Astronomie Québec n°3-1 mai/jun 2014
Astronomie Québec n°3-1 mai/jun 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°3-1 de mai/jun 2014

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Pierre Paquette

  • Format : (216 x 279) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 5,8 Mo

  • Dans ce numéro : Stonehenge, était-il vraiment un observatoire ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

Dans ce numéro...
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Clair de Lune (…) Les étoiles, qu’il cache, ont des lueurs vivantes, Elles traversent l’infini de longs frissons ; La lune a des reflets bleuâtres de glaçons : Pour elle est déjà vieux le temps des épouvantes ! Le clair de lune est triste et doux, il est ancien. Comme un grand souvenir de royauté déchue, Il dit la gloire antique et la splendeur perdue, Plane, et dans la nuit calme, avec lenteur, s’éteint… tiré de Le Miroir des Jours (1907) Citons également : Sous le ciel (…) Épris de beauté devant la nature, Vers le firmament je tourne les yeux ; L’espace infini, la lumière pure Émeuvent le cœur d’un rythme joyeux. Et cette splendeur qui charme et console Par l’homme n’est pas regardée en vain : Le meilleur de lui dans l’azur s’envole Sur les ailes d’or d’un rêve divin ! tiré de Les Images du Pays (1926) Nérée Beauchemin (1850–1931) fut médecin de campagne à Yamachiche. Il est considéré comme l’un des premiers écrivains du terroir. Crépuscule rustique La profondeur du ciel occidental s’est teinte D’un jaune paille mûre et feuillage rouillé, Et, tant que la lueur claire n’est pas éteinte, Le regard qui se lève est tout émerveillé. tourner vers une vocation religieuse. Ordonné prêtre en 1900, il enseigne quelques années avant de devenir vicaire, puis chapelain chez les religieuses des Saints. Sa poésie appartient à différents courants littéraires : romantique par leur contenu, parnassien par leur forme, relevant à la fois du classicisme et du symbolisme. Nocturne Ce soir, par cette lune éteinte, à voix couverte, le vent léger, qui rôde au milieu des roseaux, endort, en la frôlant, l’immobilité verte des larges nénuphars qui sont au bord des eaux ; (…) Mais, un astre paraît dans le stagnant miroir, lointain comme un appel, imprécis comme un rêve, et qui naît et grandit, comme naît et s’élève, le beau scintillement, dans l’âme, de l’Espoir ! tiré de Avec ma vie (1931) Jovette-Alice Bernier (1900–1981) est une romancière et poétesse née à Saint-Fabien. Elle travailla comme journaliste pour plusieurs journaux, et comme interprète à Radio-Canada. On retient de son œuvre une voix diversifiée, parfois lyrique, parfois nostalgique ou encore empreinte de légèreté. Bien que romantique par sa subjectivité, la poésie de Jovette Bernier flirte avec la modernité. Au chemin des étoiles Je m’en vais dans le soir comme un fiévreux qui rêve, Et qui monte très haut, flottant dans un linceul, Et qui voudrait qu’enfin le vertige s’achève, Mais qui monte toujours, étonné et tout seul. Les nuances d’or clair semblent toutes nouvelles. Le champ céleste ondule et se creuse en sillons, Comme un chaume, où reluit le safran des javelles Qu’une brise éparpille, et roule en gerbillons. Dans l’espace, mes sens érigent leurs antennes, Pour distinguer le bruit qui naît du bruit qui meure ; Je cherche dans le ciel quelle étoile est la mienne, Je cherche des oublis qui sont toujours ailleurs. Chargé des meules d’ambre, où luit, par intervalle, Le reflet des rayons amortis du soleil, Le nuage, d’espace en espace, dévale, Traîne, s’enfonce, plonge à l’horizon vermeil. Quand le jour insolent raille mon stratagème, Je montre à son soleil les misères que j’ai ; Et pour parer mon deuil, je porte en diadème, La clarté que j’ai prise aux astres étrangers. Mais l’ombre, lentement, traverse la campagne, Et glisse, à vol léger, au fond des plaines d’or. Septembre, glorieux, derrière la montagne, A roulé, pour la nuit, le char de Messidor. tiré de Patrie intime (1928) Les astres qui brillaient pour d’autres, je les porte, Et je vais, attentive, à travers les humains, Songeant que mon étoile, un autre me l’apporte, Et nous échangeons nos astres en chemin. tiré de Les masques déchirés (1932) Les années 1930 et 1940 Cette poésie, rattachée au terroir, possède des accents romantiques. Lucien Rainier (1877–1957) est le pseudonyme de l’abbé Joseph-Marie Melançon. Durant ses études, il rencontra Émile Nelligan et Jean Charbonneau, avec qui il fondera l’École littéraire de Montréal. En 1897, il quitte le groupe pour se Les années 1960 La révolution tranquille mettra de l’avant les courants de la contreculture. Par exemple, Jacques Péloquin (1942–) montrera de l’engouement pour la science et la recherche institutionnelle (ex. : la NASA) dans son Manifeste infra (1967). Cependant, son discours valorise l’insolite et le paranormal, et annonce les 20 Astronomie-Québec Mai/juin 2014
idées du Nouvel âge. Les années 1960 donneront aussi naissance à plusieurs poètes engagés socialement, dont Paul Chamberland (1939–). Poète et essayiste québécois, né à Longueuil, il fut professeur au département d’études littéraires de l’Université du Québec à Montréal. Sa poésie reflète son engagement culturel et politique pour la cause nationaliste. Les Nuits armées (poème de la sentinelle) (…) ah blé chaleur et table épaisse rituel des sols noirs et gras tout le ciel d’un jet dans nos labours ah la danseuse incendiaire au long du fleuve artériel notre corps notre été retenti jusque dans la moelle l’espace notre patrimoine sous les quatre épées du vent et les forêts les banquises les gulf-stream cinglant l’horizon de nos semailles l’infini au poignet tournemain des étoiles NOUS rançonnerons aux cents nuits la TERREQUÉBEC l’immense berceau des glaces le profond dortoir des astres nickel et cuivre tiré de Terre Québec (1985) La poésie contemporaine Aujourd’hui, les poètes délaissent la rime pour le vers libre et le poème en prose. Le poète et astrophysicien Marc Vaillancourt (1952–) s’intéresse particulièrement aux mathématiques en poésie dans des ouvrages comme Équation personnelle (1992) et Almageste (1998). Icare à Palamède (…) L’ange soliste retourne mon champ de vision charrue du Phi au Tau de l’Epsilon pousse la note sur la pierre délie de son serment le théorème et brouille à l’heure de grande écoute les très hautes fréquences de l’hallucination tiré de Les loisirs de Palamède (2003) Des poètes renommés s’aventurent occasionnellement sur le terrain de la poésie astronomique. Citons en exemple Paul-Marie Lapointe, un des plus grands écrivains québécois. Né à Saint-Félicien (1929–2011), Lapointe fut journaliste pour diverses publications, puis occupa différents postes à Radio-Canada. Il a participé à la fondation de la revue Liberté et a fait partie de l’équipe des Éditions de l’Hexagone. Il a gagné plusieurs prix internationaux et sa poésie a été traduite dans plusieurs langues. Ses vers dénotent une disruption de la syntaxe et font apparaitre de nouvelles possibilités au sein de paysage familiers. Ombres (…) dans le ciel de cobalt venues d’années-lumière s’installent les jeunes étoiles parmi quelques planètes d’ici et la giration des phares cependant que dévoré par l’Obscur s’élance immobile fantôme un vaisseau spatial dans l’oubli où se perdent corps et biens les habitants de la Terre tiré de Le sacre (1998) Les auteurs anglophones Plusieurs auteurs anglophones, autant du Québec que du Canada, ont contribué au corpus de l’astropoésie. Douglas-Gordon Jones (1929–), une figure séminale de la poésie canadienne, a commis quelques textes appartenant au genre. Poète ontarien, mais vivant au Québec, il fonda la revue Ellipse en 1969. J’ai échappé à la nuit J’ai trouvé refuge au soleil Et la nuit tombant en lambeaux, a démasqué Une chair vive, un squelette luminescent. Comme Vénus Anadyomène née de l’onde, Ouate et velours au ressac de la vague, J’ai trouvé refuge au soleil. La grossière texture, l’emballage gris Plus jamais ne pourront occulter Telle chair, telle ossature incandescentes. Plus heureux que le fameux Icare Dont fondit la cire des ailes, J’ai trouvé refuge au soleil. Et seul sur ce froid méridien dont l’obscurité Nous a pourvus, j’ai pu me rallier à la lune, Faire appel à ma chair vive, à mes os lumineux, Pour échapper à la nuit. Mai/juin 2014 astronomie-quebec.com 21



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