Astronomie Québec n°2-6 mar/avr 2014
Astronomie Québec n°2-6 mar/avr 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2-6 de mar/avr 2014

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Pierre Paquette

  • Format : (216 x 279) mm

  • Nombre de pages : 42

  • Taille du fichier PDF : 3,4 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... impossible n'est pas Fullum.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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I Photo : Chantal Leduc De près ou de loin En l’an 2525 (si l’humanité peut survivre jusque là !), je vois de belles occasions pour les astronomes amateurs du futur d’exercer leur passe-temps favori. Il se trouve qu’Europe, avec sa vue imprenable sur Jupiter, pourrait devenir l’endroit touristique le plus achalandé du système solaire. par Robert Giguère La popularité d’Europe est une chose déjà commencée, grâce à l’intérêt qu’elle suscite auprès des astrobiologistes. La croute glacée d’Europe emprisonne une mer intérieure qui pourrait contenir des bactéries aux propriétés biologiques totalement nouvelles, susceptibles de représenter une occasion d’affaire. C’est l’effet de marée, transmis par Jupiter, qui réchauffe le centre rocheux d’Europe. Or, les roches qui composent Europe sont les mêmes que celles qui ont composé la Terre. Et sur Terre, là où se trouvent les dorsales océaniques, les eaux chaudes et la disponibilité d’un environnement riche en minéraux et en molécules organiques sont des conditions suffisantes pour entretenir une vie microscopique. On pense que les mêmes conditions pourraient exister dans les bas-fonds océaniques d’Europe, et que des bactéries pourraient avoir colonisé toute la mer intérieure. Au mois de décembre dernier, des observations faites par le Télescope spatial Hubble ont révélé des geysers de vapeur d’eau à la surface d’Europe, confirmant ainsi l’existence d’une mer intérieure. Une première mission, appelée Europa Clipper, consiste à mettre en orbite autour de Jupiter une sonde qui survolera Europe 32 fois, à des altitudes variant entre 2 700 et 25 kilomètres de la surface. La sonde sera munie d’un radar capable de percer la couche de glace. Des caméras prendront des photos de la surface glacée, et un spectromètre de masse identifiera la composition des matériaux contenus dans la glace. Ensuite, une deuxième mission consisterait à poser une sonde près des geysers (illustration en haut de la page suivante) dans le but d’analyser la teneur des échantillons au sol. Si des molécules organiques complexes sont trouvées, ce sera le signal d’envoi qui déclenchera la mise en œuvre d’une mission habitée. On voudra percer la croute de glace et avoir un accès à l’eau afin d’atteindre le trésor que représentent de nouvelles bactéries. Cela exigera un personnel et des ressources importantes qui seront justifiés par la recherche scientifique et l’appât 24 Astronomie-Québec Mars/avril 2014
lui présente toujours la même face, la planète ne se couche jamais ; elle reste fixée dans le ciel. La vitesse relative entre Europe sur son orbite et la rotation de Jupiter feront en sorte que pour les gens sur Europe, la planète prendra dix heures et onze minutes pour compléter un tour sur elle-même. La Grande tache rouge (ci-dessous) apparaitra cinq fois plus grande que la Lune vue de la Terre. Ce tourbillon, dans lequel la Terre pourrait entrer trois fois, s’élève à huit kilomètres au-dessus de la surface environnante et plonge ses racines 75 kilomètres plus bas. À cette profondeur, la pression atmosphérique dépasse cinq bars ; l’eau est la seule substance capable de donner naissance aux tourbillons dans de telles pressions. La Grande tache rouge tourne sur elle-même en six jours. Dans la zone de turbulence qui l’entoure, des petits anticyclones naissent et persistent quelques jours avant de mourir. Avec de la chance, on pourra assister à leur naissance ou à leur mort en temps réel. À gauche : Hubble détecte des geysers sur Europe L’hypothèse de geysers à la surface d’Europe n’est pas nouvelle. En 1999, une première observation faite par Hubble n’avait rien donné. Puis, en 2013, on décide de procéder à un second essai. Cette fois-ci, la chance est au rendez-vous. Utilisant un instrument appelé Imaging Spectograph, une lueur ultraviolette est détectée dans l’hémisphère sud. La lueur, faite d’atomes d’oxygène et d’hydrogène, persista pendant sept heures, alors qu’Europe est à son plus loin de Jupiter dans son orbite de 3,5 jours, et que l’effet de marée est le plus grand. Lorsque la lune se rapproche de Jupiter, la lueur s’évanouit. Cette observation pourrait signifier que l’épaisseur de la couche de glace qui recouvre l’océan pourrait être plus mince qu’on le croyait. du gain de la part d’entreprises spécialisées en microbiologie. Avec les années, les plaines ridées et glacées d’Europe seront parsemées de centres de recherches en astrobiologie. Et ensuite, tout naturellement, suivront les hôtels, les restaurants, et une panoplie de services touristiques qui feront la joie des visiteurs et vacanciers à la recherche de paysages fantastiques. Par dessus tout, les touristes du futur devront compter sur les astronomes amateurs, qui ne manqueront pas d’affluer sur les lieux pour observer la plus grosse planète du système solaire : ils en auront plein la vue. Europe est située à seulement 636 000 km de Jupiter. À cette distance, qui représente un peu moins de deux fois la distance Terre–Lune, le disque de Jupiter occupe 13 degrés de la voute céleste, soit 26 fois la taille de la Lune vue de la Terre. Les astronomes amateurs auront tout le loisir d’observer les bandes gazeuses de Jupiter, car vue d’Europe, qui z Curieusement, les tourbillons et les taches ovales qui habitent les ceintures de Jupiter ne sont pas fixées à une surface intérieure. En effet, Jupiter est une masse fluide. Nous savons ces choses, car en 1995 la sonde atmosphérique Huygens, larguée par la sonde-mère Galileo, s’enfonça de 160 kilomètres dans la surface nuageuse de Jupiter, avant que l’on en perde le signal radio. L’observation de la planète jovienne au télescope depuis Europe révèlera des phénomènes météorologiques inédits. Des orages de 1000 km de largeur (à gauche), chargés d’éclairs, flottent au-dessus de la surface gazeuse à des altitudes comprises entre 25 et 75 kilomètres et donnent naissance à des pluies torrentielles et des éclairs. Ci-dessus : La Grande tache rouge (ici prise par Voyager) est un vortex qui pourrait englober trois fois la Terre. Elle tourne sur elle-même en six jours. Au centre, des gaz chargés de vapeur, d’ammoniac et de phosphore montent en colonne. Ils refroidissent ensuite et redescendent sur les côtés. À gauche : Un orage de 1000 kilomètres de largeur, situé à 25 kilomètres au-dessus de la surface environnante. Les taches de lumière sont associées à des éclairs. Les orages prennent naissance depuis l’intérieur par une masse de gaz chaud qui monte à la verticale. Ces orages persistent pendant plusieurs jours. La photo a été prise par la sonde Galileo le 26 juin 1996. Mars/avril 2014 astronomie-quebec.com 25



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