Astronomie Québec n°3-1 mai/jun 2014
Astronomie Québec n°3-1 mai/jun 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°3-1 de mai/jun 2014

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Pierre Paquette

  • Format : (216 x 279) mm

  • Nombre de pages : 48

  • Taille du fichier PDF : 5,8 Mo

  • Dans ce numéro : Stonehenge, était-il vraiment un observatoire ?

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Littérature Poésie astronomique québécoise 1 « La société a besoin de poètes, comme la nuit a besoin d’étoiles », disait Stanislas de Boufflers La poésie à caractère astronomique est un genre littéraire qui remonte à l’Antiquité classique. Elle fait partie du corpus de poèmes didactiques qui servaient jadis à éduquer les lecteurs. Par exemple, Lucrèce, dans son poème cosmogonique De la nature des choses (vers 58 av. J.‐C.), explique les mécanismes d’une éclipse lunaire : On nous dit que la lune opaque s’interpose Entre la terre obscure et l’astre radieux Et dérobe en passant la lumière à nos yeux. Tout autre corps aussi, dénué de lumière, Peut devant le soleil poser une barrière. Quand la lune s’éclipse, un obstacle pareil, La terre, assure-t-on, passant sur le soleil, Vient projeter sur elle un large cône d’ombre Mais on peut recourir à tout autre corps sombre Livre V, vers 782–794. D’autres poèmes astronomiques, en grec ou en latin, comme Les Phénomènes (vers 278 av. J.‐C.) d’Aratos de Soles et Les Astronomiques de Marcus Manilius (I er siècle ap. J.‐C.) ont servi par la suite à faire connaitre les constellations et les phénomènes astronomiques. Photo : Ariane Gélinas par Mario Tessier La poésie à caractère scientifique a connu son triomphe littéraire au siècle des Lumières. Mais bien que ce genre poétique ait connu un déclin marqué au XX e siècle, la poésie astronomique — aussi appelée « poésie céleste » ou « astropoésie » — demeure l’un des genres poétiques scientifiques encore vivants aujourd’hui. Autant dans le monde francophone que dans le monde anglophone, la poésie à caractère astronomique a inspiré nombre de grands écrivains comme Lamartine, Percy Bysshe Shelley, Victor Hugo, Walt Whitman, Novalis, Edgar Allan Poe, Jules Supervielle, Gérard de Nerval, Mallarmé, Apollinaire, Paul Valéry, Saint-Exupéry, Paul Claudel, etc. Toutefois, les canadiens-français ont, eux aussi, des poètes qui ont célébré les beautés du ciel. Examinons quelques périodes et quelques thèmes appartenant au genre. La poésie du terroir Les premiers poèmes célestes font partie de la poésie du terroir, une poésie attachée aux panoramas de la nature, et qui s’attache surtout aux émotions que ces spectacles font naitre. On y trouve des connotations romantiques ou des résonances cosmiques, loin des contenus scientifiques de la poésie didactique. René Chopin (1885–1953) est un poète né à Saultau-Récollet. Il travailla comme notaire et fut critique littéraire au Devoir. La splendeur du vide Silence d’une nuit et de neige et d’étoiles Où, fresques de lumière, immobile, à travers La vitre nette et bleue, étincelle sans voiles, Sous mes yeux éblouis le cœur de l’univers ! (…) Ne vas-tu pas toi-même entrer dans la Nuit froide, On dirait un sépulcre atone et singulier, Où reposer, le cœur serein, tes membres roides Et, comprenant l’erreur de la Vie, oublier… (…) Je rêve et communie à la splendeur du Vide. Ah ! combien je comprends ta froide majesté, Ô Silence infini, Voix de l’Éternité, Qui pénètre mon songe et qui me rend livide ! tiré de Le Cœur en exil (1913) 18 Astronomie-Québec Mai/juin 2014
Charles Gill (1871–1918) est un peintre et auteur québécois, né à Sorel. Son projet poétique est ambitieux : écrire une épopée de 32 chants. De ce projet ne verra le jour qu’un seul livre, resté inachevé : Le Cap Éternité, qui sera publié de façon posthume en 1919. Il meurt, en 1918, des ravages de la grippe espagnole. Aurore (…) Entre ces deux géants dont le roc éternel, Surgi du gouffre noir monte au gouffre du rêve, La pensée ennoblie et plus grande s’élève De l’abîme de l’âme à l’abîme du ciel. (…) Apprends-moi comme il faut monter, le front serein, Vers les sommets sacrés qui conduisent aux astres, Et, le cœur abîmé dans la nuit des désastres, Faire sur le granit sonner le vers d’airain ! (…) Pendant que l’Infini se fleurissait de roses, Les fulgurants rayons pour le sommet ont lui… Et j’ai pensé, scrutant le sens profond des choses : – « Le ciel aime les fronts qui s’approchent de lui ; Pour les mieux embellir sa splendeur les embrase, Chair ou granit, d’un feu triomphal et pareil : Il donne aux uns l’éclat d’un astre à son réveil, Aux autres la lumière auguste de l’extase ! » tiré de Le Cap Eternité (1919) Albert Lozeau (1878–1924) est un poète né et mort à Montréal. Sa poésie exprime, à l’aide de formes traditionnelles, son amour de la nature québécoise et de ses couleurs mélancoliques, ce qui le rapprocha du courant des poètes du terroir. ∙ ▶ Bibliographie LUMINET, Jean-Pierre. Les poètes et l’Univers, Paris : Le Cherche Midi (Espaces), 1996, 428 p.SÉGUIN, Marc, Benoît VILLENEUVE, et Jean-François POUPART. Dialogues dans l’espace-temps, Saint-Laurent : Éditions du Renouveau pédagogique, 2002, 140 p.FRÈRE ROBERT. Les astres et les lettres, Montréal : Éditions Chantecler Ltée, 1950, 2 vols. MOURGUE, Gérard (éd.). Les astres, Paris : J. Grassin, 1994, 473 p.Webographie Nox Oculi ∙ http://pages.infinit.net/noxoculi/∙ Mon site Web consacré à la poésie céleste, autant anglophone que francophone.



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