Astronomie Québec n°2-6 mar/avr 2014
Astronomie Québec n°2-6 mar/avr 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2-6 de mar/avr 2014

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Pierre Paquette

  • Format : (216 x 279) mm

  • Nombre de pages : 42

  • Taille du fichier PDF : 3,4 Mo

  • Dans ce numéro : dossier... impossible n'est pas Fullum.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Entrevue Impossible n’est pas Fullum Par la chaude journée du 15 juillet 2013, Astronomie- Québec était à l’entreprise Optiques Fullum (anciennement Télescopes Normand Fullum), qui procédait à des tests sur une nouvelle chambre à vide pour l’aluminure de miroirs — de grands miroirs : « Avant, nous faisions jusqu’à 24″ [60 cm], mais nous sommes présentement en développement ; les premiers tests sont concluants et maintenant nous faisons jusqu’à 65″ [1,6 m] — la cloche a 72″ [1,83 m] de diamètre, mais il faut laisser un jeu autour du miroir ». C’est plus grand que le miroir du télescope de l’Observatoire du Mont-Mégantic — qui mesure 63″ [1,6 m] —, et Normand Fullum s’empresse de préciser : « Nous pourrions aluminer leur miroir ! » Photo : D. Quenneville n par Pierre Paquette Hors du monde des télescopes, Normand Fullum aime la nature, mais manque de temps pour les loisirs et la vie familiale ou sociale depuis quelques années. Il se concentre plus sur la mise sur pied — et maintenant sur l’agrandissement — de son entreprise de fabrication de télescopes et de polissage de miroirs. Camping ? Son épouse y est peu encline, et les enfants sont plus âgés… Pour lui, relaxer se passe « à la maison, avec un petit feu de camp dehors, ma guitare… tranquille… » ou dans la piscine. Ce n’est pas que son travail soit forçant physiquement, mais il lui demande beaucoup de temps, « surtout depuis que nous faisons de grands miroirs : les creuser, les polir, les paraboliser… c’est plus un travail mental — comment arriver à faire une belle surface sans problèmes, c’est beaucoup d’essai et erreur. » Ses weekends ne sont pas planifiés, et il lui arrive souvent de les passer à l’atelier : « Si je ne suis pas ici, je pense à ici ! » Cela s’étend au service à la clientèle, qu’il lui arrive souvent de faire le soir, de chez lui. N’allez pas croire que Normand se plaingne : « C’est un mode de vie que j’ai depuis plusieurs années. Je ne me sens pas brimé parce que je suis ici… Oui, je m’amuse ! Ce n’est pas une partie de plaisir, mais c’est un intérêt que j’ai. Je ne viens pas ici à reculons : je me lève le matin, et j’ai hâte d’être ici — je suis ici à 6 h 15, 6 h 30 le matin. Ce n’est pas un travail ; c’est un mode de vie ! » Malgré tout, c’est exigeant psychologiquement, et il n’y a aucune place à l’erreur. Le polissage d’un miroir demande une attention constante, même s’il est accompli par une machine semiautomatique. 16 Astronomie-Québec Mars/avril 2014
Normand raconte que le câble d’acier qui tient le bras de la machine a un jour cédé, mais heureusement pendant que le bras se faisait manipuler, ce qui a évité — de peu — la catastrophe ! Les petits anicroches sont toutefois chose courante, mais se corrigent souvent facilement. « Si c’était trop facile, tout le monde le ferait ! Il faut être attentif aux détails. Creuser, polir et paraboliser un miroir de 50″ [1,27 m] à un huitième de longueur d’onde est un méchant contrat ! On ne va pas du jour au lendemain en se disant : « Tiens ! on va le faire ! » C’est beaucoup d’essai et erreur, vu que nous ne l’avons jamais fait. Quelle taille de polissoir ? Quelle vitesse ? Quelle pression on met dessus ? Ce sont tous des facteurs à apprendre par l’essai. C’est ce qui rend l’aventure intéressante ! S’il ne s’agissait que d’appuyer sur un bouton, ça serait ennuyant ! » C’est peut-être un coup de chance, raconte-t-il, si son premier 50″ est un succès ! « C’est encourageant ! » Mais il ajoute que le test ultime sera celui du ciel, en utilisant le télescope final pour l’observation. D’autant