regroupement de télescopes dans le domaine de l’optique au monde, au sein même de la réserve de la nation amérindienne Tohono O’odham (qui signifie « peuple du désert »). La flore est impressionnante et suffit à elle seule à dépayser, car le désert de Sonora est le seul à abriter le fameux cactus saguaro, typique par ses bras qui poussent vers le haut, qu’on voit dans les films western. Mais vraiment, c’est la faune qui marque. J’étais en train de lire « Les fourmis » de Bernard Werber, alors la première chose que j’ai remarquée, c’est une colonie de fourmis rouges, mais ensuite, Kitt Peak et pour chacun de mes voyages en Arizona, j’ai remarqué les araignées ! Elles sont de toutes les tailles, nombreuses, et toujours prêtes à faire sursauter. Lézard, scarabées, colonies de papillons de nuits, serpents à sonnette, scorpions, souris, et j’en passe… ont également tous été mes compagnons de séjour à un moment ou un autre. Rien n’est parfait, on va faire avec les bibittes, car elles viennent avec le climat sec et les ciels sombres du désert. Vêtements longs et souliers fermés, je suis montée à l’observatoire en compagnie de mon directeur de recherche et mon collègue étudiant. Le premier télescope que j’ai apprivoisé à Kitt Peak est le « Bok », dont le miroir primaire fait 2,3m. Ce très fiable « petit » télescope appartient à l’Observatoire Steward de l’Université d’Arizona à Tucson, juste en bas de la montagne, et il est nommé d’après le premier directeur de l’observatoire, Bart Jan Bok [1906–1983]. Puisque l’on observait en spectroscopie, nous devions installer nous-même Voici la montagne telle que vue à partir de la passerelle du télescope Bok. Lors de notre séjour sur la montagne, nous avons été hébergés dans le petit bâtiment rectangulaire, qui abrite deux appartements de quelques chambres, cuisine et salon superposés. La photo montre 10 des 24 observatoires de Kitt Peak (22 en lumière optique et deux radiotélescopes). 72 Astronomie-Québec Septembre/octobre 2014
l’élément dispersif dans le spectrographe et faire le foyer de l’instrument. Je trouve encore aujourd’hui qu’il est franchement génial que l’on nous laisse jouer avec le télescope, mais la première fois, j’étais morte de trac, même si j’avais déjà pratiqué la manœuvre à l’Observatoire du Mont-Mégantic. Ma tâche consistait à démarrer les ordinateurs de contrôle, mais je me suis rendu compte que finalement, je n’avais rien compris au manuel d’instructions ! Une nuit d’observation coute si cher, et il faut utiliser chaque minute de la manière la plus efficace possible. Les journées sont longues en juillet, et quand enfin il a fait noir, l’opérateur du télescope nous a annoncé que le vent était trop fort pour ouvrir le dôme. Pas de problème, je me suis dit : « On va attendre ! ». Les étoiles sont finalement sorties un peu plus tard, et nous avions une magnifique nuit totalement dégagée devant nous. Quelle chance ! Sauf que quand le vent s’est calmé, l’humidité est montée à 100% et le télescope a dû rester à l’abri dans sa cachette, car personne ne souhaite être responsable de condensation sur un miroir si difficile à nettoyer. Dès 4 h du matin, il faisait déjà jour : une belle nuit claire était gaspillée, mais il en restait quatre et les prédictions météo étant prometteuses, je suis allée me coucher en gardant le moral. Le lendemain après-midi, en allant visiter la montagne, j’ai décidé de monter à la galerie d’observation du télescope Mayall de 4m, qui surplombe la montagne. Du haut du Mayall, j’ai vu de la fumée noire, et je distinguais clairement du feu en bas de la montagne. Je me suis dit : « Ah ! Ils doivent faire des feux préventifs, c’est tellement sec ici ! » J’étais tellement peu inquiète, que j’ai même pris le temps de me faire photographier par une famille de touristes devant le Bok et une colonne de fumée avant de commencer ma journée de travail. Vers 15h, on a sonné en bas, à la porte du télescope. Il s’agissait de l’employé de l’Observatoire, à bout de souffle : « Nous sommes les derniers sur la montagne, a-t-il annoncé. Il nous faut évacuer à cause de feux de forêts incontrôlables. Nous avons moins d’une demi-heure ! » Un peu en panique, nous sommes descendus de la montagne et avons pris trois chambres à l’hôtel. Voyant le bon côté des choses, nous avons consacré la journée au tourisme. Des feux de forêts dans le désert, ça ne peut pas durer bien longtemps, non ? Nous avions tout faux : il a fallu deux semaines aux autorités compétentes pour les maitriser, et ainsi protéger la montagne et ses observatoires. De quoi déprimer dans le spa de l’hôtel ! D’autant plus qu’au-dessus de nos têtes, le ciel était parfaitement dégagé. Alors ma première mission d’observation se solde par un fabuleux 0 en 5 nuits, avec une seule nuit passée sur la montagne. Il me faudra attendre la mission d’observation suivante, quelques mois plus tard, pour vivre l’expérience ultime : des photons ayant voyagé à travers des centaines d’années-lumière ont suivi le trajet optique du télescope et du spectrographe, Astronomie du monde Du haut de la galerie d’observation du télescope Mayall, on aperçoit au premier plan le télescope Bok, lieu des observations qui n’ont pas eu lieu à cause des feux de forêts incontrôlables, visible à l’arrière-plan. Septembre/octobre 2014 astronomie-quebec.com 73



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