Astronomie Québec n°2-5 jan/fév 2014
Astronomie Québec n°2-5 jan/fév 2014
  • Prix facial : gratuit

  • Parution : n°2-5 de jan/fév 2014

  • Périodicité : bimestriel

  • Editeur : Pierre Paquette

  • Format : (216 x 279) mm

  • Nombre de pages : 28

  • Taille du fichier PDF : 3,7 Mo

  • Dans ce numéro : recherche... la lumière cachée.

  • Prix de vente (PDF) : gratuit

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Les capricieuses du ciel J Dans l'ail du monstre Photo : N. Rivard par Normand Rivard Les étoiles ont toujours inspiré les poètes et les artistes par leur magnificence, et ce, depuis l’Antiquité. Un astre fait toutefois exception. La tradition grecque l’avait associé à la créature monstrueuse Méduse, une des Gorgones, du mythe de Persée ; elle pouvait d’un simple regard vous changer en pierre. Les Arabes ont perpétué cette tradition en l’appelant Ra’s al-Ghoul الغول)‏ ‏,(رأس ce qui veut dire « la tête de l’ogre ». De façon indépendante, les Chinois lui ont aussi donné une sinistre réputation en la classant dans la constellation du Mausolée. Qu’a donc bien pu faire cette pauvre étoile pour se mériter une si lugubre renommée ? Les Anciens avaient-ils remarqué à son sujet un détail qui nous ait échappé ? 8 Astronomie-Québec Janvier/février 2014
Étonnante découverte En 1667, l’Italien Geminiano Montanari note dans son journal que l’étoile nommée Algol (β Per) brille moins que d’habitude. Pendant dix ans, il suit ces variations, mais sans remarquer une quelconque périodicité [1]. Ces résultats choquent les tenants de l’immuabilité aristotélicienne du ciel, encore assez forts 68 ans après Galilée. Montanari fut plus tard cité : Id quoque teſtatur D. Montanari ſtellam lucidiorem Meduſæ, diverſis annis, variæ eſſe magnitudinis : nullam pene in eâ mutationem potuit advertere D. Maraldi annis 1692 et 1693 ; ſed anno 1694 aucta eſt et imminuta inſigniter, modo quarti, modo tertii, modo ſecundi ordinis ſtella apparuit. Mécanique Beta Persei est l’une des étoiles variables les plus populaires, car c’est une des rares binaires à éclipses dont on peut voir la diminution de lumière sans instrument et en une seule nuit. Une fois à tous les 2,9 jours, l’étoile B passe devant l’étoile A, provoquant une baisse de luminosité de 1,3 magnitude pendant environ huit heures. Cette baisse n’est pas brutale, mais s’étire sur deux heures environ, pour ensuite se stabiliser pendant quatre heures puis remonter pendant un autre deux heures. Le graphique ci-dessous montre un exemple d’observation minutieuse d’Algol pendant son éclipse par un observateur de l’AAVSO. Plus d’un siècle plus tard, en 1783, l’astronome amateur John Goodricke, devenu sourd en bas âge, mais brillant mathématicien, fut frappé de la rapidité de la diminution de la brillance d’Algol. Il rapporte ses observations à la Royal Society et va jusqu’à écrire à Herschel pour lui prédire le moment des prochains minimum. Il propose même deux explications possibles au phénomène : soit l’étoile a une portion sombre d’un côté, que sa rotation amène face à nous ; soit un autre corps en orbite occulte périodiquement l’étoile. If it were not perhaps too early to hazard even a conjecture on the cauſe of this variation, I ſhould imagine it could hardly be accounted for otherwiſe thaneither by the interpoſition of a large body revolving round Algol, or ſome kind of motion of its own, whereby part of its body, covered with ſpots or ſuch like matter, is periodically turned towards the earth. La Society lui décerna la médaille Copley pour sa découverte et le nomma fellow, mais il ne reçut jamais son prix, car il mourut de pneumonie dans les jours suivants à l’âge de seulement 21 ans. La théorie de Goodricke ne fut prouvée qu’en 1881, lorsque Edward Charles Pickering montra des preuves qu’Algol était éclipsée par un objet sombre (ou moins brillant) [2], puis en 1889 lorsque HermannCarlVogel utilisa un spectroscope pour démontrer qu’il s’agit bien d’une étoile double [3]. MvSO dATA FOR DP PER - vnvw.+.4vSoDE4G En fait, durant toute la période du minimum, sa luminosité n’est pas parfaitement stable, mais descend et remonte sans interruption. Ceci est un indice comme quoi les deux étoiles composant Algol ne sont pas parfaitement alignées avec notre point de vue et donnent ainsi une éclipse partielle. Si on poursuit les observations entre deux minima, on s’aperçoit qu’il y a en fait un minimum secondaire beaucoup moins marqué, correspondant au moment où l’étoile A passe devant la B. On voit bien que l’étoile A est considérablement plus brillante que la B. En fait, la composante A serait de classe spectrale B8 (donc bleue, chaude, brillante et jeune) alors que la B serait de classe K0 (donc orange, froide et par conséquent plus près de la fin de sa vie). [1] MONTANARI, Geminiano. « Sopra la sparizione d’alcvne stelle Et altre nouità Celeſti », Prose de’signori Accademici Gelati di Bologna, 1671, p.369. [2] PICKERING, Edward Charles. « Dimensions of the fixed stars, with especial reference to binaries and variables of the Algol type ». Proceedings of the American Academy of Arts and Sciences, Vol. XVI, Boston, 1881, p.1 [3] AUWERS, Arthur. « Der Vorsitzende berichtete über die Resultate spectrographischer Beobachtungen des Sterns Algol durch die HH. Prof. H.C. Vogel und Dr. Scheiner auf der Potsdamer Sternwarte ». Sitzungsberichte der Preussischen Akademie der Wissenschaften 1889, p.1045.



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