plus que la technique qu’il utilise, le verre de fusion (voir illustration ci-dessus à droite), a reçu mauvaise presse de la part des « astronomes de salon » à cause de la possibilité, si le polissage est mal fait, de la présence de print-through : chaque tige de verre au dos de la plaque optique du miroir pourrait laisser une sorte d’empreinte sur la face optique. Les tests de Foucault et de Ronchi des miroirs de Normand Fullum ne révèlent pas de print-through… mais le test ultime accepté par les observateurs sera celui des étoiles. Les premiers tests menés sur des produits de fusion étaient simples : « Nous l’avons mis dans la braise du poêle à bois, puis au bout d’une demi-heure, nous l’en avons sorti et l’avons mis dans le banc de neige, pour voir si ça craquerait : une bouteille de verre normal placée au congélateur puis dans le four va craquer, mais est-ce le cas du borosilicate ? Nous avons répété le test trois fois avec le docteur Jeff Viens. Cela a confirmé que oui, le miroir fusionné allait résister aux échanges thermiques. » Pourquoi de tels tests ? « Nous avons déjà vu un miroir en verre fusionné de 20″ d’une autre entreprise craquer en deux simplement en le lavant à l’eau tiède avant de l’aluminer ! » D’autres tests effectués par Normand ont été de jeter de la poix chaude sur un disque de verre, ou encore de mettre un poids de 30 lb (13,6 kg) au bout d’une tige de 6″ (15,24 cm) fusionnée à une plaque de verre borosilicate : à la trente-deuxième livre (14,5 kg), ça a brisé — non pas au point de jonction, mais dans la plaque elle-même ! Cela a donc fourni une belle preuve que la fusion du verre s’était bien effectuée, et que la faiblesse de l’ensemble ne résidait pas dans la jonction des pièces, mais bien ailleurs. Depuis les débuts, combien de miroirs ont été faits ? Normand n’a jamais compté, mais il estime que c’est certainement plus de cent… et il n’a jamais compté combien de télescopes non plus, mais a dû faire environ vingt-cinq miroirs de 20″ (50 cm) ou plus — dont beaucoup de resurfaçage. La compétition ? « Elle est féroce ! Pour les moyens et grands miroirs, il n’y a pas beaucoup de compétiteurs, mais il y a beaucoup de médisance. Je ne les nommerai pas, mais il y a deux compétiteurs américains qui parlent contre OF… J’ai demandé à Pierre Tournay de faire une demande anonyme à un de ces compétiteurs, pour savoir combien de temps cela prendrait pour obtenir un 50″ (127 cm), combien ça couterait, etc. Pierre n’a jamais réussi à obtenir ces informations, à cause de problèmes d’approvisionnement. Par contre, chez OF, toutes ces informations sont disponibles, et les compétiteurs n’aiment pas cet avantage de OF. » Un client a indiqué adorer la qualité du service à la clientèle de OF, qui l’a fortement influencé dans sa décision. « Les miroirs secondaires demeurent produits à l’extérieur, mais ça fait partie des projets de OF d’obtenir la machinerie pour les polir, ainsi que l’équipement pour les tester. Autrement, nous faisons tout : le design, la structure… Oh ! nous achetons les moteurs et les porte-oculaires ailleurs, mais ce sont des pièces fabriquées en série, donc nous n’avons pas de problèmes d’approvisionnement avec elles. » Astronomie-Québec se fait l’avocat du diable et demande à Normand Fullum de lui vanter la compétition : « J’aimerais avoir, dit-il, la réputation de CarlZambuto, mais bien des gens ont déjà comparé mes miroirs aux siens… Côté qualité, c’est semblable, apparemment ; ce n’est pas moi qui le dit, ce sont les clients. Mais j’aimerais bien avoir sa réputation… Ce serait beaucoup plus facile pour moi de me faire une niche dans le domaine des grands miroirs si j’avais sa réputation internationale ! En ce qui a trait à la structure des grands télescopes, nous ne faisons pas ce que les autres font. OF ne fait pas d’appareils du style de ceux d’Obsession. Personne ne fait la même Mars/avril 2014 astronomie-quebec.com 17



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